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Marché des 240 000 compteurs intelligents : la Banque mondiale interpelle l’État du Sénégal après les décisions de l’ARCOP

Une nouvelle tension institutionnelle secoue le secteur stratégique de l’électricité au Sénégal. Dans une correspondance officielle adressée au ministre des Finances et du Budget, Cheikh Diba, la Banque mondiale exprime ses vives préoccupations concernant les blocages autour du marché de fourniture de 240 000 compteurs intelligents dans le cadre du Projet d’Amélioration de l’Accès à l’Électricité au Sénégal (PADAES).


Rédigé par leral.net le Jeudi 4 Juin 2026 à 19:24 | | 0 commentaire(s)|

Estimé à 6,9 millions de dollars, ce marché est présenté comme une activité structurante du programme énergétique national et de l’initiative Mission 300 (M300), avec un objectif ambitieux : permettre l’accès à l’électricité à près de 2 millions de Sénégalais.

Une procédure devenue explosive

Selon la Banque mondiale, la procédure de passation du marché avait démarré normalement avec la publication de l’appel d’offres en décembre 2023 et l’ouverture des plis en mars 2024. Mais depuis, le dossier a été ralenti par une série de recours, plaintes et décisions administratives.

Plusieurs entreprises soumissionnaires ont contesté les résultats des évaluations techniques, notamment autour des tests d’intégration des compteurs intelligents. Une plainte anonyme pour conflit d’intérêts a également été déposée auprès de l’Autorité de Régulation de la Commande Publique (ARCOP).

Dans sa lettre datée du 23 avril 2026, la Banque mondiale rappelle que ce marché est entièrement soumis aux règles spécifiques des marchés financés par l’institution internationale, conformément à l’accord de financement signé entre le Sénégal et la Banque mondiale le 12 avril 2022.

La Banque mondiale désavoue la décision de l’ARCOP

Le point central du différend concerne la décision n°033/2026/ARCOP/CRD/DEF rendue le 18 mars 2026 par le Comité de Règlement des Différends (CRD) de l’ARCOP.

Cette décision annule l’attribution du marché à l’entreprise Shenzhen Clou et ordonne une réévaluation des offres.

Or, la Banque mondiale affirme clairement que cette décision ne suit pas son dernier avis de non-objection daté du 27 novembre 2025, dans lequel elle recommandait de poursuivre la procédure avec Shenzhen Clou, classée troisième après plusieurs disqualifications et recours.

L’institution financière internationale estime même que toute décision contraire à son avis pourrait exposer le marché à un risque de “misprocurement”, autrement dit une procédure considérée comme non conforme aux règles de financement. Une telle qualification pourrait avoir des conséquences lourdes sur le financement du projet.

Un dossier devenu sensible pour l’État

Dans sa correspondance, la Banque mondiale insiste sur le fait que l’intervention de l’ARCOP dans un marché financé sous revue préalable par la Banque mondiale pose un problème de conformité contractuelle.

Elle rappelle que les procédures de traitement des plaintes dans ce type de marché relèvent du cadre spécifique des accords de financement internationaux et non uniquement du droit national.

La Banque mondiale appelle ainsi à une clarification urgente entre toutes les parties prenantes : Senelec, ARCOP, Direction Centrale des Marchés Publics (DCMP) et autorités gouvernementales.

Un historique de suspensions et de recours

Le dossier a connu plusieurs rebondissements depuis 2024 :

* Suspension du marché après un recours de HEXING ;
* Levée de suspension puis nouveaux recours contentieux ;
* Disqualification des entreprises HEXING et KAIFA pour conflit d’intérêts ;
* Nouvelle plainte d’INHEMETER accusant la Senelec de ne pas respecter certaines décisions ;
* Annulation finale de l’attribution par l’ARCOP en mars 2026.

Cette succession de recours illustre les fortes tensions autour d’un marché stratégique dans le secteur énergétique sénégalais.

Un enjeu majeur pour l’accès à l’électricité

Au-delà des batailles administratives et juridiques, le projet des compteurs intelligents représente un levier important pour la modernisation du réseau électrique sénégalais.

Le programme vise notamment :

* une meilleure maîtrise de la consommation ;
* une réduction des pertes techniques ;
* une amélioration du suivi des abonnés ;
* une extension de l’accès à l’électricité dans plusieurs zones.

La Banque mondiale prévient qu’un retard prolongé pourrait compromettre plusieurs objectifs du PADAES ainsi que la préparation d’autres financements internationaux liés au secteur énergétique.

Le dossier des compteurs intelligents devient ainsi un véritable test de coordination entre les institutions nationales et les partenaires techniques et financiers du Sénégal.