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Radio

Les radios communautaires du Sénégal : à quoi elles servent, comment elles vivent


Elles s'appellent Penc Mi, Oxy-Jeunes, Jenku FM, Cayar FM ou Awagna FM. Elles émettent à Fissel, Pikine, Kolda, Kayar ou Bignona, souvent avec quelques centaines de watts et beaucoup de bonne volonté. Les radios communautaires sont le média le plus proche des Sénégalais des villages et des quartiers populaires, et pourtant le moins connu des habitants de la capitale. Voici comment elles fonctionnent, et pourquoi leur survie est un enjeu.

Une radio qui appartient à ses auditeurs

Une radio communautaire n'appartient ni à l'État ni à un groupe de presse, mais à une association, une collectivité ou un groupement d'habitants. Son but n'est pas le profit mais le service à une communauté définie : un arrondissement, une commune, un terroir, parfois une catégorie de population comme les jeunes ou les femmes. Ses programmes sont faits sur place, dans la langue du lieu, par des animateurs qui sont d'abord des voisins.

La première du genre au Sénégal, Penc Mi FM, a vu le jour en 1996 à Fissel, à 80 km au sud de Dakar, dans une zone rurale du bassin arachidier. Elle a été suivie, en banlieue dakaroise, par Radio Oxy-Jeunes à Pikine, sur 103.4, longtemps citée en exemple pour son travail avec les jeunes de la banlieue. Trente ans plus tard, la liste officielle des médias reconnus par le ministère de la Communication, publiée le 6 février 2025, recense 102 radios communautaires conformes au Code de la presse, contre 30 radios commerciales. Reporters sans frontières, qui leur a consacré un film en 2025, en dénombre pour sa part au moins 138 sur l'ensemble des régions, toutes n'ayant pas achevé leur mise en conformité.

À quoi elles servent

Leur utilité se mesure à ce que les grandes antennes ne peuvent pas faire. Annoncer en pulaar que la campagne de vaccination passe demain dans tel village. Expliquer en sérère les nouvelles règles de la pêche artisanale. Lire les avis de décès et les convocations de la mairie. Donner la parole à un chef de village, à une présidente de groupement féminin, à un jeune de retour de migration. Pendant les périodes électorales, les crises sanitaires ou les inondations, elles sont souvent le seul canal capable de toucher rapidement une population entière dans sa langue. C'est pour cela que des organismes comme l'UNICEF, l'Organisation internationale pour les migrations ou des programmes de coopération s'appuient régulièrement sur elles pour leurs campagnes de sensibilisation.

Comment elles vivent, ou survivent

Le problème, c'est l'argent. Le statut des radios communautaires, tel qu'il découle du cahier des charges qui leur est applicable, leur interdit de diffuser de la publicité commerciale, à l'exception des campagnes d'intérêt général. Leurs ressources se limitent donc aux cotisations, aux partenariats avec des ONG ou des projets de développement, aux subventions ponctuelles des collectivités et, parfois, à la petite contribution des auditeurs qui font passer un message. Avec cela, il faut payer l'électricité, entretenir l'émetteur, remplacer un ordinateur en panne.

La conséquence, c'est le bénévolat généralisé. La plupart des animateurs ne sont pas rémunérés, n'ont pas la carte de presse et apprennent le métier sur le tas, parfois avec l'appui de formations organisées par l'Union des radios associatives et communautaires du Sénégal, l'URAC, qui fédère les stations dans les quatorze régions. Beaucoup de jeunes formés dans ces radios rejoignent ensuite les grandes stations de Dakar, ce qui prive les radios locales de leurs meilleurs éléments.

Une réforme annoncée

Ce modèle fragile pourrait évoluer. Le 11 septembre 2025, lors de l'avant-première dakaroise du film de Reporters sans frontières consacré à ces radios, le directeur de la Communication au ministère, Habibou Dia, a annoncé qu'un nouveau statut serait accordé aux radios communautaires, afin de favoriser leur professionnalisation et de leur ouvrir l'accès au marché publicitaire. Les stations attendent désormais les textes d'application. L'enjeu est délicat : ouvrir la publicité sans transformer ces radios en stations commerciales déguisées, et professionnaliser les équipes sans perdre l'esprit associatif qui fait leur force.

Pourquoi c'est important

Dans un pays où la moitié de la population vit hors des grandes villes, les radios communautaires sont bien plus qu'un loisir : elles sont un service public de fait, assuré par des bénévoles. Leur avenir dépend d'un équilibre à trouver entre reconnaissance, financement et indépendance. Ce qui se décidera dans les prochains mois, dans les bureaux du ministère et au CNRA, se fera entendre dans des centaines de villages.

Photo : Oxfam East Africa / Wikimedia Commons (CC BY 2.0)