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Mort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire

Rédigé par leral.net le Samedi 6 Juin 2026 à 10:34 | | 0 commentaire(s)|

Bernadette Chirac est décédée vendredi soir à l'âge de 93 ans, a annoncé samedi sa fille Claude Chirac. Admirée pour ses actions caritatives, l’épouse de l’ancien président Jacques Chirac durant plus de 60 ans était également une politicienne avisée dotée d’un caractère réputé difficile.


Mort de Bernadette Chirac: une femme de président influente et populaire
Un panaché d’Eleanor Roosevelt et de Tatie Danièle. À lire et écouter les témoignages de nombreuses personnes qui l’ont connue, c’est l’impression que laisse Bernadette Chirac décédée ce vendredi soir « paisiblement entourée des siens ». Très affaiblie depuis plusieurs années, sa dernière apparition officielle remontait à 2017, aux obsèques de Simone Veil. Diminuée physiquement, Bernadette Chirac n'avait pu participer aux multiples hommages rendus à son époux Jacques Chirac, décédé le 26 septembre 2019. Elle a passé les dernières années de sa vie retirée dans son domicile parisien.

Mariée en 1956 à l’ancien président de la République Jacques Chirac, celle qui fut d’abord une épouse effacée s’était révélée, au fil des ans, un personnage politique de premier plan, passant progressivement du statut d’« épouse de » à celui de conseillère avisée et de fine politicienne. Élue conseillère générale de Corrèze à six reprises entre 1979 et 2011, et locataire de l’Élysée durant douze ans auprès de son époux, elle avait su se rendre populaire auprès des Français grâce à ses actions de bienfaisance et malgré un caractère réputé versatile, acariâtre, voire méchant aux dires de certains.

D’épouse discrète à femme d’influence

C’est en octobre 1951 que Bernadette, née Chodron de Courcel le 18 mai 1933, rencontre Jacques Chirac sur les bancs de Sciences Po à Paris, un Jacques Chirac déjà très apprécié des jeunes filles mais beaucoup moins par sa future belle-famille. Descendants en droite ligne de la noblesse française, les Chodron de Courcel voient d’un mauvais œil l’aînée de leurs trois enfants fréquenter ce fils d’employé de banque certes brillant, mais orgueilleux et sans le sou. Ces fervents catholiques manquent même de s’étrangler quand ils apprennent que leur futur gendre a brièvement fréquenté une cellule communiste à Paris. Ils consentiront finalement au mariage de Bernadette et Jacques en mars 1956 mais à la condition qu’il ait lieu sans grande pompe et seulement dans l’annexe de la basilique Sainte-Clotilde de Paris, l’église où sont célébrées d'habitude les noces de la bonne société du VIIe arrondissement.

Quinze jours après la cérémonie, la jeune épouse se retrouve déjà seule : son sous-lieutenant de mari est appelé sous les drapeaux en Algérie pour y faire son service militaire. Rentré sain et sauf d’Afrique du Nord l’année suivante, Jacques reprend ses cours à l’ENA, qu’il a intégrée avant son mariage. En équipière modèle, Bernadette apprend la dactylographie pour lui préparer ses fiches de révision. C’est durant cette période que naissent les deux filles biologiques du couple : Laurence en 1958, puis Claude en 1962. Bien plus tard, la famille s’agrandira avec l’adoption de la réfugiée vietnamienne Ahn Dao Traxel, « fille de cœur » accueillie par les Chirac à l’âge de 21 ans, en 1979. Frappée d’anorexie mentale suite à une méningite en 1973, Laurence ne mènera jamais une existence normale et décèdera en 2016. Une longue et cruelle souffrance pour le couple. Claude, elle, s’épanouira en tant que conseillère en communication de son père, dont elle est toujours restée très proche.

Tout au long de l’irrésistible ascension de son époux aux plus hautes fonctions – député et secrétaire d’État à 34 ans, ministre à 38, chef du gouvernement à 41 –, Bernadette renverra l’image d’une épouse mesurée et discrète, parfois mise à distance par son charismatique conjoint dont l’appétit et le goût des plaisirs ne se limitent pas à la gastronomie : « Les filles, ça galopait, je les connais toutes », confia-t-elle à Patrick de Carolis dans un livre d’entretiens paru en 2001, devenu un best-seller.

À la fois désireuse d’étonner son mari et de s’inventer un destin, elle entre en politique par la toute petite porte en devenant en 1971 conseillère municipale à Sarran, la commune de Corrèze où le couple a acheté, deux ans auparavant, le château de Bity, demeure habilement classée monument historique par le gouvernement Couve de Murville un mois après acquisition, l’arrêté ministériel donnant droit – cela tombe bien – aux aides publiques de l’État.

Désormais implantée en Corrèze, elle va y faire toute sa carrière d’élue et intégrer, en mars 1979, le Conseil général, deux ans après l’élection de Jacques Chirac à la mairie de Paris. Elle devient alors la première femme à siéger dans l’assemblée de ce département rural du centre de la France. Sans jamais bénéficier de l’aide de son conjoint, mais profitant pleinement de sa notoriété, elle sera successivement réélue à cinq reprises aux cantonales de 1985, 1992, 1998, 2004 et 2011 sous l’étiquette RPR puis UMP, non sans qu’il faille s’y reprendre à deux fois en 2011, la première élection ayant été annulée pour vice de forme. Elle se serait probablement représentée aux élections départementales de 2015 si le redécoupage des cantons français opéré en 2014 n’avait purement et simplement supprimé le sien, une décision contre laquelle elle fit appel devant le Conseil d’État, sans obtenir gain de cause.

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Parallèlement à cette carrière d’élue locale, elle va se montrer de plus en plus active dans le domaine caritatif, la grave maladie de sa fille Laurence l’ayant rendue particulièrement sensible aux souffrances en milieu hospitalier. Nommée en 1994 présidente de la Fondation Hôpitaux de Paris-Hôpitaux de France, une fondation qui a pour but d’améliorer la vie quotidienne des enfants, adolescents et personnes âgées hospitalisés dans les établissements français, elle prend la tête de l’opération Pièces Jaunes, destinée à financer des projets conçus et réalisés par les équipes hospitalières des services pédiatriques. Parrainées par le judoka David Douillet et la chanteuse Lorie, les Pièces Jaunes sont un immense succès qui permet de financer des centaines de projets et contribuent par ricochet à rendre Bernadette Chirac extrêmement populaire auprès des Français.

La plus populaire des « Premières Dames »

Devenue « Première dame » après l’accession de Jacques Chirac à la présidence de la République en 1995, elle prend son rôle à cœur, contrairement à toutes ses homologues passées et futures qui, pour la plupart, ont détesté la charge. En plus de régenter le palais présidentiel, elle s’impose comme une fine analyste du paysage politique et donne de plus en plus son avis à son mari pour qui elle a toujours été, selon les propres termes de l'intéressé, un « point fixe ».

Après avoir désapprouvé, sans succès, le projet de dissolution de l’Assemblée nationale de 1997, elle milite par exemple pour la nomination de Jean-Pierre Raffarin au poste de Premier ministre en 2002. Considérée désormais comme une figure de référence de la droite, elle va appuyer la candidature à la présidentielle de Nicolas Sarkozy en 2007, autant pour contrer son rival Dominique de Villepin – qu’elle déteste – que pour mettre en avant l’ancien maire de Neuilly en qui elle croit, faisant du même coup un pied-de-nez à Jacques Chirac, lequel n’a jamais pardonné « la trahison » de 1995 (Nicolas Sarkozy s’était prononcé en faveur d’Édouard Balladur).

Retiré de la vie politique après 2007, Jacques Chirac va voir sa santé progressivement décliner, laissant le devant de la scène à son épouse, laquelle poursuit en revanche toutes ses activités politiques et caritatives, rejoignant de surcroît le conseil d’administration de LVMH en 2010. « À partir de 2007, il y a eu une véritable inversion des rôles entre elle et Jacques Chirac », confiait dans une interview la journaliste Pascale Tournier, auteure de La Reine Mère, une biographie de Bernadette Chirac. « Cette femme a beaucoup souffert de devoir rester dans l’ombre de son mari et d’être trompée par celui-ci », poursuivait la journaliste qui ajoutait : « Elle aime le pouvoir ! Si elle a accepté de courber l’échine et de rester toujours derrière son mari, c’est parce qu’en contrepartie elle pouvait ensuite profiter des attributs liés aux mandats de Jacques Chirac ».

En 2023, Bernadette Chirac a été portée en vedette de cinéma dans le film de Léa Domenach. Se définissant elle-même comme « une tortue », cette femme à l'épaisse carapace aura finalement su retourner à son avantage, et à son rythme, une situation longtemps inconfortable.
rfi