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Madiambal Diagne : et si la République était le véritable sujet ? Par Oumou Wane

Rédigé par leral.net le Lundi 28 Septembre 2026 à 04:35 |

On peut détester un homme, contester ses méthodes, ses fréquentations, ses écrits. Mais un État ne dispose pas du luxe de la colère. Sa puissance l’oblige précisément là où celle d’un individu s’arrête


Il y a une question que je me pose depuis plusieurs jours et qui me dérange suffisamment pour que je finisse par l’écrire : l’affaire Madiambal Diagne vaut-elle vraiment que l’on abîme à ce point la République ?

Je sais déjà ce que certains répondront. Personne n’est au-dessus des lois. Et ils auront raison. Madiambal Diagne est journaliste, patron de presse, ancien président de l’Union internationale de la presse francophone, homme d’affaires. Aucun de ces titres ne lui donne un privilège devant la justice. S’il doit répondre de faits qui lui sont reprochés, qu’il en réponde.

Mais depuis un an, l’affaire a débordé de son propre cadre.

Il y a eu son départ du Sénégal, le mandat d’arrêt international, les arrestations dans sa famille, les inculpations, la détention, les libérations sous contrôle judiciaire, le bracelet électronique pour son fils Mouhamed. Pendant ce temps, Madiambal Diagne est à Paris. Il parle, accuse, révèle, provoque. Il fait ce que font les journalistes lorsqu’ils ont décidé de ne pas se taire, avec cette manière qui est la sienne de mettre les pieds exactement là où l’on préférerait qu’il ne les mette pas. Je ne sais pas s’il a raison dans tout ce qu’il raconte. Je ne suis même pas certaine que ce soit encore le sujet. Ce qui m’intéresse désormais est le vertige du rapport de force.

D’un côté, un homme avec un journal, une parole publique et un téléphone depuis Paris. De l’autre, l’État sénégalais avec ses policiers, ses procureurs, ses juges, ses prisons, ses frontières et ses administrations. On peut détester un homme, contester ses méthodes, ses fréquentations, ses écrits. Mais un État ne dispose pas du luxe de la colère. Sa puissance l’oblige précisément là où celle d’un individu s’arrête.

Lorsque la famille entre dans l’histoire, que les procédures s’étirent et que certains sont poursuivis avec une détermination remarquable tandis que d’autres, cités dans le même environnement judiciaire, semblent connaître un sort différent, la question de l’égalité devant la justice finit nécessairement par se poser.

Babacar Ba vient de la poser. Le président du Forum du justiciable affirme que des responsables d’Ellipse Projects cités dans le réquisitoire du parquet financier poursuivraient leurs activités sans avoir été auditionnés. Il parle d’irrégularités, évoque même un règlement de comptes. Je ne sais pas s’il a raison. Mais une accusation de cette nature appelle mieux que le silence.

Elle appelle des réponses.

Nous avons pourtant déjà vécu cette histoire. Nous avons dénoncé les arrestations, l’instrumentalisation de la justice, l’usage d’une puissance publique devenue tellement obsédée par ses adversaires qu’elle finissait parfois par oublier le pays qu’elle était censée servir. Nous parlions alors d’État de droit, de libertés publiques, de justice indépendante, de démocratie.

Ces mots n’ont pas perdu leur sens parce que le pouvoir a changé de mains.

La République n’est pas un vêtement que chaque majorité retaille à sa convenance. Elle n’appartient ni à ceux qui gouvernent aujourd’hui, ni à ceux qui gouvernaient hier. C’est précisément lorsque les rôles s’inversent que les principes commencent à valoir quelque chose.

Madiambal Diagne attaque ouvertement Ousmane Sonko. Il multiplie les révélations et les accusations, certaines documentées, d’autres contestées. Il vient encore d’affirmer que Bassirou Diomaye Faye disposerait des moyens de « détruire Sonko » en moins de vingt-quatre heures s’il le voulait, en précisant qu’il s’agissait de sa propre analyse.

Qu’on lui réponde lorsqu’il ment. Qu’on le contredise lorsqu’il se trompe. Qu’on lui demande ses preuves lorsqu’il accuse. Et si ses actes relèvent de la justice, que la justice fasse son travail.

Mais il serait étrange qu’un pouvoir qui s’est construit en partie contre les abus de la puissance publique découvre, une fois installé, les vertus de cette même puissance lorsqu’elle s’exerce contre ceux qui le dérangent.

L’Histoire sénégalaise est pleine de ces ironies. Ceux qui furent poursuivis deviennent puissants. Ceux qui dénonçaient les dérives découvrent les commodités de l’État. Et le citoyen est prié de croire que cette fois tout est différent parce que les hommes ont changé. Mais les principes qui changent selon le nom de celui qu’ils protègent ne sont plus des principes.

Voilà ce qui me préoccupe dans cette affaire. Je ne défends ni les déclarations de Madiambal Diagne, ni sa stratégie, ni ses affirmations. Je défends une idée beaucoup plus ancienne que lui et qui lui survivra : l’État doit toujours être plus grand que l’homme qu’il poursuit.

Après nos colères, nos fidélités, nos batailles et nos petites victoires, il faudra bien laisser quelque chose debout. J’aimerais que ce soit la République.


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