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La radio à l'heure du smartphone : streaming, WhatsApp et réseaux sociaux


Il y a quinze ans, écouter la radio voulait dire allumer un poste ou brancher des écouteurs sur un téléphone à touches. Aujourd'hui, la même émission s'écoute dans une application, se regarde en direct sur Facebook, se commente dans un groupe WhatsApp et se retrouve le lendemain en extraits sur TikTok. Le smartphone n'a pas tué la radio sénégalaise ; il l'a obligée à changer de forme. Voici comment.

Le direct sur internet, une évidence devenue vitale

La première adaptation a été la plus simple : mettre le signal en ligne. Toutes les grandes stations de Dakar diffusent désormais leur antenne en direct sur leur site ou leur application, ce qui leur a ouvert un public que la FM ne pouvait pas atteindre : la diaspora. Un chauffeur de taxi à New York ou une infirmière à Milan écoutent la matinale de leur station favorite comme s'ils étaient à Grand-Yoff. Pour la station, ce public compte double, car il est souvent plus disponible pour réagir, partager et, parfois, soutenir financièrement les projets.

Pour l'auditeur au Sénégal, le streaming a un coût, celui des données mobiles, encore élevé par rapport aux revenus. C'est pourquoi la FM reste largement dominante à l'intérieur du pays et pourquoi les stations gardent, avec raison, leurs émetteurs. L'internet complète l'antenne, il ne la remplace pas.

WhatsApp, le nouveau standard téléphonique

Le vrai bouleversement est venu de WhatsApp. Autrefois, participer à une émission supposait d'appeler le standard et d'attendre. Désormais, chaque émission a son numéro, et les auditeurs envoient des messages vocaux, des photos, des vidéos, que l'animateur lit ou diffuse à l'antenne. Les rédactions reçoivent par ce canal des témoignages, des alertes et des documents qui alimentent le journal, à charge pour elles de vérifier avant de diffuser. Les groupes WhatsApp d'auditeurs, animés par les stations elles-mêmes ou par des fidèles, prolongent l'émission bien après sa fin.

Cette proximité a un revers. Les rumeurs et les faux messages circulent par le même canal, et la tentation est grande de lire à l'antenne un message non vérifié pour ne pas être en retard sur les réseaux. Les stations qui s'en sortent le mieux sont celles qui ont fixé des règles : un message d'auditeur est une piste, pas une information, tant qu'un journaliste ne l'a pas confirmée.

La radio qui se regarde

Deuxième révolution : la radio est devenue visible. Des caméras installées dans les studios filment les matinales et les grands débats, diffusés en direct sur Facebook et YouTube. Une émission de radio se transforme ainsi en émission de télévision à bas coût, et les extraits les plus forts, découpés en courtes vidéos, se retrouvent sur TikTok et Instagram, où ils touchent un public jeune qui n'écoute jamais la FM. Pour les groupes qui possèdent à la fois une radio et une télévision, la frontière entre les deux s'efface : le même animateur, la même émission, deux antennes.

Cette visibilité change aussi les métiers. L'animateur radio doit désormais soigner son apparence et son studio, le technicien doit gérer une caméra et un direct vidéo, et une petite équipe de community managers veille aux commentaires. Pour les radios communautaires, qui manquent de moyens, ce virage est plus difficile à prendre, même si beaucoup diffusent au moins leurs émissions phares en direct sur une page Facebook.

Le replay et le podcast

Dernière mutation, encore en cours : l'écoute différée. Les stations découpent leurs émissions en podcasts que l'on peut réécouter quand on veut, sur leur site ou sur les plateformes d'écoute. C'est un changement de logique pour un média qui vivait du direct et de l'instant. Mais c'est aussi une chance : une revue de presse ou un débat de qualité vit désormais plusieurs jours et touche des auditeurs qui ne pouvaient pas être devant leur poste à sept heures du matin.

Pourquoi c'est important

La radio sénégalaise a survécu à la télévision et elle est en train de survivre au smartphone, en absorbant ses outils plutôt qu'en les combattant. La question qui reste ouverte est celle du financement : les auditeurs sur internet, WhatsApp et YouTube ne rapportent pas encore ce que rapportait la publicité FM. C'est là, plus que dans la technique, que se joue l'avenir des stations.

Photo : Joy Agyepong / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)