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MARCHE REGIONAL DES TITRES PUBLICS : Le nouveau cap


Rédigé par leral.net le Lundi 6 Avril 2026 à 12:29 | | 0 commentaire(s)|

La 8ᵉ édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP) qui s’est tenue à Lomé (Togo), les 27 et 28 janvier 2026, a réuni l’ensemble des acteurs du financement au sein de l’UEMOA, autour d’une conviction partagée : le marché régional fonctionne, mais il doit désormais changer d’échelle pour continuer à financer durablement les États.
MARCHE REGIONAL DES TITRES PUBLICS : Le nouveau cap
Placée sous le thème « Consolidation des acquis et stratégies d’adaptation aux défis émergents », cette 8ᵉ édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP) qui s’est tenue  dans la capitale togolaise, a rassemblé Trésors nationaux, investisseurs institutionnels, banques et régulateurs, dans un contexte marqué par des besoins de financement croissants dans l’Union.

Dès l’ouverture des travaux, rehaussé par la présence effective du Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), la Directrice d’UMOA-Titres, Mme Oulimata Ndiaye Diassé, a rappelé que ces rencontres sont devenues « Un rendez-vous de référence » permettant de dresser un diagnostic lucide du marché et d’identifier des solutions concrètes pour améliorer la capacité des États à se financer en monnaie locale.

Le message est clair. En effet, ces dernières années, le marché des titres publics s’est imposé comme un pilier du financement souverain régional. Le bilan chiffré revendiqué par la Directrice  de UMOA-Titres en atteste.

Selon elle, « Les ressources mobilisées sur le marché des titres publics en 2025 sont estimées à 11 858 milliards FCFA. Quant à l’encours de la dette à la même date, il est de 21 629 milliards FCFA. Nous pouvons nous féliciter de ce bilan quantitatif satisfaisant. Ces résultats illustrent bien cette croissance au fil des ans et bien sûr en 2025 ».

Entre 2024 et 2025, l’évolution des ressources mobilisées a connu une croissance de 46%, et, en lien avec ces volumes, le niveau de couverture sur le marché est ressorti à 131%. 
En termes de proportion d’instruments à moyen et long terme, de 2024 à 2025, on note une progression de 37% à quasiment 50%, avec un allongement substantiel et un coût moyen de la dette relativement modéré, renforçant ainsi la qualité des ressources levées et traduisant la confiance que les investisseurs placent dans les Etats de l’Union.

Sur le niveau des rendements en 2025, on constate une croissance des taux de sortie par maturité sur le court terme et une relative baisse qui se stabilise sur le moyen et le long terme. Comparé à 2024, on reste sur des ordres de grandeurs quasi similaires.

Au-delà des volumes significatifs mobilisés, le bilan qualitatif est aussi jugé satisfaisant   « Nous avons pu observer, d’une part, et progressivement une régularité et une prévisibilité des émissions, et d’autre part, une diversification graduelle des maturités, ainsi qu’une professionnalisation continue tant au niveau des émetteurs qu’à celui des intermédiaires et investisseurs », indique Mme Ndiaye Diassé.

Pour les pays membres, ces ressources servent à soutenir les priorités budgétaires (infrastructures, énergie, agriculture ou santé) tout en diversifiant les sources de financement et en améliorant la gestion de la dette.

Jean Claude Kassi Brou, Gouverneur de la BCEAO, a, quant à lui, insisté sur la trajectoire positive du marché régional. Selon lui, « Le taux du marché secondaire des titres publics a enregistré une hausse notable ces dernières années, signifiant une plus grande activité et liquidité », a-t-il déclaré, non sans souligner l’enjeu de sa modernisation.
 
La révolution

La 8ᵉ édition des Rencontres du Marché des Titres Publics (REMTP) a été l’heureux prétexte pour lancer officiellement la Plateforme de cotation et de négociations des titres publics UT Marché. Un lancement conjoint effectué par le Gouverneur de la BCEAO et la Directrice de UMOA-Titres.

Longtemps attendue par les acteurs du marché, cet outil matérialise la modernisation des outils de cotation et d’information du marché, pour, selon le Gouverneur Kassi Brou : « Accroître l’attractivité et l’efficacité du marché obligataire régional, dont ce lancement marque une étape importante. »

Pour Oulimata Ndiaye Diassé, depuis sa création en 2018, « UMOA-Titres s’emploie à la fois, à accompagner les Etats membres dans leurs interventions sur le marché régional, mais aussi à renforcer la transparence et la qualité de l’information financière et enfin, à soutenir la modernisation de l’écosystème ».
 
Sur les aspects techniques, Mme Dior Diaw Cissé, Responsable du Département Développement du Marché des Titres Publics, a animé une masterclass dédiée lors des REMTP, avec une démonstration pédagogique de la plateforme.

Cette session visait notamment à expliquer les fonctionnalités clés, présenter les principes de cotation et de négociation, montrer les modalités pratiques de prise en main via une utilisation simulée.

Cette infrastructure « vise à améliorer la transparence des prix, la visibilité des transactions et la liquidité du marché secondaire, éléments devenus essentiels dans un contexte où le volume d’émission est  en forte croissance ».

Jean Claude Kassi Brou a cependant appelé UT à élargir la base des investisseurs au sein du marché des titres publics pour, dit-il, réduire la concentration sur quelques intervenants et améliorer la mobilisation de l’épargne régionale.

Un marché arrivé à maturité… mais sous pression

Le diagnostic posé à Lomé par les responsables régionaux converge : le marché fonctionne, mais son architecture actuelle montre ses limites face à l’ampleur des besoins en perspective.

Selon la Directrice  d’UMOA-Titres, le marché a certes connu une croissance régulière, et une diversification des maturités, preuve s’il en était besoin, d’une structuration progressive. Mais plusieurs fragilités persistent et qui ont pour noms une liquidité encore limitée du marché secondaire, une profondeur insuffisante pour absorber des volumes croissants, des tensions potentielles sur les taux et la crédibilité budgétaire.

Autrement dit, l’enjeu n’est plus seulement d’émettre, mais de construire un marché capable de soutenir durablement des besoins massifs de financement public.

Mobiliser l’épargne locale

Au-delà des panels thématiques sur l’investissement, la transparence, l’éthique et la déontologie, les formats « Conversations Pays » et sessions techniques qui ont suivi traduisent une volonté d’aller vers des solutions opérationnelles pour améliorer la transparence, la fluidité et l’attractivité du marché.

Au cœur des échanges, une ligne stratégique forte se dessine : faire du marché régional de la dette un instrument de souveraineté financière.

Pour les autorités, la mobilisation de l’épargne intérieure est désormais considérée comme un levier clé pour réduire la dépendance aux capitaux extérieurs et bâtir un modèle de financement plus résilient.

Le véritable enjeu : Passer du marché fonctionnel au marché profond

En filigrane, la 8ᵉ édition des REMTP marque sans doute un tournant conceptuel : C’est acté, le marché des titres publics de l’UEMOA est en phase de changement d’échelle.
L’objectif désormais est clair : élargir la base d’investisseurs, dynamiser le marché secondaire, renforcer l’infrastructure, stabiliser les conditions de financement des États.
D’ailleurs, comme l’ont reconnu les principaux intervenants à Lomé, la question n’est plus de savoir si le marché régional existe, mais s’il est suffisamment profond pour accompagner la prochaine vague de besoins de financement des économies ouest-africaines.

Jusqu’où le marché sous-régional des titres publics peut-il financer les États à un coût moindre, et de manière soutenable ? La problématique qui a fait l’objet au deuxième jour, d’un panel de haut niveau, trouve toute sa pertinence dans les perspectives du marché, qui prévoit de lever des volumes inédits, cette année.

Pour 2026, il est prévu un volume d’émissions de titres publics d’environ 15 000 milliards FCFA, dont plus de 12 000 milliards via des adjudications, pour le compte des États de l’Union. D’où la corrélation directe avec le thème animé par Ababacar Diaw, Directeur général de  IMPAXIS SECURITIES : « Absorber plus, coûter moins : comment renforcer la capacité d’absorption du marché UEMOA ?

Il a été admis que, pour une diversification accrue de la base des détenteurs de dette intérieure, il est nécessaire d’explorer notamment le rôle des fonds de pension et assurances-vie, la participation accrue des ménages, via des mécanismes de souscription plus accessibles, et des instruments innovants, inspirés d’expériences internationales, visant à élargir l’accès au marché.

Finalement, les échanges ont abouti  au consensus  suivant: le renforcement de la capacité d’absorption du marché des titres publics doit viser à faire du marché un levier de développement du système financier régional, capable de soutenir l’investissement, d’améliorer l’allocation de l’épargne et de renforcer l’intégration économique.

Avec un record de 2 000 participants et une trentaine d’intervenants, l’édition 2026 confirme que les REMTP sont devenues la principale plateforme de dialogue entre émetteurs et investisseurs du marché régional.

L’ambition est donc claire : définir des orientations communes pour consolider la résilience du marché, améliorer les pratiques et renforcer la coopération entre États membres, tel est le crédo des REMTP.  
Lejecos Magazine Mars 2026
 
 
 
 

MARCHE REGIONAL DES TITRES PUBLICS : Le nouveau cap



Source : https://www.lejecos.com/MARCHE-REGIONAL-DES-TITRES...

La rédaction