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"Les partenaires ne doivent pas penser le développement à la place des populations" He Justine Judith Lekogo

Rédigé par leral.net le Samedi 9 Mai 2026 à 11:01 | | 0 commentaire(s)|

Suite à la réunion avec les membres du gouvernement sur le programme de développement d'urgence du Haut-Ogooué, l'Honorable Justine Judith Lekogo a répondu à quelques questions de la Rédaction. Elle appelle à un changement de paradigme dans la gestion des projets au G2. Pour la députée de l'Assemblée nationale de la 5è République, "les partenaires ne doivent pas penser le développement à la place des populations"
Honorable Justine Judith Lekogo, nous avons vu votre publication dans (...)

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Suite à la réunion avec les membres du gouvernement sur le programme de développement d'urgence du Haut-Ogooué, l'Honorable Justine Judith Lekogo a répondu à quelques questions de la Rédaction. Elle appelle à un changement de paradigme dans la gestion des projets au G2. Pour la députée de l'Assemblée nationale de la 5è République, "les partenaires ne doivent pas penser le développement à la place des populations"

Honorable Justine Judith Lekogo, nous avons vu votre publication dans laquelle vous informiez avoir pris part à la présentation du programme de développement d'urgence de la province du Haut-Ogooué. Plusieurs enveloppes de plusieurs milliards de francs CFA ont été annoncées pour certaines localités, départements et villages de la province. Quelle appréciation faites-vous de cette initiative ?

L'Honorable Justine Judith Lekogo :

Avant toute chose, je voudrais saluer cette initiative portée par Madame Louise Pierrette Mvono, Ministre de la Planification ainsi que l'implication des partenaires techniques et financiers. Il est évident que notre province a besoin d'investissements importants en matière d'infrastructures, d'accès à l'eau, d'électricité, de santé, d'éducation et de développement social.

J'ai donc apprécié le principe même de ce programme d'urgence, notamment la volonté d'accélérer le développement de certaines localités longtemps confrontées à des difficultés structurelles. Cependant, au-delà de l'annonce des financements, j'ai estimé qu'il était important d'attirer l'attention des autorités sur la manière de travailler avec les partenaires de développement.

Justement, lors de votre prise de parole, vous avez parlé d'un “changement de paradigme” dans la collaboration avec les partenaires de développement. Que vouliez-vous dire exactement ?

L'Honorable Justine Judith Lekogo :

Oui, absolument. J'ai voulu dire que si le Gabon veut réellement tirer profit des financements et de l'accompagnement des partenaires de développement, il faut revoir notre méthode de travail.

Pendant longtemps, nous avons laissé les partenaires venir avec leurs propres orientations, leurs propres priorités et parfois leurs propres études, alors que les réalités du terrain sont vécues quotidiennement par nos populations.

Ce que j'ai expliqué, c'est qu'avant tout projet, il faut partir des besoins réels des populations. Ce sont les habitants des départements, des villages et des quartiers qui savent exactement ce dont ils manquent : une école, un dispensaire, une route praticable, un système d'adduction d'eau ou encore l'électrification.

À partir de ce recensement des besoins, les autorités compétentes peuvent élaborer de petits projets bien structurés, réalistes et adaptés aux réalités locales, puis les soumettre aux partenaires de développement. Ces derniers apportent ensuite leur expertise technique et leur accompagnement financier.

Ainsi, lorsqu'une enveloppe est mobilisée, elle répond à un besoin clairement identifié et priorisé.

Vous avez également insisté sur le fait qu'un seul partenaire de développement ne peut pas intervenir dans tous les secteurs…

L'Honorable Justine Judith Lekogo :

Effectivement. Il est important de comprendre qu'aucun partenaire de développement ne peut tout faire à lui seul. On ne peut pas attendre d'une seule institution qu'elle intervienne simultanément dans l'éducation, la santé, l'hydraulique, les routes, l'agriculture et l'électricité.
J'ai donc exhorté les autorités à mieux orienter les partenaires selon leurs domaines d'expertise.

Par exemple, si la Banque mondiale accompagne davantage le Gabon sur les questions liées au capital humain, à l'éducation ou à la santé, il serait judicieux que d'autres institutions, comme la Banque Africaine de Développement, puissent être mobilisées sur des projets de diversification économique, d'adduction d'eau, d'agriculture ou encore de désenclavement.

Cette approche permettrait d'avoir des interventions plus efficaces, mieux ciblées et surtout plus cohérentes avec les priorités nationales et locales.

Vous avez également exprimé certaines inquiétudes concernant la perception que certaines autorités ont de ces financements…

L'Honorable Justine Judith Lekogo :

Oui, et je pense qu'il est important d'en parler avec responsabilité et franchise. Nous devons arrêter de considérer les financements des partenaires de développement comme des cadeaux. Dans la majorité des cas, il s'agit de prêts que l'État gabonais devra rembourser. Cela signifie que chaque projet financé doit produire un véritable impact sur les populations et un réel retour sur investissement pour le pays.

Ce qui est préoccupant, c'est lorsque des milliards sont mobilisés mais que, quelques années après, les populations continuent à vivre les mêmes difficultés, faute de suivi, de planification efficace ou de prise en compte des besoins réels.

C'est pourquoi j'ai insisté sur la nécessité de revoir notre copie en matière de gouvernance des projets de développement.

En tant qu'élue du deuxième arrondissement, quel message souhaitez-vous adresser aux autorités à l'issue de cette rencontre ?

L'Honorable Justine Judith Lekogo :

Mon message est simple : il faut replacer les populations au centre des politiques publiques.
Le développement ne doit pas être pensé uniquement dans les bureaux administratifs. Il doit partir du terrain, des réalités sociales et des attentes concrètes des citoyens.

J'encourage donc les autorités à renforcer la concertation avec les élus locaux, les communautés et les acteurs de terrain avant toute mise en œuvre de projets.

Je tiens également à rappeler que mon intervention ne visait pas à critiquer l'initiative en elle-même. Au contraire, j'ai salué cette démarche. Mais j'ai surtout voulu attirer l'attention sur la nécessité d'améliorer notre manière de concevoir, d'orienter et d'exécuter les projets de développement afin que chaque franc engagé profite réellement aux populations du Haut-Ogooué et du Gabon en général.

Journaliste :
Merci Honorable.

L'Honorable Justine Judith Lekogo :
Merci à vous.

Popos recueillis par MT/JL



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/economie/article...