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Volte-face du Pastef sur sa promesse : « On ne criminalise plus, on durcit la loi »

Le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé, ce mardi à l’Assemblée nationale, avoir déposé un projet de loi durcissant les peines réprimant les relations homosexuelles au Sénégal. La loi en question vise à les rendre passibles de cinq à dix ans de prison, dans un contexte marqué par des vagues d'arrestations de citoyens pour actes contre nature et transmission volontaire du VIH.


Rédigé par leral.net le Mardi 24 Février 2026 à 20:59 | | 1 commentaire(s)|

Cette loi évoquée par le Premier ministre semble peu satisfaisante au regard des différentes réactions. Car elle tranche nettement avec l’engagement ferme de M. Sonko et de son parti de criminaliser l’homosexualité une fois au pouvoir.

Au bout de deux années de tergiversations, le discours et les intentions varient. On ne criminalise plus. On pénalise durement. Ce que l'opposition et les activistes reprochent, à juste titre, au gouvernement.

Au lieu d’assumer cette décision, le Premier ministre, devant la Représentation nationale, se défausse, comme à son habitude, sur son prédécesseur : « Avec cette nouvelle loi, on peut avoir ce qu’on cherche. Alors que si nous criminalisons, ceux qui étaient là pendant douze ans sans jamais le faire vont chanter partout que nous bafouons les droits humains. »

Ce n’est là qu’une dérobade de plus, comme il en a le secret. En vérité, le Pastef et son leader n’ont jamais voulu criminaliser. Au contraire, ils ont simplement surfé sur une vague sensible pour capter les voix des Sénégalais à la présidentielle et aux législatives. La preuve: le tapis rouge a été déroulé à Jean-Luc Mélenchon, qui s’est permis de se glorifier d’avoir été au premier plan dans la lutte pour les droits des homosexuels en France. Un exploit auquel le Premier ministre, Ousmane Sonko, répond en affirmant qu’ici, « au Sénégal, le phénomène est toléré ». Une assertion très loin de refléter la réalité, comme en attestent l’indignation et la clameur populaire qui accompagnent l’enquête de la Section de recherches de Keur Massar.

Contrairement aux autorités actuelles, le magistère du président Macky Sall a été marqué par la clarté du discours sur le phénomène LGBT et le courage dans les actes posés. Déjà en 2014, Macky Sall déclarait que « notre pays n'est pas prêt à dépénaliser l'homosexualité ». Il précisera plus tard que « le phénomène est contraire à la religion musulmane et, tant qu'il sera président de la République, il ne sera pas permis ». Voilà ce qui est attendu d’un dirigeant : une position claire, concise mais surtout courageuse, si l’on se rappelle que ce message avait été délivré en présence de l’ancien président américain Barack Obama.

Le président Sall précisera, plus tard, que l’interdiction de l’homosexualité au Sénégal relevait de la spécificité culturelle de notre pays et n’avait rien à voir avec l’homophobie. Cette fois, c’est en face du premier ministre canadien Justin Trudeau, qui avait, lui même, évoqué le sujet.

Pourquoi, aujourd’hui, le Pastef ne va-t-il pas au bout de sa promesse ? Ne devrait-il pas se montrer conséquent en respectant son engagement ? De quoi a-t-il peur ? D’autant qu’en Afrique, l'homosexualité est criminalisée de façon officielle dans 26 pays.

En vérité, Sonko et son parti, en brandissant leur nouvelle loi, ne font ni plus ni moins que rejoindre, Macky Sall dans une position, jadis décriée, mais qui reste une marque de sagesse et de responsabilité. Avant, la loi punissait de peines d’un à cinq ans d’emprisonnement, aujourd’hui elle passe de cinq à dix ans. Sinon il n’y a rien qui change.

Alioune Badara Coulibaly
Porte-parole APR


Ousseynou Wade