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La contradiction qui coûte des milliards dans le sous-secteur des hydrocarbures ( Amadou Wagne )


Rédigé par leral.net le Mardi 28 Juillet 2026 à 12:24 | | 0 commentaire(s)|

Depuis 2019, aucun bloc n'a été vendu au Sénégal ! Aucun contrat ! Pendant ce temps, la Côte d'Ivoire vend, la Mauritanie vend, la Gambie vend, la Guinée vend. Notre bassin sédimentaire, avec ses 113 blocs dont 109 disponibles, nos 49 blocs onshore et nos 60 offshore, reste figé dans une immobilité que certains appellent fierté et que d'autres, plus lucides, appellent immobilisme. Les 46 Contrat de recherche et de partage de production (CRPP) du bassin sédimentaire africain ? Le Sénégal est absent. Pas un seul partenaire n'a signé. Et quand on ose poser la question, on nous répond par le silence ou par l'indignation. Pourquoi , Monsieur Alioune Gueye, Ex-DG PETROSEN HOLDING, votre texte a omis ce facteur ?

Mais ce silence a un prix, et ce prix est vertigineux. Chaque année sans nouvel investissement, ce sont des milliards qui ne rentrent pas, des emplois qui ne sont pas créés, des infrastructures qui ne voient pas le jour. Le DG Alioune Gueye a passé deux ans à la tête de PETROSEN HOLDING, et pendant ces deux ans, qu'a-t-il réellement accompli ? Et le paradigme du repli autarcique nous a coûté combien ? Il nous parle d'une victoire sur Kosmos Energy, ce retrait sans contrepartie financière obtenu en avril 2026, mais il omet de dire que le contrat de la société américaine prenait fin de lui-même le 31 juillet, soit dans deux jours. Omission volontaire ou mauvaise foi ! Et, en plus de cela, est-ce que les sénégalais savent que ce contrat allait s'éteindre ce 31 juillet ? N'est-ce pas là du tapage, du sabotage ou du populisme ? Il n'a jamais sorti l'acte de résiliation, lui et l’ancien PM ! Il n’a jamais évoqué la théorie contractuelle de l'obsolescence programmée, jamais dit clairement que cette < victoire > n'était qu'un coup de communication, une illusion offerte à un public qu'on prenait pour naïf.

Le discours du Premier ministre et de son DG de PETROSEN nous a coûté bien plus que ce qu'ils veulent bien admettre. Parce que ce n'est pas notre fermeté seule qui a fait fuir les compagnies. Un dirigeant d'une grande compagnie pétrolière l'a dit clairement au DG PETROSEN HOLDING : < vous êtes divisés, et nous attendons >. Ce sont nos incohérences, nos deux camps qui se font la guerre, les faucons et les colombes, qui ont transformé le Sénégal en terrain d'attente pour les investisseurs, pas en terrain d'action. Et le problème est plus profond : notre code pétrolier de 2019, trop conservateur, nos notes dans les agences de notation, MOODY'S qui nous maintient en dessous de B++, la température de notre discours sur la dette cachée, tout cela a créé un climat de défiance que la simple fermeté de langage ne saurait dissiper. Tous les contrats que nous avons eus, et ils ne sont pas nombreux, viennent du code de 1998, factuellement plus attractif. La commission de renégociation ? Elle n'a rien négocié, ou si peu, et la réalité est que nous avons perdu des années précieuses à cultiver une souveraineté de carton pendant que nos voisins construisaient la leur, concrète, avec des signatures et des investissements.

Le nouveau ministre hérite d'une situation dramatique, mais aussi d'une chance unique : celle de tout refaire, de tout restructurer. Le projet Yaakar Teranga peut être robuste, souverain, intelligent, mais il ne se fera pas dans la folie ni dans la cotisation, il se fera dans la diplomatie, le tact et l'intelligence. Le cap est clair : restaurer la confiance des partenaires, revoir notre discours, adapter notre code pétrolier, baisser la température rhétorique, et surtout, enfin, mettre nos blocs sur le marché. Parce que la véritable indépendance énergétique du Sénégal ne se gagnera pas dans la posture mais dans l'action, dans les signatures, dans les investissements que nous avons trop longtemps laissés filer vers nos voisins. Le temps des illusions est fini. Celui de la lucidité commence.

Dr Amadou Wagne,
Spécialiste en Gépolitique/Géostratégie,
Conseiller technique du ministre de l’Energie et du Pétrole