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L’Agriculture autrement : La vision partagée de Youssou N’dour, Haïdar El Ali et Abbas Jaber magnifiée par « Le Figaro »

Youssou N’dour, Haïdar El Ali et Abbas Jaber, les trois personnalités sénégalaises, respectivement chanteur de renommée internationale, ancien ministre de la Pêche puis de l’Environnement et capitaine d’industrie dans le secteur de l’agroalimentaire, jugent crucial que les politiques publiques des pays africains consacrent davantage de moyens à l’agriculture et à l’élevage. « Le Figaro » dans son édition du lundi 25 Octobre dernier, partage pourquoi « en Afrique, l’agriculture a besoin d’un ‘’New Deal’’ ». Leral partage avec vous cet article analyse de ce trio, qui mérite une attention particulière…


Rédigé par leral.net le Mercredi 27 Octobre 2021 à 12:00 | | 0 commentaire(s)|

L’Agriculture autrement : La vision partagée de Youssou N’dour, Haïdar El Ali et Abbas Jaber magnifiée par « Le Figaro »
Nés au Sénégal, aux portes de l’Afrique de l’Ouest, à la jonction du Maghreb, de l’Europe et de l’Amérique, nous sommes intimement convaincus que les sociétés du Nord ne pourront indéfiniment se plier à une doctrine économique négligeant les ressources naturelles, les tenant pour inépuisables et ayant pour seule motivation, l’intérêt matériel individuel.

Cette vision a été créatrice de richesses. Elle a indéniablement favorisé l’émergence d’une classe moyenne africaine. Mais elle a aussi fait preuve d’une capacité de destruction inouïe, notamment sur les plans de l’environnement et du climat. Et elle impose aux femmes et hommes de bonne volonté d’aujourd’hui, des défis inédits et immenses.

En premier lieu, le défi social. L’Afrique, travaillée par une histoire tragique, par des tensions ethniques inapaisées et, souvent, par la confrontation brutale de ses religions, est menacée par le délitement de ses nations et de ses sociétés.

Et elle est interpellée par une jeunesse bouillonnante, connectée, exigeante et assoiffée de liberté. Il faut répondre à cet appel. Il ne faut, à aucun prix, décevoir cette jeunesse ardente.

Ensuite, le défi environnemental. Nous entendons, bien sûr, le raisonnement de ceux qui s’indignent à juste titre, de l’hypocrisie des nations nanties qui ont pillé la planète et exhortent, maintenant, le reste du monde à une sobriété nouvelle. Mais il n’empêche. La dévastation est là. Et elle exige un effort de tous.

Le développement du continent africain ne peut s’affranchir de cet effort. Il ne peut s’envisager sans une préservation active, et accrue, de ce patrimoine de l’humanité que sont les ressources naturelles. C’était l’idée de la Grande Muraille verte, relancée par le président Macron, en janvier 2021, lors du One Planet Summit de Paris.

Enfin, le défi économique. L’Afrique, de par son histoire, son potentiel humain, le savoir-faire et la résilience de ses populations, la montée en compétences de générations de jeunes cadres formés aux meilleures universités du continent et du monde, peut devenir une terre de progrès et de performances économiques.

La dernière pandémie nous a rappelé combien le destin des continents était interconnecté. Comment penser l’avenir de l’Afrique sans prendre en considération le partenariat avec l’Europe ?

La prospérité de l’Europe, son destin, ne sont-ils pas liés à la tournure que prendra le développement en Afrique ?

Les Africains doivent le savoir. Nous devons assumer nos responsabilités. Dans le jeu économique mondial, la patrie de Senghor, Mandela et Krumah tient, nous en sommes convaincus, une place absolument centrale. Elle doit, bien sûr, nourrir ses populations. Mais elle aura aussi, tôt ou tard, la charge de nourrir d’autres régions du monde et, d’abord, sur le Vieux Continent. Pour cela aussi, nous appelons à un « New Deal » agricole pour l’Afrique.

Les Africains y sont-ils prêts ?

Ce n’est pas sûr. D’un côté, le Fonds monétaire international estime qu’ils auront besoin de 285 milliards de dollars de financements additionnels d’ici à 2025.

Mais, de l’autre, il n’existe aucun plan de relance massif clairement identifié et permettant de faire face à cette échéance. Alors que d’autres régions du monde entrevoient un relèvement rapide de leurs économies, l’Afrique est en retard ; elle ne lutte pas à armes égales ; et le risque existe qu’une crise économique et sociale ne lui permette pas d’offrir à sa jeunesse les opportunités qu’elle est en droit d’attendre.

L’agriculture et l’élevage doivent être bien davantage au coeur des politiques publiques des pays africains. Elles doivent avoir une place centrale dans les stratégies d’aide au développement. La souveraineté alimentaire est la condition sine qua non de la sanctuarisation d’une classe moyenne, sans laquelle il n’y a jamais, nulle part, d’émergence économique.

Nous prônons une coordination plus étroite entre une vision politique ambitieuse et des engagements bien plus soutenus de la part des entreprises et des investisseurs privés. Nous plaidons pour un relèvement significatif du niveau de compétitivité des filières agricoles et d’élevage africaines. Nous rêvons d’une gouvernance qui fasse du respect de la biodiversité une valeur africaine à part entière.

Pourquoi ne pas imaginer, au Sahel septentrional, un plan d’urgence volontariste et ambitieux permettant de donner à la région toutes ses chances ?

Ce nouveau modèle agricole que nous appelons de nos voeux, rendra l’Afrique plus attractive, ses identités plus rayonnantes et ses économies plus fortes.

Telle est la tâche des générations actuelles.


Youssou N’dour,
Haïdar El Ali
Abbas Jaber


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