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Mame Gorgui Ndiaye - Quand Senghor le baptisa « Athlète, Poète et Danseur… »

L’Enfant Chéri de Dakar, Mame Gorgui Ndiaye se rappelle au bon vieux temps avec ses 149 combats pour 101 victoires, 26 matchs nuls et 22 défaites. S’il se targue d’avoir marqué son époque, il n’a pas non plus fait dans la langue de bois en chargeant les dirigeants actuels qui ont fait perdre à Fass son identité. Avec désormais Mame Gorgui Sopey Mohamed (Psl), que d’anecdotes croustillantes.


Rédigé par leral.net le Dimanche 21 Mars 2021 à 06:30 | | 0 commentaire(s)|

Mame Gorgui Ndiaye -  Quand  Senghor le baptisa « Athlète, Poète et Danseur… »
Débuts
Notre « Grand place » était à Gueule Tapée avec Djabel Mbaye, Bakary Sarr et autres. Il y avait quelqu’un d’autre qui s’appelait Djiby Ndiaye et qui fréquentait aussi les lieux. Mais il avait déjà embrassé la lutte. Et dans les Grands Places, dès fois, c’est chaud et il m’avait menacé en public, mais je n’avais rien dit. Le dimanche suivant, je me rends à l’arène avec Djabel. En ce temps, il n’y avait pas de chef de file comme c’est le cas maintenant. On nous a mis en face, je l’ai battu de fort belle manière, c’était à l’arène sénégalaise, après le marché de Fass. Je peux dire aujourd’hui que c’est grâce à Djiby Ndiaye que je suis devenu lutteur. Il habitait à la Médina, à la rue 6.

Boy Naar Fall et les autres

On avait un aîné qui s’appelait Birahim Fall alias Boy Naar Fall. C’est grâce à lui que je suis entrée à l’Ecurie de Fass. Il me disait que je devais venir, mais quand j’ai battu Djiby Ndiaye, il voyait cela comme une évidence, mon statut de lutteur. « La façon dont tu as combattu est extraordinaire, je ne vois pas meilleur que toi », m’avait-il dit. Mais on ne parlait pas d’Ecuries, mais seulement de Fass. Nous étions les deux premiers pensionnaires. Ensuite Saliou Mbaye (Faga n°1) a rejoint le groupe.

Robert Diouf

Mon premier combat dans l’arène fut contre Robert Diouf. Je pense que c’est le combat le plus intense, dur de ma toute ma carrière. On s’est rencontré à l’Arène Sénégalaise, en ce temps, à Fass, on avait trois arènes. Arène Mbakhary Thiam devenue Arène Sénégalaise, Arène Robert Delmas et Arène « Lambi Toucouleurs ». La plupart de mes combats se sont déroulés dans ces lieux. Pour revenir à Robert, ce fut très dur et la plupart, vous devenez amis après. J’ai fait cent quarante neuf (149) combats, vingt six (26) matchs nuls, vingt deux (22) défaites et cent et unes (101) victoires. Je peux dire sans risque de me tromper qu’aucun lutteur n’a atteint le nombre de mes combats. J’ai battu Boy Pambal un dimanche, le mardi suivant, je reçois de Boy Bambara et le dimanche, je le mets Ko. C’est pourquoi quand je faisais mes bakks, je disais : « deux dimanches, deux boys, dimanche passé Boy Pambal, ce dimanche Boy Bambara. (Il se mit à fredonner le bakk, nostalgique à souhait).

Décès de Boy Bambara

Ce fut un jour triste pour moi et pour tous les sportifs. D’ailleurs, le chroniqueur Ngagne m’a appelé pour me dire de témoigner en direct car il savait les rapports que j’entretenais avec Alioune Camara alias Boy Bambara. On était comme deux frères et il avait toujours accepté son statut de cadet envers moi. On partageait beaucoup de choses et il venait régulièrement à la maison avant sa maladie. On ne peut rien contre la volonté divine. A notre époque, plus notre confrontation est dure, plus on est sûrs de devenir amis après le combat. Quand on parle de sport, il faut être sportif. C’était notre sacerdoce. Pour vous dire, j’ai lutté contre Robert Diouf dimanche, le lendemain lundi, il vient déjeuner chez moi. Et quand je suis parti à Joal, j’ai rencontré son père devant la porte. Surpris, il parle en sérère à son fils qui lui dit que c’est bien Mame Gorgui Ndiaye qui vient lui rendre visite. Son père lui recommande d’être fidèle envers moi et lui dit d’être toujours mon petit frère. « Je ne veux plus que vous vous affrontiez dans l’arène, vous êtes des frères », avait dit le père de Robert Diouf. Tout Fadiouth m’a traité avec les honneurs, surtout son père.

Enfant Chéri de Dakar

Ce sobriquet me colle à la peau grâce à Alassane Ndiaye Alou. C’était le premier reporter reconnu, dans quasiment toutes les disciplines. « Mame Gorgui Ndiaye est l’Enfant Chéri de Dakar ». Il a prononcé cette phrase à l’Arène Sénégalaise, quand j’ai battu un adversaire.

Président Senghor et Habib Bourguiba

Je vous rappelle l’anecdote du Président Léopold Sedar Senghor qui voulait que j’anime la séance de bakk pour montrer un pan de notre culture à son hôte Habib Bourguiba. J’avais chanté en français, avec des louanges à Bourguiba et au Président Senghor. Sous mon charme, l’homme de culture estime que « Mame Gorgui Ndiaye est à la fois athlète, poète et danseur ». C’est après le départ de Habib Bourguiba que Senghor a baptisé l’Avenue Bourguiba en son nom. A l’époque, il n’y avait que des champs sur ce tronçon.

Mbeur waada

Selon le champion de Fass, il était d’une éloquence qui se sentait dans ses baaks, chansons, sa façon de lutter, entre autres. « On lutte avec trois adversaires ; celui qui est à éviter jusqu’à ce qu’il fasse une erreur pour le terrasser ; celui qu’on va chercher jusque dans sa garde pour le battre ; celui à qui on laisse un temps d’observation, avant de lui asséner le coup fatal. Oui, j’étais très chiqué comme lutteur, avec une panoplie large. Le meilleur exemple est mon combat contre Moussa Diamé qui avait une force phénoménale. Mais je lui ai tendu un piège et au moment où il amorçait une attaque, j’ai pivoté avant et enchaîné avec un enfourchement (wagne). La chute était terrible.

Revanche contre Robert Diouf

Je pense que j’aime toutes mes victoires, mais celle contre Robert Diouf m’a marquée davantage. En effet, il m’avait battu et m’a accordé une revanche que j’ai saisie. Non content de l’avoir battu, je lui ai infligé par la même occasion, la première défaite de sa carrière.

L’âme perdue de Fass

C’est facile à expliquer. Il faut que les gens acceptent d’être des élèves sur des choses où il y a des plus anciens qu’eux. Fass, en matière de lutte, ne doit rien faire sans que je ne sois au courant. Et d’autres comme moi, à l’image de Faga 2, qui est laissé en rade. Alors que Fass s’entraînait chez lui. On faisait tout dans sa maison, nos réunions secrètes. Nous avions une véritable identité. Mais tout cela est fini. Ils ne se confient pas à nous, nous restons dans notre coin. L’Ecurie Fass, de par l’appellation, c’est l’œuvre de Mbaye Guèye. Il a tout fait dans la lutte. Quand il a quitté, c’était autour de Moustapha Guèye et lui aussi, a tout fait. Mais comme ceux qui tirent les ficelles ne nous accordent aucune importance, on laisse faire.



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