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Histoire de la télévision au Sénégal : des essais de 1965 à la TNT et aux chaînes privées


La télévision est arrivée au Sénégal presque en même temps que l'indépendance, mais il lui a fallu des décennies pour devenir le média de masse qu'elle est aujourd'hui. D'une expérience éducative sous Léopold Sédar Senghor à un paysage de 26 chaînes reconnues, en passant par le monopole public et l'ouverture aux privés, voici les grandes dates d'une histoire de soixante ans.

1965 : une télévision pour apprendre

Les premières images sont pédagogiques. Avec l'appui de l'UNESCO, le Sénégal met en place au début des années 1960 un projet de télévision éducative, destiné notamment aux femmes des quartiers populaires de Dakar. Selon l'historique de la RTS, les premières diffusions commencent en février 1965 avec des programmes de santé et de nutrition, reçus sur quelques dizaines de postes installés dans des lieux collectifs. L'expérience prend fin en 1969. Le président Senghor, méfiant envers un média coûteux et jugé peu adapté aux priorités du pays, ne pousse pas plus loin dans l'immédiat.

1972-1973 : la naissance de l'ORTS

La télévision revient à l'occasion d'un grand rendez-vous sportif. D'après un dossier de la Revue des médias de l'INA, un service de télévision est mis en place à l'été 1972, au moment des Jeux olympiques de Munich. L'année suivante, en 1973, l'État réorganise l'ensemble de l'audiovisuel public au sein de l'Office de radiodiffusion télévision du Sénégal, l'ORTS, qui exploite deux chaînes de radio et une chaîne de télévision nationale, diffusée sur le canal 7 à Dakar. Pendant près de vingt ans, cette chaîne unique, en noir et blanc puis en couleur, sera la seule fenêtre télévisée du pays : journal du soir, retransmissions officielles, théâtre en wolof, lutte et musique.

1992 : la RTS et l'ouverture progressive

Le 6 janvier 1992, l'ORTS devient la Radiodiffusion Télévision Sénégalaise, la RTS, société nationale à gestion autonome. La chaîne devient RTS 1. La même décennie voit la libéralisation des ondes radio, mais la télévision privée tarde davantage : les investissements sont lourds et les autorisations rares. Les années 2000 changent la donne. Des groupes de presse déjà présents dans la radio et l'écrit lancent leurs chaînes, 2sTV, Walf TV, puis, au début des années 2010, TFM, du Groupe Futurs Médias, et Sen TV. La télévision devient un média concurrentiel, avec des journaux en wolof, des séries locales et des débats qui rythment la vie politique.

Le service public se diversifie à son tour. La RTS lance des chaînes régionales à partir de 2013, puis RTS 2, officiellement inaugurée le 17 juin 2015, date symbolique qui coïncide avec l'échéance internationale du passage au numérique.

2015 : le tournant du numérique

Le 17 juillet 2015, le président Macky Sall lance officiellement la Télévision numérique terrestre. Le Sénégal respecte ainsi l'engagement pris à Genève en 2006 d'abandonner la diffusion analogique, et se présente comme l'un des rares pays africains à tenir le calendrier. La loi 2017-28 du 14 juillet 2017 confie ensuite le réseau à une société publique, TDS-SA. La TNT permet de multiplier les chaînes reçues gratuitement et ouvre la voie aux télévisions régionales et thématiques.

Aujourd'hui : un paysage foisonnant

La liste officielle publiée par le ministère de la Communication le 6 février 2025 reconnaît 26 télévisions conformes au Code de la presse, auxquelles s'ajoutent 22 web-télés. On y trouve la RTS, les grandes généralistes privées, des chaînes de groupe comme iTV, Leral TV ou 7TV, une chaîne régionale, Saloum TV, plusieurs chaînes religieuses et confrériques, et des diffuseurs internationaux comme France 24 et CCTV. Le tout se regarde désormais autant sur YouTube et sur les téléphones que sur le poste du salon.

À retenir

De la télévision éducative de 1965 aux dizaines de chaînes de 2025, la télévision sénégalaise a suivi le chemin du pays : d'abord outil d'État, puis espace de concurrence et de débat, enfin média numérique qui se regarde partout. Les dates changent, la passion des Sénégalais pour leur petit écran, elle, ne faiblit pas.

Photo : Housing Works Thrift Shops / Wikimedia Commons (CC BY-SA 2.0)