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Macron Président: Itinéraire d'un ovni politique

Comment l'élève brillant du lycée jésuite La Providence d'Amiens (Somme) est arrivé à l'Elysée. Portrait.


Rédigé par leral.net le Dimanche 7 Mai 2017 à 18:01 | | 0 commentaire(s)|

L'élève des jésuites


Ce jour-là, son épouse Brigitte, la famille, les amis d’Amiens et du Touquet, l’autre fief du couple, sont là pour la création d’En Marche ! Le sénateur PS François Patriat aussi, lui qui a allumé un cierge à la cathédrale quelques heures plus tôt.
Un homme, qui connaît Macron de longue date, a également pris place dans le public. Arnaud de Bretagne, son ancien professeur d’histoire-géo de 1re, au lycée jésuite la Providence, l’écoute deviser sans notes. « Cela fait un drôle d’effet », souffle-t-il aujourd’hui. Le poids des ans ne lui a pas fait oublier ce jeune homme aux « cheveux mi-longs » qui « faisait l’admiration de tous au conseil de classe ».

L’élève Macron est atypique, aime échanger avec les profs. « Souvent, après les cours, il venait voir le directeur dans son bureau pour discuter de choses et d’autres. Il se posait beaucoup de questions, il lui fallait des réponses », raconte Arnaud de Bretagne. A peine sorti de l’enfance et adulte, déjà. C’est à « la Prov » qu’il rencontre son épouse, Brigitte. La suite est devenue célèbre. Il est son élève. Elle est sa prof de théâtre. Ensemble, ils décident d’écrire une pièce et tombent amoureux. « Ce n’était pas un ado, confiera son épouse des années plus tard. Il avait un rapport d’égal à égal. » Comme déjà passé à l’étape suivante.

A l’école du pouvoir


Son ami et actuel conseiller diplomatique, Aurélien Lechevallier, se souvient encore de cet exposé, à Sciences-po Paris. Sujet : « Historiographie du communisme ». Temps limite : dix minutes. « Quand Emmanuel est passé, le professeur nous a lancé : On va faire une petite exception pour demander à votre camarade de continuer. Il a parlé, parlé et répondu lui-même à nos questions. » Au milieu de ces étudiants doués, embryons de l’élite parisienne, le jeune Macron sort déjà du lot. C’est là que sa (vraie) vie d’adulte débute. « Il était original, se remémore un ami. Il avait plusieurs vies. » Avec Brigitte, qu’il retrouve dès qu’il le peut. Avec le philosophe Paul Ricœur, qu’il côtoie entre 1999 et 2001. A l’ENA, ses amis de la promotion Léopold Sédar Senghor découvrent un « déconneur », amateur de blagues potaches. Comme lorsqu’il envoie, au nom d’un camarade, un poème amoureux aux filles de la classe. Le charme opère.

« Les qualités intellectuelles étaient indéniables, mais c’était le cas de beaucoup, rapporte un camarade de promo. Son truc en plus, c’est qu’il a une vraie qualité dans les rapports humains. » Elèves, profs, gardiens… Un bonjour pour chacun, regard droit dans les yeux. La marque de fabrique de sa future campagne. « C’est vraiment une seconde nature, relève son ami Mathias Vicherat, ex-directeur de cabinet de la maire de Paris, Anne Hidalgo. A l’époque, il n’y avait pas de visée électorale. » D’autant que Macron, contrairement à tant d’autres au sein de l’école du pouvoir, n’évoque pas l’idée de se lancer en politique. Autre atout précieux : Emmanuel Macron est, au dire d’un ami, « un caméléon », qui « s’adapte à l’univers dans lequel il évolue ».
Autant de qualités qui tapent dans l’œil d’Henry Hermand, alors que le jeune énarque est encore stagiaire à la préfecture de l’Oise. L’homme d’affaires, qui fut proche de Pierre Mendès France, l’un des modèles politiques de Macron, lui présente son indéfectible camarade de route Michel Rocard. Le jeune homme en devient proche. Que de rencontres précieuses pour son destin politique ! Il intègre le corps prestigieux de l’inspection des finances, où il se lie avec Jean-Pierre Jouyet, un intime de François Hollande. Nommé dans la commission dirigée par Jacques Attali sur la croissance en 2007, sous Sarkozy, il se fait encore remarquer. Son rôle de rapporteur adjoint lui ouvre tant de portes ! Comme son passage de quatre ans au sein de la banque d’affaires Rothschild. Mais vite, les sirènes du vrai pouvoir, le pouvoir politique, l’appellent.

Invité surprise au cœur de l’Etat



Sous les ors d’un ministère qu’il va bientôt quitter, en ces derniers jours du quinquennat, un cacique du PS se perd dans ses pensées. Prêt à livrer ses confidences. Toutes ces conquêtes électorales pour bâtir une carrière, toutes ces mains qu’il a fallu serrer pour tenir, la cinquantaine passée, une petite cuillère de la République plongée dans sa tasse de café ! « Je ne sais pas si lui ou Brigitte vont déposer un cierge tous les matins à Sainte-Rita (NDLR : patronne des causes désespérées)… Peut-être qu’il est en lien avec une force surnaturelle, lâche-t-il. Il n’y a aucun exemple pareil. » Aucun.


Emmanuel Macron est entré à pas de loup en politique. Presque poussé par ses mentors qui l’ont présenté à François Hollande, certains que le brillant technocrate peut servir les ambitions présidentielles du socialiste. Lorsque le député de Corrèze part en campagne en 2011, il fait du jeune banquier d’affaires son conseiller économique. Macron n’est pas dans l’organigramme de campagne. Il passe peu au QG de l’avenue de Ségur à Paris. Mais la qualité de ses notes le rend vite incontournable. Une fois élu, Hollande lui confie le poste stratégique de secrétaire général adjoint de l’Elysée. Au bout de deux ans, Macron décide pourtant de quitter la rue du Faubourg-Saint-Honoré : le président a refusé que Manuel Valls le nomme ministre dans son premier gouvernement. Motif, « Manu » n’a jamais été élu. Macron décide alors de quitter ce pouvoir qu’il exerce indirectement.

« En deux ans, il a engagé de nombreux dossiers. Il avait fait le tour », raconte un collaborateur du Château.
Ce faisant, Macron précipite son destin. Moins de deux mois plus tard, Manuel Valls lui offre Bercy. Et l’accès à la notoriété : son nom à peine prononcé sur le perron de l’Elysée, les médias n’ont d’yeux que pour lui. Le soir de sa nomination, le plus jeune ministre de l’Economie découvre une forêt de caméras en face de chez lui. Il appelle Bernard Cazeneuve, dont il est très proche à l’époque : « Qu’est-ce que je fais ? » demande-t-il. « Viens ! » lui répond le ministre de l’Intérieur. Ni une ni deux, Macron file Place Beauvau, et passe la nuit dans le studio… des invités.

Ambition élyséenne



« Il ne pensait pas que son heure viendrait si vite », glisse l’un de ceux qui l’ont côtoyé au cabinet de la présidence. Avant de lancer son mouvement, l’homme n‘a laissé poindre son ambition présidentielle qu’à de très rares exceptions. Comme un soir, dans un bureau de l’Elysée, dont il est encore le secrétaire général adjoint. De jeunes collaborateurs évoquent leur avenir, quand il laisse échapper une confidence. Des années plus tôt, Jacques Attali, qui fut le conseiller du prince sous Mitterrand, a semé cette idée dans son esprit : « Tu sais, toi, Emmanuel, tu as la trempe pour occuper la fonction suprême. » Macron n’a pas 30 ans. « Il l’a raconté avec un léger sourire, pas du tout prétentieux, presque amusé par l’audace de ses mots. Mais on sentait une forme de conviction », se remémore un témoin. « Je me le suis dit progressivement quand, en tant que ministre, j’ai été confronté à la fois à la réalité que vivent nos concitoyens et aux blocages du système politique », nous confie Emmanuel Macron, à quelques jours de ce second tour totalement inédit.


Au Conseil des ministres, la qualité des interventions du fringant trentenaire bluffe nombre de ses collègues. « C’était à chaque fois une leçon de connaissance qui parfois nous dépassait », se souvient un ministre. Impressionné, Patrick Kanner l’invite à déjeuner dans son ministère de la Jeunesse. Il a déjà pris des contacts localement et souhaite lui proposer de s’implanter dans une circonscription du Nord. « C’était une manière amicale de lui rendre service et de rendre service au bassin minier, relate-t-il. Il a été attentif à ma proposition. » Mais il ne donnera pas suite.


L’idée de son mouvement est déjà en germe, son ambition grandit. « Ils ne pouvaient pas comprendre Emmanuel Macron, tranche Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande. Pour eux, faire de la politique, c’est vivre de la politique, avoir des mandats, les conserver. Macron n’a jamais vécu de la politique. Lui voulait faire de la politique, pas en vivre. Il a d’ailleurs divisé sa rémunération par quinze pour aller travailler à l’Elysée ! » Avant désormais , d’y exercer le pouvoir en tant que Président de la République Française.

Le Parisien



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