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Le pari de Macky Sall pour l’ONU : la vision d’un homme d’État africain pour un monde fracturé

L’ancien président sénégalais Macky Sall mène campagne pour devenir le prochain Secrétaire général des Nations Unies, avec un programme axé sur la reconstruction du multilatéralisme, le rétablissement de la confiance et la transformation de l’ONU afin qu’elle soit plus représentative, plus efficace et plus réactive face à un monde en mutation.


Rédigé par leral.net le Mercredi 26 Août 2026 à 16:51 | | 0 commentaire(s)|

Soutenu par le Sénégal après une remarquable réconciliation avec le président Bassirou Diomaye Faye, et officiellement présenté comme candidat par le Burundi le 2 mars 2026, l’ancien président sénégalais fait campagne autour de la réforme de l’ONU, de la diplomatie préventive, du développement et du rétablissement de la confiance dans le multilatéralisme.

Par Ajong Mbapndah L

Macky Sall demande au monde de regarder au-delà des turbulences qui ont marqué la fin de sa présidence et de le juger plutôt à l’aune de l’étendue de son expérience internationale, de ses années passées à gérer certains des plus grands défis diplomatiques de l’Afrique et d’une vision qui, selon lui, pourrait contribuer à restaurer la confiance dans une Organisation des Nations Unies confrontée aux guerres, aux pressions financières, aux rivalités géopolitiques et à l’érosion de la confiance dans les institutions multilatérales.

La campagne de l’ancien président sénégalais pour succéder à António Guterres est passée d’une nomination initialement quelque peu délicate — sans le soutien officiel immédiat de son propre pays — à une véritable opération diplomatique structurée autour d’une proposition centrale : l’ONU doit changer si elle veut rester pertinente.

Sall est officiellement entré dans la compétition le 2 mars 2026, lorsque le Burundi a transmis sa candidature au Président de l’Assemblée générale des Nations Unies et au Président du Conseil de sécurité. Cette date est importante, car elle a transformé plusieurs mois de spéculations sur ses ambitions internationales en une candidature officielle à l’un des postes diplomatiques les plus importants au monde.

Le Représentant permanent du Burundi auprès des Nations Unies, l’ambassadeur Zéphyrin Maniratanga, indiquait dans sa lettre que son gouvernement, qui assurait la présidence tournante de l’Union africaine, présentait l’ancien dirigeant sénégalais au poste de Secrétaire général.

La formulation mérite attention.

« Mon gouvernement, qui assure actuellement la présidence de l’Union africaine, présente la candidature de l’ancien Président de la République du Sénégal, Macky Sall, au poste de Secrétaire général », écrivait Maniratanga dans sa lettre du 2 mars.

La candidature émanait donc officiellement du Burundi, à un moment où le président Évariste Ndayishimiye exerçait la présidence de la Conférence de l’Union africaine. Cela conférait à Macky Sall une forte portée symbolique continentale, même si cette nomination burundaise ne doit pas être confondue avec un soutien collectif formel décidé par l’ensemble des États membres de l’UA.

Cette distinction est devenue plus importante à mesure que la campagne avançait. Sall ne se présente pas simplement comme un ancien président sénégalais à la recherche d’une nouvelle fonction internationale, mais comme un homme d’État africain portant nombre des revendications et demandes de réforme exprimées depuis des décennies par le continent.

Son slogan de campagne, « L’Afrique au cœur, le monde en ligne de mire », résume bien cet équilibre : suffisamment africain pour placer les questions de représentation et de réforme au centre de sa candidature, mais suffisamment internationaliste pour convaincre les gouvernements qu’il dirigerait l’ONU en serviteur impartial de ses 193 États membres.

Un bâtisseur de ponts

Macky Sall s’est positionné comme un bâtisseur de ponts dans la course au poste de Secrétaire général, estimant que la paix, la sécurité et le développement doivent être poursuivis simultanément si le système international veut retrouver sa crédibilité.

Sa vision officielle, intitulée « Reconstruire le multilatéralisme pour un monde meilleur », part d’un constat sombre sur l’état du système international.

Sall estime que les conflits prolongés, les nouvelles menaces sécuritaires, l’incertitude économique et le poids de la dette qui pèse sur les pays en développement surviennent précisément au moment où s’affaiblit la confiance dans les institutions créées pour gérer les problèmes mondiaux.

Pour autant, sa conclusion n’est pas que le multilatéralisme serait irrémédiablement condamné.

« Même dans un contexte d’une aussi grande incertitude, je reste convaincu que cette organisation mondiale demeure une plateforme universelle indispensable au dialogue et à l’action collective pour apporter des solutions communes aux défis que nous partageons », affirme Sall dans la déclaration de vision accompagnant sa candidature.

Cette conviction est au cœur de sa campagne.

Sall ne propose pas de démanteler l’architecture internationale mise en place après 1945. Il souhaite la réformer suffisamment pour restaurer sa légitimité. Son diagnostic est que les principes de la Charte des Nations Unies restent pertinents, mais que les structures et les pratiques chargées de les mettre en œuvre n’ont pas évolué au rythme des transformations du monde.

Le défi consiste donc, selon sa campagne, à préserver le multilatéralisme en transformant son fonctionnement.

« Plus que jamais, un multilatéralisme réinventé reste le meilleur moyen de répondre aux défis d’un monde en pleine transformation », a déclaré Sall.

Cette formule résume le fondement philosophique de sa candidature.

Trois grands piliers

Sa vision repose globalement sur trois piliers.

Premièrement, Sall considère que la paix, la sécurité et le développement sont indissociables.

Deuxièmement, il souhaite réformer les institutions de gouvernance mondiale, notamment le Conseil de sécurité et l’architecture financière internationale, afin qu’elles reflètent davantage les réalités contemporaines.

Troisièmement, il plaide pour une ONU plus légère, plus responsable et davantage axée sur les résultats, capable de démontrer que les ressources qui lui sont confiées produisent des résultats concrets.

Ce dernier point occupe une place importante dans les efforts de Sall pour convaincre des gouvernements de plus en plus préoccupés par le coût et l’efficacité de l’ONU.

Sa campagne préconise de rationaliser les structures, de simplifier les mandats, d’améliorer la gestion et de réduire les doublons inutiles.

Sall affirme vouloir une Organisation des Nations Unies « qui produit des résultats que les gouvernements peuvent défendre devant leurs citoyens ».

Ce message est conçu pour trouver un écho bien au-delà de l’Afrique. Les pays en développement souhaitent une meilleure représentation et un accès plus équitable au financement, tandis que les principaux contributeurs financiers exigent de plus en plus la preuve que l’ONU utilise efficacement ses ressources.

Sall tente de se positionner entre ces deux groupes : réformer les structures de pouvoir qui défavorisent les pays en développement tout en réformant la bureaucratie qui frustre les gouvernements finançant l’Organisation.

Le Town Hall du 23 juillet

Sa prestation lors du Town Hall des Nations Unies, le 23 juillet, a permis de présenter ces arguments devant l’un des publics les plus importants de la campagne.

Dans la salle de l’Assemblée générale, les candidats à la succession de Guterres ont été interrogés sur les conflits, la crédibilité institutionnelle, les réformes et le rôle du Secrétaire général.

Sall est revenu à plusieurs reprises sur la question de la confiance et sur sa conviction que l’ONU doit devenir plus efficace dans la prévention des crises plutôt que de se contenter d’en gérer les conséquences.

Il s’est montré particulièrement direct sur la marginalisation des Nations Unies dans certaines des principales crises mondiales.

« Il existe de nombreuses crises différentes et l’ONU n’est pas au cœur des négociations qui les concernent. Parfois, l’Organisation se trouve en marge. Nous avons plus que jamais besoin d’un Conseil de sécurité qui fonctionne conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies. »

Cette formulation est révélatrice car elle touche au cœur de l’argument de Sall.

Une ONU absente lorsque les grandes puissances négocient les crises internationales les plus graves risque de devenir simple spectatrice d’événements sur lesquels elle avait précisément été créée pour agir.

Pour Sall, restaurer la pertinence de l’ONU exige un Secrétaire général disposé à recourir de manière proactive à la diplomatie, tout en encourageant le Conseil de sécurité à assumer les responsabilités que lui confère la Charte.

Priorité à la diplomatie préventive

Sa campagne a donc accordé une place importante à la diplomatie préventive.

Plutôt que d’attendre que les guerres provoquent des catastrophes humanitaires et des déplacements de populations, Sall estime que l’ONU doit investir davantage d’énergie politique dans la médiation avant que les crises ne deviennent incontrôlables.

Dans sa conception, le prochain Secrétaire général doit être un acteur diplomatique actif, et non simplement l’administrateur d’une immense bureaucratie internationale.

Cette philosophie s’appuie largement sur son expérience de président du Sénégal de 2012 à 2024 et de président de l’Union africaine en 2022.

Ses partisans mettent en avant un parcours comprenant la participation à de grands sommets internationaux, des échanges avec des dirigeants appartenant à différents camps géopolitiques et son plaidoyer sur des questions allant de la représentation africaine dans les institutions mondiales à la sécurité alimentaire, en passant par la dette et le financement du développement.

Durant sa présidence de l’UA, Sall fut notamment l’un des plus ardents défenseurs de l’admission de l’Union africaine comme membre permanent du G20, objectif atteint en 2023.

Lorsque l’invasion de l’Ukraine par la Russie a perturbé les approvisionnements en céréales et en engrais, il s’est rendu à Sotchi en juin 2022 pour évoquer les préoccupations africaines avec le président russe Vladimir Poutine.

Il a également défendu à plusieurs reprises la réallocation des droits de tirage spéciaux et la réforme de l’architecture financière internationale afin d’accorder une plus grande marge de manœuvre budgétaire aux pays en développement.

Sa campagne présente désormais ces interventions comme la preuve de sa capacité à dialoguer au-delà des clivages géopolitiques tout en portant les préoccupations des pays en développement à l’agenda mondial.

L’Afrique au centre de son argumentaire

L’Afrique occupe une place particulièrement importante dans l’argumentaire de Sall.

Lors d’une visite de campagne en République démocratique du Congo, il a déclaré que sa candidature était notamment motivée par la volonté de porter « la voix forte de l’Afrique dans le concert des nations ».

Il a associé cette ambition à la défense d’un partenariat international plus équitable et d’un système plus juste de financement du développement.

Le message est particulièrement puissant concernant la réforme du Conseil de sécurité.

L’Afrique compte 54 États membres de l’ONU mais aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Sall estime qu’une institution dont l’organe le plus puissant reflète encore l’équilibre géopolitique de 1945 ne peut indéfiniment prétendre représenter correctement la communauté internationale actuelle.

Dans cette perspective, la réforme n’est pas simplement une revendication africaine : elle constitue une question de légitimité de l’ONU elle-même.

L’indispensable équation des P5

Les références africaines de Sall ne peuvent toutefois, à elles seules, lui permettre de remporter l’élection.

Le Secrétaire général est nommé par l’Assemblée générale sur recommandation du Conseil de sécurité. Tout candidat victorieux doit donc composer avec les intérêts des cinq membres permanents — Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie — tout en obtenant un soutien suffisant parmi les membres élus du Conseil.

Sall a donc mené une campagne diplomatique intensive au-delà de l’Afrique.

Ses consultations ont concerné des gouvernements et de hauts responsables en Europe, en Asie, en Afrique ainsi que parmi les grandes puissances.

Il a notamment rencontré le président français Emmanuel Macron, le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi et le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

Dans les différentes capitales, sa campagne cherche à faire passer le même message fondamental : réformer ne signifie pas détruire les Nations Unies, mais les rendre suffisamment crédibles pour survivre dans un environnement international de plus en plus fracturé.

La rencontre décisive avec Bassirou Diomaye Faye

Mais la rencontre politiquement la plus importante de la campagne de Sall n’a peut-être eu lieu ni à Washington, ni à Pékin, ni à Moscou, ni à Paris, ni à New York, mais à Dakar, le 17 juillet.

Sall y a rencontré le président Bassirou Diomaye Faye, son successeur et bénéficiaire politique de l’une des périodes les plus turbulentes de sa présidence.

Sall a présenté cette visite comme s’inscrivant dans le cadre des consultations liées à sa candidature à l’ONU.

Le symbole était difficile à ignorer : l’ancien président sollicitait le soutien d’un gouvernement dirigé par des hommes qui avaient compté parmi ses adversaires politiques les plus déterminés.

Trois jours plus tard seulement, le 20 juillet, le gouvernement de Faye rendait sa décision publique.

Le président Faye demandait au gouvernement et au réseau diplomatique sénégalais de « se mobiliser pleinement » derrière Sall, déclarant que sa candidature était désormais « celle du Sénégal au service de l’Afrique ».

Ce geste était remarquable compte tenu de l’histoire entre les deux camps politiques.

Faye est arrivé au pouvoir à partir d’un mouvement d’opposition qui s’était fortement opposé au gouvernement de Sall. La tentative avortée de Sall de reporter l’élection présidentielle de février 2024 avait déclenché une crise constitutionnelle et politique avant l’intervention du Conseil constitutionnel. La période entourant la transition avait également été marquée par des manifestations, des arrestations et de vives accusations.

L’administration Faye a par la suite critiqué certains aspects du bilan de Sall, notamment la gestion des finances publiques — accusations que l’ancien président rejette.

La rencontre de juillet avait donc une dimension de réconciliation dépassant largement la campagne personnelle de Macky Sall.

Quelles que soient les divergences persistantes, Faye a effectivement dissocié les différends politiques internes de ce que son gouvernement considérait comme un intérêt supérieur du Sénégal et de l’Afrique.

Pour Sall, qui mène campagne sur la scène internationale en défenseur du dialogue et du consensus, l’image d’un ancien président et de son successeur autrefois hostile trouvant un terrain d’entente pouvait difficilement être plus utile.

Le poids du bilan intérieur

Il existe néanmoins une ironie inévitable à voir Sall se présenter comme un réconciliateur mondial après avoir quitté le pouvoir dans un contexte de forte polarisation intérieure.

Ses détracteurs demanderont si les turbulences politiques de ses dernières années sont compatibles avec la diplomatie préventive qu’il défend aujourd’hui.

Ses partisans répondront que les institutions sénégalaises ont finalement résisté à la crise, que les élections ont eu lieu, que l’opposition a gagné et que Sall a transféré pacifiquement le pouvoir — précisément le type de résilience institutionnelle qui fait encore défaut dans de nombreuses régions du monde.

Le rôle particulier du Burundi

Le lien avec le Burundi ajoute une autre dimension au débat africain.

Le président Évariste Ndayishimiye a assumé la présidence tournante de l’Union africaine en février 2026, peu avant que le Burundi ne présente officiellement la candidature de Sall.

La lettre du 2 mars exprimait sans ambiguïté le soutien du Burundi, et la présence du Représentant permanent burundais aux côtés de Sall lors de plusieurs activités de campagne africaines ultérieures a souligné l’investissement de Bujumbura dans sa candidature.

Ce soutien est politiquement précieux, mais la précision est importante.

Le Burundi agissait en tant qu’État exerçant la présidence tournante de l’UA. Le document officiel de nomination adressé à l’ONU est une lettre de la Mission permanente de la République du Burundi, signée par l’ambassadeur Maniratanga.

Il ne doit donc pas être automatiquement interprété comme la preuve d’un soutien collectif officiel de l’Union africaine, décidé par l’ensemble des États membres du continent.

Les informations publiées autour de cette nomination indiquaient d’ailleurs que l’éventuelle candidature de Sall avait été discutée en marge du sommet de l’UA de février, sans qu’une décision collective officielle ait été annoncée.

L’Afrique face à sa capacité de coordination

Cette ambiguïté soulève une question plus large concernant l’approche africaine de la course à la direction de l’ONU.

Le continent affirme régulièrement qu’il reste structurellement sous-représenté dans les institutions internationales. Il réclame une représentation permanente au Conseil de sécurité, davantage d’influence dans le système financier international et un rôle accru dans la définition des règles mondiales.

Mais transformer ces revendications légitimes en influence exige également une coordination politique.

Pour Sall, ce terrain devrait théoriquement être familier.

Il y a seulement quatre ans, il présidait l’Union africaine et se retrouvait autour des tables de sommet avec nombre des mêmes présidents et gouvernements dont il sollicite aujourd’hui le soutien.

Il parcourait alors le monde comme l’une des principales voix politiques de l’Afrique et s’exprimait au nom du continent sur les conséquences de la guerre en Ukraine, l’insécurité alimentaire, le financement du développement et la réforme de la gouvernance mondiale.

Cette expérience constitue à la fois l’un de ses principaux avantages et un test majeur.

Si Sall ne parvient pas à transformer des années de relations avec les dirigeants africains en un soutien continental substantiel, des interrogations surgiront inévitablement sur la capacité de l’Afrique à s’organiser autour de ses propres candidats aux postes de direction mondiale.

À l’inverse, une forte coalition africaine derrière lui renforcerait considérablement son argument selon lequel le continent peut passer de la revendication d’une meilleure représentation à l’exercice d’une influence coordonnée.

Le poids de l’histoire

L’histoire renforce également la dimension émotionnelle de sa candidature.

Seuls deux Africains ont occupé le poste de Secrétaire général des Nations Unies : l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, de 1992 à 1996, et le Ghanéen Kofi Annan, de 1997 à 2006.

Lorsque António Guterres quittera ses fonctions à la fin de 2026, vingt années se seront écoulées depuis qu’un Africain a occupé ce poste.

Sall deviendrait le troisième s’il était élu.

Mais ni l’histoire ni la géographie ne confèrent un droit automatique à cette fonction.

Sall évolue dans une compétition dense et politiquement complexe, et la décision finale dépendra de calculs allant bien au-delà de la rotation régionale.

Les grandes puissances évalueront les candidats au regard de leurs propres intérêts stratégiques, tandis que les petits États rechercheront indépendance, accessibilité et attachement aux principes de la Charte.

Macky Sall, candidat du « pont »

Le meilleur argument de Sall pourrait donc consister à se présenter comme un pont :

entre l’Afrique et les grandes puissances ; entre les économies développées et celles en développement ; entre les demandes d’augmentation des moyens de l’ONU pour relever les défis mondiaux et les exigences d’une plus grande efficacité ; enfin, entre les pays qui défendent l’ordre international existant et ceux qui réclament un rééquilibrage fondamental du système.

La proposition centrale de sa campagne est que ces positions ne sont pas nécessairement inconciliables.

La réforme du Conseil de sécurité peut renforcer l’ONU plutôt que l’affaiblir.

Une plus grande attention au développement peut réduire les menaces contre la paix.

Une meilleure représentation peut accroître la légitimité.

La discipline administrative peut permettre aux gouvernements de défendre plus facilement le multilatéralisme devant leurs opinions publiques.

Et la diplomatie préventive peut être à la fois moins coûteuse et plus humaine que la gestion des guerres après leur déclenchement.

La difficulté consiste à transformer un diagnostic convaincant en une coalition diplomatique victorieuse.

Des atouts, mais aussi un passif politique

Macky Sall aborde ce défi avec des atouts importants : douze années à la tête d’un État, l’expérience de la présidence de l’Union africaine, des relations à travers l’Afrique et au-delà, une connaissance des grands débats économiques et sécuritaires mondiaux et un programme de campagne adapté à certaines des frustrations les plus profondes entourant les Nations Unies.

Mais il porte également un passif politique que ses adversaires ne manqueront pas d’exploiter.

Les dernières années de sa présidence au Sénégal continueront d’alimenter les débats, tout comme les interrogations concernant l’ampleur réelle de son soutien en Afrique et la manière dont les membres permanents du Conseil de sécurité perçoivent son programme de réforme et son bilan politique.

Ce qui a changé depuis le 2 mars 2026, cependant, c’est la crédibilité et le sérieux de la candidature.

Ce qui avait commencé par une nomination transmise par le Burundi bénéficie désormais de l’appareil officiel du Sénégal.

Un successeur arrivé au pouvoir en promettant une rupture avec Sall a donné instruction aux diplomates sénégalais de faire campagne en sa faveur.

Sall a directement présenté sa candidature aux États membres de l’ONU, s’est exprimé dans la salle de l’Assemblée générale lors du Town Hall des candidats et a engagé des consultations couvrant plusieurs camps géopolitiques.

« L’ONU est indispensable, mais… »

Malgré la complexité de la compétition, son argument demeure remarquablement simple :

Les Nations Unies sont indispensables, mais leur caractère indispensable ne saurait servir d’excuse à l’immobilisme.

L’Organisation doit devenir plus représentative, davantage tournée vers la prévention, plus efficace et plus réactive face à un monde radicalement différent de celui qui l’a créée en 1945.

L’Afrique doit disposer d’une voix plus forte.

Les pays en développement ont besoin d’une architecture financière internationale plus équitable.

Le Conseil de sécurité doit retrouver sa capacité d’action.

Et le Secrétaire général doit reconstruire la confiance entre des États membres de plus en plus divisés.

Il appartient désormais au système international de déterminer si Macky Sall est l’homme capable de conduire cette transformation.

Mais sa candidature a déjà posé une question importante à l’Afrique et au reste du monde :

si presque tout le monde s’accorde à reconnaître que le multilatéralisme est en crise, qui possède l’expérience, la portée politique et le courage nécessaires pour le réformer avant que la défiance ne se transforme en perte de pertinence ?

Pour Sall, la réponse est contenue dans le titre même de la vision qu’il a présentée aux Nations Unies le 2 mars :

« Reconstruire le multilatéralisme pour un monde meilleur »

Les prochains mois détermineront si une part suffisante de la communauté internationale partage non seulement cette vision, mais aussi sa confiance dans l’homme qui propose de la porter.