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Le Sénégal à la veille de la présidentielle : une équation à quatre inconnues

Karim Wade pourra-t-il être candidat ? Khalifa Sall a-t-il les moyens de revenir dans le jeu ? Un nouveau challenger peut-il émerger ? Quel sera le verdict des électeurs ? Éléments de réponse.


Rédigé par leral.net le Samedi 2 Juin 2018 à 19:11 | | 0 commentaire(s)|

Dans la sphère politique, ses détracteurs ne se comptent plus. Pour ce qui est des challengers crédibles, en revanche, c’est une autre histoire. À neuf mois de la présidentielle, Macky Sall, qui achèvera alors son premier mandat au palais de la République, navigue dans cet entre-deux : tandis qu’une opposition protéiforme s’accorde à diaboliser son bilan, bien malin qui saurait désigner, parmi ses leaders, celui ou celle qui pourrait, en février 2019, mettre en difficulté le président sortant.

Si loin de l’échéance, les postulants se comptent par dizaines. On y trouve, pêle-mêle, un ancien Premier ministre de Macky Sall (le banquier Abdoul Mbaye) ; un ancien Premier ministre d’Abdoulaye Wade ayant brièvement rejoint la majorité avant d’entrer en dissidence (Idrissa Seck) ; un ex-« super ministre » exilé sine die au Qatar après une incarcération de trois ans (Karim Wade) ; le maire de la capitale, récemment condamné à cinq ans de prison (Khalifa Sall) ; un inspecteur des impôts jouant désormais les lanceurs d’alerte (Ousmane Sonko) ; l’ancien numéro deux d’un parti allié à Macky Sall (Malick Gakou) ; un ministre de l’Énergie d’Abdoulaye Wade (Samuel Sarr)…

Une liste qui risque encore de s’étoffer au cours des mois à venir. Au risque de diluer dangereusement la force de frappe de l’opposition ? À en croire Malick Gakou, président du Grand Parti, cette « recomposition » témoignerait avant tout de la « vitalité démocratique » du SénégalLes principaux acteurs de l’opposition n’envisagent pas le scénario du tako kélé (« un coup KO »). « Macky Sall ne dépassera pas 35 % des suffrages au premier tour. Et il sera battu au second », veut croire Abdoul Mbaye, qui fut son Premier ministre d’avril 2012 à septembre 2013.

Sacre présidentiel

Et pourtant… Au Sénégal, depuis vingt-cinq ans, les présidentielles suivent un rythme binaire, alternant bouleversement et ronronnement. En 1993, Abdou Diouf, président sortant, rempilait facilement, dès le premier tour, face à Abdoulaye Wade. En 2000, coup de théâtre : après quarante années de règne socialiste, le Raymond Poulidor de la vie politique sénégalaise abandonnait son éternelle deuxième place pour un sacre présidentiel. Sept ans plus tard, face à une opposition en déliquescence provisoire, il était réélu sans difficulté dès le premier tour. Mais en 2012, bénéficiant du soutien de l’ensemble des candidats malheureux du premier tour, Macky Sall l’écartait de la présidence. Le président sortant sera-t-il, à son tour, reconduit dans ses fonctions ?

Sans Karim Wade, les électeurs du PDS pourraient se retrouver orphelins

L’issue de ce scrutin tant attendu relève d’une équation à quatre inconnues. La première concerne Karim Wade, fils de l’ancien chef de l’État et candidat officiel du Parti démocratique sénégalais (PDS). Une seule certitude le concernant : « Le PDS n’a ni plan B ni plan C », comme le ressassent depuis des mois les membres du comité directeur. En d’autres termes, si l’exilé de Doha venait à faire défection ou si sa candidature était invalidée, les électeurs du PDS se retrouveraient orphelins. Or s’il est bien un mystère aussi opaque qu’un ciel d’harmattan, que même les liseuses de cauris et autres marabouts ne sauraient percer, c’est bien l’agenda de l’ancien « ministre du Ciel et de la Terre ».

Un manifestant brandit un poster de Karim Wade, dans les rues de Dakar, en avril 2013. © Rebecca Blackwell/AP/SIPA

À son sujet, le gouvernement, en revanche, ne cherche plus vraiment à masquer son jeu. Après avoir adopté, à la mi-avril, une nouvelle loi électorale dont l’une des dispositions pourrait empêcher toute candidature de Karim Wade, dans l’impossibilité de s’inscrire sur les listes électorales à la suite de sa condamnation en 2015, la garde rapprochée de Macky Sall ne fait pas mystère de ce qui attendrait l’intéressé s’il remettait les pieds au Sénégal avant le premier tour : faute de pouvoir payer l’amende pharaonique à laquelle il a été condamné, il repartirait illico à la prison de Rebeuss, au titre de la contrainte par corps.

Khalifa Ababacar Sall, le maire de Dakar, le 22 octobre 2014. © Sylvain CHERKAOUI/JA

Deuxième inconnue : Khalifa Ababacar Sall sera-t-il en mesure de jouer sa partition  ? Et le souhaitera-t-il ? Contrairement à Karim Wade, le maire de Dakar n’a pas été jugé de manière définitive. Le 30 mars, le frondeur socialiste a été condamné à cinq ans de prison, dans l’affaire de la « caisse d’avance » de la mairie de Dakar, pour « escroquerie aux deniers publics », « faux et usage de faux dans des documents administratifs » et « complicité en faux en écriture de commerce ».

Khalifa Sall pourrait être condamné définitivement avant la date limite de dépôt des candidatures

La date du procès en appel n’est toujours pas connue, mais si l’édile de la capitale voyait sa condamnation confirmée, il lui resterait un ultime recours : un pourvoi en cassation devant la Cour suprême. Reste à savoir si celui-ci donnerait lieu à une condamnation définitive avant la date limite de dépôt des candidatures. Dans le cas contraire, Khalifa Sall pourrait – sur le papier du moins – écrire un scénario encore inédit au Sénégal en étant le premier candidat à la présidentielle qui ferait campagne depuis une cellule de prison. Avec un bémol toutefois : si ses supporters clament depuis des mois que Khalifa Sall entend briguer la présidence de la République, lui-même n’a jamais endossé publiquement ce costume.

Idrissa Seck dans l’arène

Troisième inconnue : en l’absence des deux favoris parmi les leaders de l’opposition, un « troisième homme » pourrait-il mettre Macky Sall en ballottage ? Dans l’entourage présidentiel, invariablement, on envisage la question avec un sourire entendu. « L’opposition alimente des polémiques stériles pour tenter de dissimuler son absence de programme et de leader », analyse un collaborateur du chef de l’État. Parmi les challengers déclarés ou pressentis, un seul s’est déjà lancé – à deux reprises – dans l’arène présidentielle : Idrissa Seck, le président de Rewmi. En 2007, il arrivait deuxième, avec près de 15 % des voix. Cinq ans plus tard, il ne se classait plus que cinquième, et son score avait fondu comme neige au soleil (7,86 %).

En 2012, Macky Sall, lui aussi, venait de créer son parti

Pour tous les autres – dont la plupart viennent à peine de créer leur parti –, il sera bien difficile d’espérer recueillir les 25 % susceptibles de leur ouvrir les portes du second tour, dans l’espoir d’une union sacrée de l’opposition pour la finale. « En 2012, Macky Sall, lui aussi, venait de créer son parti, et c’était sa première candidature présidentielle », relativise toutefois un opposant.

Confiance sans faille dans le camp présidentiel

Dans le camp présidentiel, deux certitudes renforcent la confiance sans faille de ses troupes en la réélection de Macky Sall. En premier lieu, ce dernier sait pouvoir compter sur le soutien de deux des principaux partis du pays, qui ne présenteront pas de candidat face à lui : l’Alliance des forces de progrès (AFP) de Moustapha Niasse et le Parti socialiste d’Ousmane Tanor Dieng. Par ailleurs, au terme de son premier mandat, Macky Sall est le leader incontesté de son parti, l’Alliance pour la République (APR), et de la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY). Ce n’est pas chez lui qu’on verrait quelque Brutus lui griller la politesse, tel Emmanuel Macron, en France, face à François Hollande.

Pour autant, la quatrième inconnue de cette équation sénégalaise concerne quand même le camp du président sortant. Si Macky Sall a remporté jusque-là la totalité des batailles électorales depuis 2012 et que son image apparaît toujours sans tache auprès des bailleurs internationaux et des chancelleries occidentales ou africaines, il faudra attendre le soir du 24 février 2019 pour savoir si la voie qu’il a tracée vers « l’émergence » a réellement convaincu les Sénégalais.






Jeune Afrique




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