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PROFIL PSYCHOLOGIQUE DE L’INSULTEUR DU NET : Assane Diouf, le pharmakos qui pédale dans la farine

Rédigé par leral.net le Samedi 6 Juin 2020 à 19:00 | | 0 commentaire(s)|

Assane Diouf, un personnage complexe et difficile à cerner, passe sur le divan du psychologue-clinicien, Serigne Mor Mbaye. Lequel dresse son profil psychologique.


PROFIL PSYCHOLOGIQUE DE L’INSULTEUR DU NET : Assane Diouf, le pharmakos qui pédale dans la farine
Stratège – La scène est ubuesque : en petite culotte, Assane Diouf déambule et parlotte dans sa chambre au petit matin de la journée du mardi 2 juin. A travers les grilles de sa fenêtre, on aperçoit ses interlocuteurs. Des visiteurs indésirables. L’un d’eux est en cagoule. Derrière le masque se cache, un policier venu avec son équipe pour l’arrêter.

Jugeant illégale l’heure (6h du matin) à laquelle les flics ont fait cette descente chez lui, le bonhomme décide de ne pas se livrer. Face à son refus, la police défonce la porte de la chambre, plaque le longiligne au sol, avant de lui passer les menottes. Le spectacle, Assane Diouf a pris le soin de l’offrir aux abonnés du Net, à travers un live dans lequel le «présumé coupable» passe pour une victime qui aurait dit le fond de sa pensée dans un pays démocratique via une vidéo devenue virale sur la toile. Le décor soigneusement choisi : le drapeau américain, celui du Sénégal et l’effigie de l’ex-Président Abdoulaye Wade accrochés au mur de la chambre, n’a pas échappé à la perspicacité du psychologue clinicien.

Serigne Mor Mbaye qui décrypte le message visuel, trouve « chez Assane, quelque chose de complètement délirant, mais bien articulé : il est Sénégalais et Wade est son idole, l’Amérique, un pays où l’on peut tout dire, sa référence démocratique. De ces trois pôles qui constituent ses références, il s’appuie sur les deux pour attaquer le troisième à travers ses identités».

Sa stratégie est bien pensée. « C’est pour se donner quelque part une certaine sécurité, en essayant d’internationaliser son combat ». Il devra, d’abord, remporter son duel face au juge. Ses propos jugés désobligeants par les autorités judiciaires, lui ont valu une garde-à-vue suivie d’un placement sous mandat de dépôt, hier, vendredi. Assane Diouf est retourné à Rebeuss, après y avoir séjourné de janvier 2017 à février 2019.
La première fois, c’était pour les délits d’insulte envers une personne du culte ou un groupe de personnes, outrage à un ministre de culte dans l’exercice de ses fonctions, outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions et diffusion de fausses nouvelles. Cette fois-ci, il est poursuivi pour provocation à un attroupement armé, outrage à agent dans l’exercice de ses fonctions et rébellion.

Pharmakos – Ces différents faits cumulés à ses sorties délirantes sur le net, renseignent le psychologue sur le profil du personnage qui jouerait le «rôle de pharmakos, un bouc-émissaire dans les anciennes sociétés primitives grecques».

« Son délire violent s’apparente à des bouffées délirantes qui s’appuient sur le réel. La violence du propos et le fait que notre société soit primitive, font qu’il est la victime expiatoire et sacrificielle. Chaque Sénégalais honnête est révolté par la mauvaise gestion, le climat d’incertitude, l’errance.

Seulement, précise Serigne Mor Mbaye, la façon dont Assane l’exprime, un ras-le-bol fait de propos insultants à l’égard de l’institution républicaine, le président de la République, ouvre la voie au sacrifice. Dans les identités qu’il a attaquées, il y a à boire et à manger, mais la justice ne peut accepter la violence avec laquelle il l’exprime, même s’il est le condensé de tout le malaise de notre société. Une société où il y a beaucoup de malaise, de mal-être et de frustrations.»

Leadership – Assane Diouf a su trouver sa place dans une société policée, ou l’insolence est bannie. «Parce que quelque part, dit le psychologue, les gens sont voyeurs, mais aussi adhèrent en partie à son discours. Beaucoup de personnes ont passé du temps à l’écouter. Même si tout n’est pas vrai, il donne sens à la frustration des personnes.» Mieux, Assane a brisé les codes en s’attaquant aux identités remarquables à travers un «langage ordurier», qui lui confère paradoxalement, aux yeux de certains, un semblant de leadership.

Ses vidéos ont fait des émules. «L’usage de l’insulte est très grave, constate Serigne Mor Mbaye. Il porte atteinte à l’image de l’institution présidentielle, maraboutique ou autre et participe à la désacralisation de ces identités remarquables. En cela, il fait peur. Dès l’instant que ce processus de désacralisation est entamé, tout peut s’y engouffrer. On dirait que Assane est un leader dans l’insulte. A sa suite, beaucoup d’autres ont emprunté ce mode-là. Son discours a une forte résonnance et renforce ses convictions. Il y a beaucoup de frustrations qui n’empruntent pas la même voie que celle de Assane. Elles adhèrent à ses propos non pas en termes d’insultes, mais de révélations et désacralisation de ces institutions.»

Folie – Assane Diouf a commencé sa campagne de destruction massive en étant de l’autre côté de la frontière, avant de consumer le mal de l’intérieur avec les mêmes armes : l’insulte. « C’est une façon complètement délirante, complètement folle, d’exprimer son malaise, pense le psychologue. Assane porte atteinte à l’intégrité de certaines personnes, mais pédale dans la farine. Les autres seront enfarinés, lui aussi. Il y a une révolte quelque peu confuse chez le personnage. L’insulte dans cette forme qui désacralise l’institution, pose problème. Assane ne parle pas seulement de l’institution, mais des individus qui les représentent.

S’il parlait de façon globale, on comprendrait. Mais nominativement, il porte atteinte à l’image d’identités dans la société. C’est en cela que ses propos sont perçus comme menaçants parce que pouvant porter à la désintégration de ces institutions. Cette peur-là fonde qu’il devienne la victime expiatoire sur laquelle on s’acharne, alors que si on l’oubliait, peut-être, ça va aller. Mais on va finir par en faire un héros parce qu’on est en train de lui bâtir une étoffe.
»

A la prochaine vidéo…



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