leral.net | S'informer en temps réel

Nos pays font beaucoup pour attirer les investisseurs. Savons-nous les retenir ?


Rédigé par leral.net le Dimanche 26 Juillet 2026 à 14:03 | | 0 commentaire(s)|

On a longtemps cru que le développement naîtrait du sol et du sous-sol. Les économies qui avancent ont compris autre chose : ce qui attire un capital étranger et le fait de rester, ce n'est ni le minerai, ni la fiscalité, mais la confiance dans une règle du jeu stable.
Nos pays font beaucoup pour attirer les investisseurs. Savons-nous les retenir ?
Nos États l'ont compris. Du Maroc au Bénin, en une décennie, le paysage a changé. Codes des investissements modernisés, guichets uniques pour accélérer la création d'entreprise, zones économiques dédiées, conventions fiscales pour éviter la double imposition, adhésion à des espaces juridiques harmonisés qui offrent aux opérateurs un droit des affaires lisible et partagé. À cela s'ajoute un travail plus discret mais décisif : la digitalisation des administrations, la lutte contre les délais et les intermédiaires inutiles, la volonté affichée d'assainir l'environnement des affaires. Autant de signaux envoyés au monde : nos pays sont ouverts et ils sont sérieux.
 
Une nation comme une entreprise se dote d'une réputation. Elle raconte une promesse et surtout, elle la tient. La promesse est simple : ici votre capital sera bienvenu, votre contrat respecté, votre différend arbitré selon des règles connues d'avance. C'est cette promesse, plus que n'importe quelle incitation fiscale, qui pèse dans la décision d'un investisseur.
 
L'investisseur local, premier gagnant

On présente souvent l'arrivée de capitaux extérieurs comme une menace pour les acteurs locaux. Pourtant l'entrepreneur national qui s'associe à un partenaire étranger ne cède pas son marché : il change d'échelle. La chaine de valeur de tout le secteur concerné est revalorisée, des fonds à haute échelle sont levés. Il accède à des financements qu'une banque locale ne pouvait mobiliser seule, à des savoir-faire, à des systèmes de gestion éprouvés, à des réseaux internationaux. Les entreprises de nos pays doivent comprendre qu’elles ont tout à gagner à s’ouvrir et à partager des savoir-faire différents, une gestion plus panafricaine et avoir des ambitions internationales. Des partenariats pérennes et gagnant-gagnant leur sont profitables.

C'est pourquoi attirer l'investissement extérieur n'est pas une concession faite à l'étranger. C'est une politique au service des nationaux. Le capital qui entre irrigue toute la chaîne : fournisseurs locaux, sous-traitants, fisc, formation, transfert de technologie…
 
Bâtir sur un socle de sécurité

Encore faut-il que le partenariat une fois noué, se déroule dans un climat de sécurité. Car une réputation se construit en dix ans et se défait en un jour. Un investisseur qui découvre une fois installé, que les règles changent au gré des circonstances, que les contrats librement conclus peuvent être remis en cause, ne se contentera pas de partir : il racontera. Et dans un monde connecté, un signal d'insécurité voyage plus vite que tous les codes des investissements réunis.

Que font nos gouvernements pour protéger ces investisseurs ? Quand une entreprise ivoirienne, sénégalaise, togolaise… africaine décide d’investir dans un pays voisin, cela doit être perçu comme une opportunité de développement pour le pays. Les décideurs l’ont sûrement compris mais les réalités sur le terrain sont parfois tout autre.
 
Protéger la promesse

L’enjeu n'est donc pas seulement d'attirer mais aussi de rassurer et protéger. Protéger l'investisseur, local comme étranger, contre l'usage des rapports de force au détriment du droit.

Nos gouvernements ont posé les fondations. D’Alger à Cotonou, d'Abidjan à Nouakchott, les institutions sont là, le cadre existe, la volonté politique est réelle. L’étape décisive, après avoir bâti le cadre c’est de s’assurer de suivre les mécanismes qui le sécurisent. Un code des investissements ne vaut que par la justice qui le fait respecter : c'est elle qui transforme un texte en garantie.

Cela suppose des institutions judiciaires fortes, c'est-à-dire indépendantes, prévisibles, également soucieuses des acteurs et fidèles aux objectifs que nos États se sont fixés. Car ce sont elles qui, en dernier ressort, protègent à la fois les fondations et ceux qui ont choisi de bâtir dessus. Il revient maintenant à l'ensemble des acteurs, publics et privés, de faire vivre cette promesse au quotidien, dans chaque dossier, chaque partenariat. Car le « nation branding » économique ne se joue pas dans les brochures ni dans les conférences internationales. Il se joue dans la manière dont on traite l’investisseur qui arrive. C'est lui qui dira au monde si notre promesse valait la peine d'être crue.
Oumar Nourou
 



Source : https://www.lejecos.com/Nos-pays-font-beaucoup-pou...

La rédaction