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"Je ne veux pas ressembler à ma mère !"

Rédigé par leral.net le Mercredi 24 Juin 2015 à 15:22 | | 0 commentaire(s)|

Les relations mère-fille sont certainement les plus complexes du contexte familial. Couper le cordon est toutefois une étape nécessaire puisqu’il permet à une jeune femme de s’affranchir de son rôle de fille pour totalement s’épanouir dans sa vie d’adulte et, plus tard, endosser son propre rôle de mère. Malheureusement, la réalité est souvent tout autre et nombreuses sont les femmes qui s’oublient dans la relation fusionnelle qu’elles cultivent avec leur mère ou, à l’inverse, tentent de fuir cette relation qui les hante.


"Je ne veux pas ressembler à ma mère !"

 

«Tout le monde vous dira que ma mère est une sainte, une épouse parfaite, une mère dévouée. C’est simple, s’il existait un Prix Nobel de la mère, elle le remporterait chaque année haut la main. Enfin, c’est ce que pensent ceux qui croisent son chemin, mais moi, j’ai un tout autre avis. Je suis en colère contre ma mère et il m’a fallu traverser une dépression et entamer une thérapie pour que je puisse comprendre le motif de ce ressentiment.

Ma mère est fragile, trop fragile. Ce n’est pas évident de grandir en ayant l’impression qu’un courant d’air pourrait la mettre à terre. C’est une femme qui n’a jamais appris à vivre pour elle-même, qui s’est toujours dévouée pour les autres. Elle est à la fois une enfant devenue adulte trop tôt et une femme coincée dans les méandres de son enfance.

Ma mère est maman depuis qu’elle est en âge de parler. Au lieu de jouer à la poupée, on lui a appris à prendre soin d’une père égocentrique et manipulateur. 

Ma mère a toujours été très maternelle, mais à la naissance de mon frère, ce don de soi a définitivement étouffé toute sa personnalité.

Je suis arrivée quatre ans plus tard et après un autre enfant. Nous n’avons jamais manqué de rien et je me suis toujours sentie chanceuse quand j’observais la sévérité qu’usaient certains parents de mes amis. Ma mère n’a jamais levé ni la voix ni la main sur ses enfants. 

Poser des limites… c’est un devoir parental très complexe. Comment poser des limites sans entraver la liberté de son enfant? Et inversement, comment offrir une liberté suffisante à son enfant pour qu’il puisse s’épanouir tout en imposant des limites? C’est un paradoxe auquel se heurte tout parent soucieux du bonheur de son enfant.

Une mère qui refuse à sa fille de passer les vacances chez une amie sera jugée cruelle. Mais comment juge-t-on une mère qui offre trop de liberté, au point de laisser sortir sa fille tard dans la nuit tandis qu’elle a cours le lendemain?

S’il est très courant de rencontrer des enfants qui se plaignent de parents trop stricts, il est en revanche très rare d’entendre des enfants se plaindre de parents trop laxistes. Pourtant, un enfant a besoin de limites sans quoi il rencontre beaucoup de difficultés à se développer, à se positionner. Cela a été justement mon cas. Mes parents ne m’ont jamais posé de contraintes. Alors que j’entamais à peine l’adolescence, j’étais totalement libre de rentrer à l’heure que je voulais, d’aller où je voulais et de fréquenter qui je voulais. Je n’étais encore qu’une enfant et j’ai profité pleinement de ce total affranchissement. Ce n’est que quelques années plus tard et après une grande période de dépression que j’ai su enfin mettre un mot sur mon immense mal-être. Pendant toutes ces années, j’étais sans cesse tiraillée entre deux émotions: une admiration sans limites pour ma mère et une colère tout aussi grande. En résultait un immense sentiment de culpabilité ne faisant qu’alimenter cette colère qui me brûlait les tripes: comment pourrais-je en vouloir à cette mère si adorable, si bonne de ne pas m’avoir interdit de faire certaines choses dangereuses ou néfastes pour moi? Pourtant, c’est elle qui m’a mise dans une position si délicate, c’est elle qui m’a forcée à lui manquer de respect lorsque j’essayais de la faire sortir de son statut de sainte. C’est encore à cause d’elle que je traînais seule dans la rue à des heures indues pour vérifier si elle-même avait une limite. Je n’ai jamais rencontré cette limite et à l’évidence je ne la rencontrerai jamais. Cela m’a demandé énormément d’énergie et de temps pour admettre que si incroyable que ma mère puisse être, elle n’est pas parfaite et que j’ai tout à fait le droit d’être en colère contre elle. J’ai également le droit de ne pas vouloir lui ressembler, cela ne fait pas de moi une mauvaise personne.»

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