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Actualité Audio

Le podcast au Sénégal : une nouvelle vague de voix qui parlent à leur génération


Ils n'ont pas de fréquence FM, pas de studio en verre ni de régie. Ils ont un micro, un téléphone et quelque chose à dire. Depuis quelques années, une génération de Sénégalais s'est emparée du podcast, ce format audio à la demande que l'on écoute quand on veut, où l'on veut. Encore modeste par son audience, le mouvement est bien réel et dessine un nouveau visage de l'audio au Sénégal.

Un format qui parle à la jeunesse

Le podcast, c'est de la radio sans grille de programmes. Un épisode peut durer dix minutes ou deux heures, sortir chaque semaine ou quand l'auteur en a le temps, et s'écouter sur Spotify, Apple Podcasts, YouTube ou une simple page web. Pour les jeunes urbains connectés, habitués à choisir ce qu'ils regardent, ce format tombe sous le sens. Il permet surtout d'aborder des sujets que les grandes antennes traitent peu, ou différemment : la santé mentale, la vie de couple, la carrière, la foi vécue au quotidien, la technologie expliquée dans la langue de tous les jours.

Un recensement publié en février 2023 par le créateur de Wolof Tech, El Hadji Ibrahima Diago, listait déjà 31 podcasts sénégalais actifs. Son propre programme, Wolof Tech, vulgarise l'informatique et le numérique en wolof. Dans la même liste figuraient Yone, d'Aïssatou Cissé, consacré aux récits de vie, Conversation Féminine, de Zoubida Fall, sur le vécu des femmes, ou Teranga Engineering, où deux développeurs parlent de programmation mobile et logicielle. Autant de niches qu'une radio généraliste ne pourrait pas servir toute la journée.

Raam Dox, un exemple de réussite

Lancé en 2023, Raam Dox, présenté comme « le podcast à la sénégalaise », illustre bien cette vague. Animé par Assiya Thiam Gueye, il compte déjà plusieurs dizaines d'épisodes, publiés à un rythme régulier, et affiche l'une des meilleures notes de sa catégorie sur Apple Podcasts. Son principe : parler, en français, des sujets dont la société sénégalaise a du mal à discuter ouvertement, comme l'éducation, la spiritualité, la confiance en soi, le deuil ou les blessures familiales, avec l'aide d'invités spécialisés, psychologues notamment. Le podcast se prolonge sur Instagram et TikTok, où les extraits courts servent de vitrine aux épisodes longs.

Ce mode de fonctionnement est typique : le podcast vit rarement seul. Il s'appuie sur les réseaux sociaux pour recruter ses auditeurs, et sur la vidéo pour exister sur YouTube, aujourd'hui l'une des premières plateformes d'écoute de podcasts en Afrique de l'Ouest.

Les obstacles, et comment ils tombent

Tout n'est pas simple. Le coût des données mobiles reste un frein pour beaucoup d'auditeurs potentiels, même si un épisode audio pèse bien moins qu'une vidéo. La monétisation est presque inexistante : peu d'annonceurs sénégalais achètent encore de la publicité dans les podcasts, et les créateurs vivent de leur métier principal, d'un partenariat ponctuel ou de la fidélité de leur communauté. Enfin, la découverte reste difficile : sans annuaire national, on trouve les podcasts sénégalais surtout par le bouche-à-oreille et les recommandations sur les réseaux.

Ces obstacles reculent pourtant. Les outils de production sont devenus gratuits ou presque, les plateformes d'hébergement proposent des formules sans frais pour débuter, et les grandes radios elles-mêmes se mettent à découper leurs émissions en podcasts, habituant le public au format. Des ateliers de formation, organisés par des associations de journalistes ou des espaces de coworking dakarois, apprennent aux débutants à structurer un épisode et à soigner leur son.

Comment s'y mettre

Pour un futur podcasteur, la recette tient en trois points. Un sujet précis, que l'on connaît et que l'on aime, plutôt qu'un programme fourre-tout. Une régularité tenable, même modeste : deux épisodes par mois valent mieux que six la première semaine et plus rien ensuite. Et un son propre, enregistré dans une pièce calme, avec un micro simple ou un bon téléphone, car l'auditeur pardonne un décor absent mais pas une voix inaudible.

Pourquoi c'est important

Le podcast ne remplacera pas la radio au Sénégal. Il la complète, en donnant la parole à des voix nouvelles sur des sujets nouveaux, dans les langues du pays. C'est peut-être là, dans ces conversations enregistrées entre deux cours ou après le travail, que se forme une partie des animateurs et des journalistes de demain.

Photo : Asikironalio / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)