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Hawa Diassy (Présidente du Club des jeunes filles de Kolda) : La courageuse croisade d’une jeune mutilée génitale

Victime d’une mutilation génitale, Hawa Diassy porte le combat de la “délivrance’’ des filles. Cela, après avoir réussi à faire abandonner cette pratique à sa grand-mère. Elle ne compte pas s’arrêter en si bon chemin...


Rédigé par leral.net le Samedi 4 Décembre 2021 à 09:38 | | 0 commentaire(s)|

Hawa Diassy (Présidente du Club des jeunes filles de Kolda) : La courageuse croisade d’une jeune mutilée génitale
En adhérant, en 2017, au Club des jeunes filles de Kolda, Hawa Diassy avait un seul objectif : être la voix des sans-voix, la porte-parole de toutes les femmes et filles qui souffrent en silence. Victime de mutilation génitale féminine, elle n’a plus voulu se taire, depuis que sa petite sœur, aussi victime en 2010, a souffert d’une hémorragie.

D’abord, elle a cherché des renseignements sur les raisons de ces violences faites aux filles. Grâce à une amie, elle a intégré le Centre de conseil des adolescents (CCA). Depuis son adhésion, elle bénéficie de formations sur la santé de la reproduction des adolescents et des jeunes en communication, techniques de plaidoyer, leadership et développement personnel.

Ces formations lui ont permis de mener des activités communautaires et d’être en contact direct avec la communauté. Naturellement, elle a eu bien de mal, au début. Ses parents s’étaient opposés à sa décision. Mais elle a pris son courage à deux mains et s’est lancée.

Quand je leur ai dit que j’allais adhérer au club, ils ont refusé. Ils ont pensé, comme tout parent, à protéger leur enfant et surtout de leur fille. Ils étaient catégoriques, d’autant que, dans mon quartier, j’étais la seule qui allait au CCA. C’est la raison pour laquelle ils n’avaient pas confiance. Il a fallu que je fasse des sacrifices pour au moins obtenir un résultat qui allait les satisfaire’’.

En effet, devant le refus de ses parents de la laisser intégrer le club, elle a changé de stratégie. Elle s’est mise en tête de réussir son examen du baccalauréat, afin que ses parents soient fiers d’elle et, elle, en profiter pour atteindre son objectif.

Ils voulaient que je me concentre sur mes études, au lieu d’aller participer aux activités du CCA’’. Avec l’appui du CCA et grâce à son dévouement, elle obtenu son Bac.

Comment elle a convaincu sa grand-mère d’abonder l’excision

Elle ajoute : “En 2010, lorsque ma petite sœur a été excisée et a fait une hémorragie, mon père a voulu en faire un problème. Mais vu que c’est ma grand-mère qui en était l’auteure, ils ont réglé l’affaire à l’amiable. Mais depuis lors, ils essayent de convaincre ma grand-mère de laisser cette pratique. Mais celle-ci a ancré l’excision dans sa tête et ne veut pas’’, confie Hawa Diassy, qui a pris part à la rencontre sur les violences basées sur le genre, organisée par l’Unfpa, dans le cadre des 16 jours d’activisme contre ce fléau.

Depuis, la jeune Hawa essaie de venir en appoint à ses parents pour convaincre sa grand-mère d’abandonner cette pratique. D’où son combat pour être bien outillée. Aujourd’hui, son objectif est de convaincre sa grand-mère d’abandonner cette violence faite aux jeunes filles.

“Grâce à ces formations, j’ai eu l’audace et le courage d’aborder le sujet avec ma grand-mère exciseuse. J’avoue qu’au début, c’était compliqué. Parce qu’elle n’acceptait pas qu’on dise que l’excision n’est pas une pratique religieuse’’.

Mais, au fur et à mesure, avec l’approche “M’épanouir’’, elle est parvenue à la convaincre. “Pour convaincre une personne de délaisser sa tradition, il faut passer par des moyens plus souples pour faire changer la mentalité de la personne. Donc, à chaque fois qu’on discute, je me focalisais plus sur les conséquences de l’excision. Parce que moi, j’étais excisée et j’ai subi les conséquences. Je me servais aussi du vécu de ma petite sœur. Je lui dis, tout le temps : “Grand-mère, sais-tu que si tu fais cela à une fille d’une autre famille, celle-ci pourra porter plainte et tu pourras finir en prison ?’’ Donc, au fur et à mesure, je lui expliquais les autres conséquences qu’elle a fini par comprendre. Parce qu’elle n’y gagne rien. Elle l’a même avoué. C’est juste une pratique familiale. Ses parents le faisaient ; après leur décès, elle a repris le flambeau. Mais elle ne savait pas pourquoi elle excisait’’, explique Hawa.

Le CCA et le club de jeunes filles ont permis à Hawa d’avoir un leadership féminin très rassurant. Le développement personnel lui a permis d’avoir confiance en elle.

Il y a des filles qui ont des talents et des expériences, mais n’ont pas l’audace de mettre en œuvre leurs capacités. Donc, à travers cela, j’ai eu le courage de m’affirmer et d’imposer mes idées à la communauté, mais surtout à mes pairs et au CCA surtout’’.

Après avoir réussi à convaincre sa grand-mère, ses parents l’ont aidée à installer un club. Hawa Diassy est aujourd’hui Présidente du Club des jeunes filles de Kolda, en même temps, paire éducatrice, Présidente du mouvement 99 05 et responsable du volet Nutrition au centre conseil Ado.

Cela me fait plaisir de représenter les filles dans les instances de décision. Au-delà de la santé de la reproduction, j’ai fait des activités communautaires avec d’autres partenaires. Je m’active aussi en politique pour aider les jeunes filles à accéder aux instances de décision. Parce qu’on constate que les jeunes filles ne sont souvent utilisées que pour porter des tee-shirts. Si c’est pour donner la place ou investir les jeunes, c’est rarement dans la communauté. Raison pour laquelle je m’active dans tous les domaines pour permettre aux filles d’avoir confiance en elles-mêmes, mais aussi d’avoir le courage de participer aux instances de décision’’, confie-t-elle.

Aujourd’hui, sa position lui a permis d’être en parfaite relation avec les ‘bajenu gox’ et tous les acteurs communautaires de la région de Kolda qui luttent contre cette pratique. Cela lui a permis de participer aux grandes instances de décision, notamment à la rencontre du programme conjoint Unfpa et Unicef.

“J’ai également représenté les clubs de jeunes filles à la Journée internationale de l’enfant africain’’, dit-elle avec fierté.





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