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Histoire de la radio au Sénégal : de Radio Dakar à la libéralisation des ondes


La radio sénégalaise a bientôt un siècle. Née dans le contexte colonial, nationalisée avec l'indépendance, elle est restée un monopole d'État pendant plus de trente ans avant que la libéralisation des ondes, au milieu des années 1990, ne fasse éclore des dizaines de stations. Retour sur les étapes clés d'une histoire qui se confond avec celle du pays.

Les débuts : un émetteur à Dakar

Tout commence dans les années 1930. Selon l'historique de la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, l'armée française ouvre à Dakar une première station de radiodiffusion en 1932, à usage militaire. En 1939, la station commence à diffuser des programmes destinés au public civil : c'est la date généralement retenue comme naissance de la radio au Sénégal. Dakar est alors la capitale de l'Afrique-Occidentale française, et la radio s'adresse d'abord aux Européens et aux quelques lettrés des villes.

Après la Seconde Guerre mondiale, la station s'organise. Radio-Dakar est créée en 1950 et diffuse alors huit heures de programmes par jour. Dès l'année suivante, elle se dédouble en deux antennes, Dakar Inter et Dakar Afrique, l'une tournée vers l'actualité générale, l'autre vers les auditeurs africains de la fédération. C'est de cette époque que datent les premières émissions en langues locales, encore marginales.

Radio Sénégal, voix de l'État indépendant

L'éphémère Fédération du Mali donne naissance, en 1959, à Radio Mali. Lorsque le Sénégal reprend son indépendance, le 20 août 1960, la station devient Radio Sénégal, avec une chaîne nationale et une chaîne internationale. Pendant des décennies, elle sera la seule voix radiophonique du pays, sous l'autorité directe du gouvernement de Léopold Sédar Senghor puis d'Abdou Diouf.

En 1973, la radio et la jeune télévision sont regroupées au sein de l'Office de radiodiffusion télévision du Sénégal, l'ORTS. Le 6 janvier 1992, l'ORTS devient la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, la RTS, société nationale dotée d'une gestion autonome. La RTS développe alors ses stations régionales, qui émettent en wolof, pulaar, sérère, diola, mandingue ou soninké, et deviennent pour beaucoup de Sénégalais de l'intérieur le premier contact quotidien avec l'information.

1994 : les ondes s'ouvrent

Le tournant décisif intervient au milieu des années 1990. Le 1er juillet 1994, Sud FM commence à émettre à Dakar. Portée par le groupe de presse Sud Communication, fondé par des journalistes issus de la presse écrite indépendante, la station est inaugurée par le président Abdou Diouf lui-même. Elle est la première radio privée du Sénégal, installée, comme le rappelle sa présentation officielle, « au lendemain de la libéralisation des ondes ». Le symbole est fort : pour la première fois, une voix qui n'appartient pas à l'État s'invite dans les postes des Sénégalais, en français et en wolof.

Le mouvement ne s'arrête plus. Dans les années qui suivent, d'autres groupes de presse lancent leur radio, dont Walfadjri, tandis que des stations musicales et des radios internationales obtiennent des fréquences à Dakar. Parallèlement, une autre révolution, plus discrète, se joue dans les villages : en 1996, Penc Mi FM voit le jour à Fissel, à 80 km au sud de Dakar. C'est la première radio communautaire du pays, gérée par les habitants eux-mêmes. Elle ouvre la voie à une centaine de stations locales, aujourd'hui fédérées au sein de l'Union des radios associatives et communautaires.

Régulation et nouvelle génération

La multiplication des stations appelle un arbitre. La loi 2006-04 du 4 janvier 2006 crée le Conseil national de régulation de l'audiovisuel, le CNRA, chargé de veiller au pluralisme et au respect des cahiers des charges. Les années 2000 et 2010 voient arriver une nouvelle génération de radios adossées à des groupes multimédias : RFM, du groupe Futurs Médias, Zik FM, créée en 2008 par D-Média, ou iRadio, lancée le 18 octobre 2018 sur le 90.3, l'ancienne fréquence de Nostalgie Dakar.

En février 2025, la liste officielle du ministère de la Communication recensait 30 radios commerciales et 102 radios communautaires reconnues. De l'émetteur militaire de 1932 à ce paysage foisonnant, la radio sénégalaise a changé de nature : elle n'est plus la voix d'une administration, mais celle d'un pays tout entier, dans toutes ses langues.

Photo : Joe Haupt from USA / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)