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Pape Dieng, dg Senelec «Au Sénégal, le temps annuel de coupure est passé de 588 heures en 2010 à 915 en 2011 pour se stabiliser à 25 heures au 31 mai 2014»

Depuis quelque temps, la Société nationale d’électricité (Senelec) a renoué avec les mauvaises habitudes privant Dakar et sa banlieue du précieux jus pendant de longues heures avec des pics de 24h par endroits. Les conséquences restent inestimables sur l’économie nationale, plongeant ainsi les tailleurs, les menuisiers, les soudeurs métalliques, les restaurateurs, les coiffeurs, les vendeurs de glace… dans le désarroi total. Va-t-on vers de nouvelles émeutes de l’électricité avec le retour des coupures intempestives? Le Directeur général de la Senelec, Pape Dieng, qui est venu à la rencontre de la rédaction de L’Observateur avant-hier jeudi répond par la négative. Dans son rôle de dédramatisation systématique et assimilant le retour des coupures intempestives à un non-sens dans le langage des électriciens, il affirme dans cet entretien qu’ «il n’y a plus de délestages au Sénégal». Mieux, avance-t-il, la qualité de service offerte par la Senelec fait partie des meilleures d’Afrique et du monde. Mettant toujours en exergue les «grandes performances» réalisées par la «société des ténèbres», Pape Dieng relève que les heures annuelles de coupure sont passées de 588 en 2010 à 915 en 2011 pour se stabiliser à 25 «petites» heures au 31 mai 2014. Et annonce une économie de 53 milliards FCfa réalisée sur les charges d’exploitation.


Rédigé par leral.net le Samedi 30 Août 2014 à 20:24 | | 0 commentaire(s)|

Pape Dieng, dg Senelec «Au Sénégal, le temps annuel de coupure est passé de 588 heures en 2010 à 915 en 2011 pour se stabiliser à 25 heures au 31 mai 2014»
Nous assistons au retour des coupures intempestives d’électricité. Pourquoi?

Que veut dire coupures intempestives? Dans le vocabulaire des électriciens, ce vocable n’existe pas. Chez nous, toutes les coupures sont datées. Quand il y a coupure, on sait que le courant est coupé tel jour, à telle heure. Idem pour le retour du courant, donc on connaît la durée de la coupure. Mais quand on nous parle de coupures intempestives, on est désarmé. Car on ne sait pas ce que cela veut dire pour pouvoir y répondre. Par contre, quand vous dites samedi jusqu’au lendemain dimanche, on peut vous dire effectivement qu’il s’agit de telle panne et voilà ce qui a été fait pour solutionner la difficulté et rétablir l’électricité.

Cela veut dire tout simplement que dans un quartier ou un lieu donné il y a tout le temps des coupures…

Tout le temps, il y a des coupures, tout le problème est là. Entre le 1er janvier et le 31 mai, nous avons eu 25 heures de coupures, c’est une qualité de service qui est comparable à la meilleure qualité de service en Afrique et dans certains pays européens. La difficulté de tous les électriciens est que la normalisation ne s’est traitée que de ce qui peut être défini avec exactitude ou mesuré avec précision. Pour eux, tout le reste n’est que discours. Par exemple à Sédhiou, les populations sont restées 36 heures sans courant parce que la ligne qui alimente cette ville est en aérien et on était obligé de la passer en souterrain, car on devrait traverser l’aéroport de Sédhiou. Il y a eu un défaut sur cette partie qui est en souterrain et il fallait le chercher. Malheureusement, il y a eu deux défauts consécutifs et l’équipe de Ziguinchor qui était venue régler le problème avait repéré le défaut visible à l’œil nu. Ce qui a été réparé et le courant remis la nuit, mais il y avait un autre défaut dans le câble enterré. Le lendemain, on nous annonce que Sédhiou n’a pas de courant depuis 24 heures, nous avons loué un hélicoptère de l’armée qui ne pouvait pas atterrir là-bas à cause d’un orage. Donc l’appareil a déposé l’équipe à Ziguinchor pour qu’elle rallie Sédhiou par la route. Finalement, le courant a été rétabli à minuit. Vous voyez tous les efforts qu’on déploie lorsque nous sommes informés de la survenance d’une coupure. Avec la presse, on a l’impression qu’il s’agit plus de donner une information adressée aux populations plutôt que d’informer la Senelec pour rétablir l’électricité. On a communiqué pour dire aux citoyens de nous informer directement du lieu et de l’heure des coupures, mais ils préfèrent se plaindre au niveau des médias. J’ai rarement vu un article dans un journal qui annonce la coupure, en donner les raisons et dire voilà les solutions que préconise la Senelec.

Est-ce que vous ne seriez pas submergés s’il faut à chaque coupure informer la Senelec?

Comme les coupures sont rares, à part l’hivernage, convenons qu’il n’y a presque pas de coupures.

Qu’avez-vous fait pour prévenir la récurrence des coupures pendant l’hivernage?

Très bonne question. Pour l’hivernage, nous privilégions d’habitude les réseaux aériens. Quand vous voyez les fils, il y a ce qu’on appelle les isolateurs. Il y a aussi des éléments en verre qui tiennent les conducteurs sur les poteaux. Avant l’hivernage, on fait des visites de lignes en vérifiant si les conducteurs ne sont pas fissurés, on nettoie les isolateurs. On fait surtout l’élagage qui revient à couper systématiquement toutes les branches proches des lignes. Voilà donc le travail de maintenance que nous faisons avant l’hivernage que nous appelons le travail de pré-hivernage. Maintenant, il y a deux techniques qui cohabitent dans une société d’électricité à savoir les lignes souterraines et aériennes. A l’intérieur des villes, les réseaux sont des réseaux souterrains pour des questions d’esthétique et de qualité de service. Au niveau du monde rural, on a plutôt affaire à des réseaux aériens. Vous ne pouvez pas faire un travail d’entretien pour un réseau souterrain pendant l’hivernage. Les techniques qui sont généralement utilisées pour les réseaux sont des techniques éprouvées. Un réseau souterrain de la Senelec durant entre 20 et 25 ans sans trop de problèmes. Certains réseaux aériens datent de 1950 ou 1930 si l’on prend la ligne qui va de la Senelec pour alimenter les phosphates de Taïba. Ce sont des infrastructures qui sont conçues pour durer. On peut rester 15 ans sans problèmes et se retrouver avec des défauts, la prochaine saison hivernale parce qu’il y a un vent qu’on ne maîtrise pas par exemple. Un réseau aérien est conçu pour résister à un effort et quand on fait le calcul mécanique des lignes, on utilise des coefficients de sécurité. Ces derniers permettent sur une durée de 25 ans d’avoir deux, trois ou quatre défauts par ligne. Parce qu’une ligne conçue pour résister à toutes les intempéries coûte très cher et les abonnés ne pourraient pas supporter les tarifs liés à une telle opération. Lorsque la commission de régulation de l’électricité calcule les tarifs, on regarde la qualité de service acceptable pour 95 à 97% des clients (un million vingt mille abonnés à la
Senelec). Il y a peut-être 1 000 abonnés sur un million qui ne peuvent pas souffrir d’une coupure de 5 mn. Là, la régulation ne peut pas établir des tarifs à ce niveau parce qu’on fera supporter aux abonnés une qualité de service dont ils n’ont pas besoin. Comme la Senelec est une société avec contrôle de revenus, c’est-à-dire qu’on fixe les tarifs en fonction des charges de la société. Si la
Senelec gagne trop d’argent, on baisse les tarifs, si elle perd de l’argent, on doit augmenter les tarifs, à condition que la société soit bien gérée. En établissant les tarifs, le régulateur prend en compte la capacité d’acceptation de la durée des coupures des consommateurs (15 ou 30h pendant l’année). Les 2% qui ne peuvent pas souffrir d’une coupure ou d’une microcoupure doivent mettre soit des onduleurs ou des groupes électrogènes. Il leur appartient d’améliorer la qualité de leur service, car on ne peut pas faire supporter cette qualité aux autres abonnés. Voilà un peu comment on calcule les tarifs sur la base de ce que l’abonné peut accepter comme coupure. Par exemple au niveau de la Senelec, on nous a dit que nous allons produire cette année 3 milliards 200 millions de kw/h, mais vous ne pouvez couper que 15 millions de kw/h. Tout est fixé, le nombre de courant distribué ou non, les pannes, les tarifs, etc. C’est pourquoi, nous sommes mal à l’aise quand on nous demande quand est-ce qu’il n’y aura pas de coupure, car il y a toujours de l’énergie non distribuée dans tous les pays du monde, et qui est fixée pour respecter une qualité de service acceptable pour l’activité économique, sociale et sportive.

Et, qu’est-ce qui fait que l’électricité est très chère au Sénégal?

L’électricité est chère parce que les politiques qui ont été menées ont conduit à l’impasse. Quand le Président Macky Sall parle de mixte énergétique, c’est une façon de dire si nous ne changeons pas notre façon de faire, on ne pourra pas produire de l’énergie en quantité suffisante et à un coût raisonnable. L’électricité est chère parce qu’elle est produite à partir du pétrole. Or, l’électricité la moins coûteuse au Sénégal est celle qui est produite à partir de l’eau. C’est l’énergie que nous tirons des barrages hydroélectriques de Manantali et du Ferlo. Ensuite, il y a l’énergie produite à partir du charbon comme la centrale de Sendou en construction. Après le pétrole, curieusement l’énergie la plus chère est le solaire.

En citant les exemples de la Belgique et de la Suisse, est-ce que ce n’est pas un aveu d’impuissance de votre part?

On se compare à ces pays de référence parce que nous sommes ambitieux. Quand Macky Sall est arrivé au pouvoir le 25 mars 2012, toute la puissance disponible de Senelec se situait à 304 mégawatts. A la date d’aujourd’hui, cette puissance est de 405 mégawatts. Donc du 27 mars 2012 au 27 août 2014, on a eu 101 mégawatts de plus.

Qu’est-ce qui explique cette performance?

En 2013, nous avons mis sur le réseau 60 mégawatts neufs dont 30 mégawatts à Kahone et 30 autres à Bel-Air. Au moment où l’on arrivait, les centrales étaient à terre du fait d’un manque d’entretien. L’argent de Senelec était utilisé à d’autres fins que de s’occuper des opérations imposées (entretien des groupes, des lignes, paiement des salaires…) En mars 2012, le coefficient disponible des groupes qui fonctionnaient se situait aux alentours de 56%. En réhabilitant les groupes à terre, on a récupéré 51 mégawatts, ce qui fait un total de 101 mégawatts. En 2015, nous allons mettre sur le réseau 248 mégawatts.

La production a augmenté, mais est-ce que le réseau ne pose pas problème à cause de sa vétusté?

Effectivement, 90% des heures de coupure en 2010 et 2011 étaient dues à un déficit de production, c’est ce qui a été solutionné. Pour l’essentiel maintenant, le temps de coupure restant est dû à un problème de réseau, de transport et de distribution. J’ai trois solutions lorsque je veux alimenter un abonné, l’alimentation en antenne c’est-à-dire que je prends une ligne et l’amène chez lui. Le client aura du courant aussi longtemps qu’il n’y aura pas de délestage. C’est ce que nous appelons dans notre jargon la boucle 90 KV, donc on boucle le réseau de telle sorte que vous pouvez être alimenté dans un sens ou dans l’autre

Est-ce que vous n’êtes pas en train de faire des pas en arrière, vous dites que l’énergie solaire coûte très cher, c’est pourquoi vous vous tournez vers le charbon, pourquoi le Sénégal ne peut pas faire des efforts pour l’énergie solaire ?

Nous faisons des efforts pour le solaire. L’énergie solaire est la plus chère, le soleil est gratuit, mais si les Sénégalais acceptaient d’avoir de l’électricité que lorsqu’il y a du soleil, on aurait une énergie bon marché. Mais les Sénégalais ont plus besoin d’électricité quand il n’y a plus de soleil, c’est-a-dire pendant la nuit.

Mais l’énergie solaire se conserve

Oui. Mais le problème que nous avons jusqu’à présent c’est d’avoir une centrale avec backup, le niveau des connaissances technologiques ne permet pas encore d’apporter une solution au stockage de l’électricité qui peut être une solution compétitive. La Senelec est en train de construire une centrale solaire de 2 MW, à Diamniadio, elle sera mise en service le 15 novembre pour alimenter la conférence, mais c’est une centrale sans backup. Parce que jusqu’à présent, la technologie ne permet pas de synchroniser les centrales solaires avec backup sur un réseau, donc quand on a une centrale solaire qu’on veut injecter sur le réseau, on n’a pas de stockage. On y réfléchit, mais on n’a pas encore trouvé une solution compétitive. Or aujourd’hui, je pense qu’il n’y a pas un seul Sénégalais qui accepterait une augmentation des tarifs pour subventionner l’énergie solaire ou éolienne. C’est un problème de coûts et rien d’autre. Pour la centrale de charbon qui nous permet d’avoir l’électricité tout le temps, on est à 62Frs le Kw, et pour l’énergie solaire on est à 65Frs, et c’est une énergie que nous n’avons que le jour. Donc on doit avoir la centrale solaire, acheter l’énergie à 65Frs et construire une centrale d’égale puissance qui nous permet de continuer la distribution la nuit. Donc c’est un double investissement, et si l’on calcule les deux, l’énergie solaire devient la plus chère. Et en plus, c’est une énergie intermittente, c’est comme le vent, on ne peut pas prévoir combien de kilowatts/h on aura demain. Et les abonnés sont tellement exigeants qu’on ne peut pas leur dire qu’il n’y a pas d’électricité parce qu’il n’y a pas de soleil ou de vent.

Raison pour laquelle le mix énergétique est aujourd’hui capital

Exactement, ce mix sera un mix de charbon, de gaz, de pétrole et un peu de soleil.

Vous avez annoncé la hausse de la production qui serait tirée de la location de groupes électrogènes, est-ce que cette
location ne coûte pas trop cher ?

La location des groupes nous coûte les yeux de la tête.

Combien ?

A mon arrivée, un kilowatt/heure de location coûtait 160Frs, et il y avait 150 mégawatts de location. La Senelec vend le kw/h en moyenne à 117 Frs. C’est pour cette raison que l’Etat a mis en 2012, 123 milliards pour compenser les tarifs. Et quand on a mis les 60 mégawatts plus les 51 autres de la réhabilitation, nous avons baissé la location jusqu’à 48 mégawatts. Quand la charge est remontée, nous avons décidé de reprendre la location, mais au lieu de produire au gasoil qui coûte 160F, de produire au fioul lourd qui coûte environ 95Frs. Mais en juillet 2015, quand on va mettre en service la centrale de Tobène, on va arrêter la location. Et quand on mettra en service la centrale de charbon, ça nous permettra d’arrêter nos propres groupes qui avaient un coût de production élevé. Parce que l’ambition du gouvernement c’est qu’en 2017, la compensation de 123 milliards disparaisse. Et vu le coût de production de 67Frs que nous voulons atteindre, les autorités pourraient même envisager la baisse des tarifs.

Comment se portent actuellement les finances de la société ?

Si vous interrogez les fournisseurs, ils vous diront qu’ils sont payés. Dernièrement, j’ai rencontré l’administrateur du Fse, à mon arrivée, la Senelec ne pouvait pas emprunter aux banques. C’est le Fse qui empruntait et qui prêtait à la Senelec. Cette année, Ecobank nous a prêté 34 milliards, le Fse empruntait avec un taux d’intérêt de 9,5%, avec Ecobank le taux est de 7,25%. Le mois passé, la Banque of Africa nous a prêté 15 milliards au même taux, et depuis que je suis à la Senelec, je ne suis jamais allé voir un DG de banque à son bureau, ce sont eux qui viennent me voir. Cela veut dire que la Senelec est un produit intéressant pour elles, entre 2012 et 2013 nous avons réalisé une économie de 53 milliards sur les charges d’exploitation. En 2011, les commissaires aux comptes avaient refusé de certifier les comptes de la société pour cause de menaces sur la continuité de l’exploitation. En 2012, on a certifié les comptes, mais l’Etat a mis 123 milliards et la société a eu un déficit de 9 milliards. En 2013, les 123 milliards sont tombés à 88 et le déficit de 9 milliards a été ramené à environ 200 millions.

Et vous restez devoir combien à la Sar ?

La Sar, c’est un marché de 240 milliards hors Tva. Si l’on y ajoute 18% de taxes, ça fait près de 280 milliards. Un tel marché sur 12 mois, ça fait à peu près 24 milliards par mois. L’ancien ministre avait décrété que la Senelec achète obligatoirement à la Sar et la Sar vend obligatoirement à la Senelec. Mais la Sar nous dit qu’on doit payer chaque semaine, on leur a dit clairement que nous ne pouvions pas faire cela. Parce qu’avant le décret, il n’y avait pas ces conditions, et aucune société d’électricité ne peut faire face à des recettes hebdomadaires. On a demandé à la Sar de nous fournir pendant 30 jours, de nous présenter une facture que nous allons payer 30 jours plus tard. Ce qui correspond à un cycle de 60 jours, nous fournissons à nos abonnés pendant 60 jours avant de leur présenter une facture qu’ils paient 30 jours après, soit un cycle de 90 jours. Et comme l’argent nous vient de nos abonnés, nous ne pouvons pas faire face à un cycle de paiement différent du cycle de revenus que nous avons. Nous ne pouvons pas respecter un engagement de paiement hebdomadaire parce que nous n’avons pas des revenus hebdomadaires. Nous ne pouvons pas respecter un engagement de paiement hebdomadaire parce que nous n’avons pas des revenus hebdomadaires. Voilà le problème, 24 milliards c’est la consommation mensuelle moyenne de Senelec, si l’on nous livre pendant un mois et qu’on paie 30 jours après, ça fait 48 milliards et c’est ce que nous devons en permanence à la Sar. Tous les autres fournisseurs qui ont des factures à date échue ont été payés, on ne doit pas d’arriérés aux fournisseurs.

Est-ce que vous êtes en train de penser à une stratégie pour sortir de cet engrenage ?

Mais nous ne pouvons pas, les abonnés nous doivent 80 milliards, est-ce qu’ils peuvent nous payer par semaine ? S’ils sont d’accord, on peut les faire passer en prépaiement et comme ça, on pourra payer à la Sar par semaine. Mais tant que la Senelec fournit de l’électricité aux abonnés pendant 60 jours et que ces derniers paient 30 jours après, on ne peut pas faire autrement.

Cette formule a pourtant été initiée, avec les compteurs, mais on n’en trouve plus.

Pour le prépaiement, nous avons relancé le programme, aujourd’hui 200 000 compteurs ont déjà été achetés et sont en cours de livraison, 57 000 sont déjà à Dakar et 35 000 autres arrivent à Dakar en fin de semaine et 25 000 dans une semaine. Et avant le 15 septembre, le programme d’acquisition sera ouvert à tous les clients qui en voudront.

Est-ce qu’il y a une différence entre les facturations ?

Non pas trop, la tarification est faite par la commission de régulation, les tarifs du prépaiement entrent dans le même cadre que le tarif des compteurs classiques. Ce n’est pas la Senelec qui définit les tarifs. La différence c’est que pour le prépaiement, on paie avant de consommer, comme le téléphone, c’est un compteur à crédit que l’on charge et recharge. On a eu des problèmes qui ont fait que le programme a été suspendu, il a repris, le problème des réseaux de vente est réglé et à partir du 15 septembre, Senelec va émettre des cartes prépayées et les abonnés pourront gérer eux-mêmes leur budget.

Parlons du climat social au sein de la Senelec, pourquoi vous ne vous entendez pas avec les syndicalistes ?

Je suis arrivé en juillet 2012, le 20 août 2012, j’ai sorti un document que j’ai appelé Appel au sursaut, et il y avait une phrase dans ce document qui était très importante pour moi, mais qui n’a pas été bien comprise. J’ai dit que «les appels au retour de l’autorité se font entendre», parce que je considérais qu’il n’était pas normal qu’avec les compétences qu’il y avait à la Senelec, qu’on ne puisse pas redresser la société. Mon point de vue était qu’il n’y avait plus d’autorité et on ne peut rien faire sans autorité. J’ai commencé là où c’était le plus difficile, j’avais trouvé une structure avec 19 directions et j’en ai supprimé 6. Il est normal que ceux qui occupaient ces postes ne soient pas contents. Ensuite, j’ai dit qu’on ne pouvait pas continuer à voyager en classe Affaires, les frais de mission s’élevaient à 1,8 milliard par an, un an après mon arrivée, je les ai divisés par deux. Il est normal qu’il y ait des mécontents. Et pourtant, les syndicalistes avaient applaudi quand j’ai pris ces décisions. Je me suis ensuite attaqué aux heures supplémentaires, on payait 230 millions en heures supplémentaires par mois. Il y avait des agents qui avaient plus d’un million de Francs en heures supplémentaires, en plus de leur salaire. Quand j’ai sorti une note pour dire de limiter les heures supplémentaires à 80, comme prévu par la loi, ces gens n’étaient pas contents, et l’essentiel des syndicalistes ce sont eux. Autre décision difficile que j’ai prise, le tarif préférentiel. Chacun consommait ce qu’il voulait, jusqu’à 8 000 Kilowatt/heure par mois, j’ai dit que ça ne pouvait pas continuer et qu’il fallait y mettre un terme. On ne peut pas empêcher aux travailleurs de la Senelec de bénéficier d’un quota raisonnable, donc on a encadré le tarif préférentiel, et les gens sont devenus plus mécontents. On a encadré le tarif préférentiel et là, les gens sont encore devenus plus mécontents. J’ai pris des décisions qui étaient impopulaires. A la Senelec, pendant trente ans, les syndicats ont imposé leur volonté. Moi, je ne suis pas à la Senelec pour gérer mon fauteuil, j’y suis pour gérer la Senelec. Je ne suis pas là pour faire plaisir au syndicat. Je suis là pour redresser la Senelec. Il est normal que les syndicats qui avaient l’habitude de faire ce qu’ils veulent soient mécontents et que nous soyons en conflit. Et la dernière fois, ils ont demandé à ce qu’on efface les dettes, j’ai dit non, vous avez emprunté, vous payez. Ils m’ont traité de tous les noms, mais ce n’est pas important pour moi. Aujourd’hui, si vous interrogez les agents objectifs, ils vous diront que la Senelec est sur la bonne voie. Nous payons nos fournisseurs à temps. Les salaires sont payés très tôt. Les banques nous font confiance, elles sont en train de satisfaire la production, même si au demeurant, nous avons des problèmes de secours pour les clients sur le plan du réseau. Nous avons des problèmes de réseau sur la distribution et le transport, mais du point de vue de l’assainissement financier et de l’autorité qui est revenue à la Senelec. Et tant que je suis le Dg de la Senelec, je n’accepterai jamais qu’il n’y ait pas d’autorité dans cette structure.

Récemment, vous accusiez la mairie de Dakar de vous devoir 10 milliards FCfa, c’est quoi le problème ?

Les mairies ont toujours payé depuis que la Senelec existe. Un jour Abdoulaye Wade se lève et dit l’Etat va payer. Mais, il faut concrétiser cela par le vote d’un budget. Le président de la République si puissant soit-il ne peut pas dépenser l’argent de l’Etat tant que ce n’est pas voté par l’Assemblée nationale. Alors, comment l’Etat paye ? En 2012, quand Macky Sall est arrivé au pouvoir, il y a eu le croisement des dettes et l’Etat a pris en charge toutes les dettes des Collectivités locales. Entre 2012 et 2014, aucune décision n’a été prise. Et le réseau dont on parle n’a pas été construit par la mairie de Dakar. C’est l’Ageroute qui a construit le réseau, comme ce n’était pas mis en service, les voleurs ont volé les câbles en cuivre qui alimentaient les lampadaires. Et la mairie a emprunté à l’Afd pour réhabiliter le réseau. Quand ils ont fini de le faire, ils ont voulu qu’on alimente le réseau. Nous leur avons demandé de remplir une demande d’abonnement et de s’engager à payer les factures. C’est la seule chose que nous leur avons demandée.

Ils ne l’ont pas respecté ?

Non. La seule chose que nous demandons à la mairie, c’est qu’avant de raccorder un nouvel abonné, qu’il y ait quelqu’un qui s’engage, qui signe. La Présidence paie, de même que la Primature, le building paie, toute l’administration centrale paie. La mosquée de Touba paie, le Khalife ne nous doit rien. Tout le monde paie. On ne comprend pas pourquoi on va alimenter la mairie de Dakar qui ne s’engage pas à payer. Si la mairie nous donne un papier de la mairie pour nous dire que l’Etat paie, on raccorde.

Et pour ce qui est des taxes municipales prélevées…

C’est le grand problème qu’on a. Avant la réforme de l’acte3, la taxe sur l’électricité revenait aux communes d’arrondissement et c’est la mairie de ville qui devait payer les factures d’électricité. Malheureusement, la ville ne payait pas et les mairies d’arrondissement nous faisaient des Atd. Quand Karim Wade était là, ils avaient tous arrêté sur sa demande. La taxe d’électricité qui devait servir pour payer l’éclairage public était utilisée pour autre chose par les mairies d’arrondissement et la mairie de Dakar ne payait rien. J’ai trouvé une situation et je ne suis pas là pour gérer ce qui s’est passé, mais maintenant, avant de raccorder quelqu’un, il faut qu’on sache qui paie. Il faut qu’on ait un interlocuteur.

Quand est-ce que les Sénégalais vont avoir de l’électricité en qualité, en quantité et à moindre coût ?

Nous avons suffisamment de puissance, on ne déleste pas. Le problème que nous avons est un problème de réseau. Quand un client est coupé à cause d’une panne, nous n’avons pas toujours les moyens de le secourir rapidement et nous y travaillons. Et à Dakar, nous sommes en train de mettre en place la boucle 90 KV pour apporter 80% de secours aux abonnés de Dakar. Maintenant, il y aura quelques problèmes parce qu’il y a des choses qui ne dépendent pas de nous. Lorsqu’un véhicule heurte un support et que la ligne est par terre, la Senelec ne peut que prendre le temps de venir vérifier et remplacer le poteau. Ce que nous pouvons faire, c’est qu’il y ait un deuxième réseau. En plus, si vous êtes sur la chaussée, vous n’avez pas le pouvoir d’ouvrir la chaussée parce que, c’est le préfet ou le gouverneur qui donne l’autorisation d’utiliser la chaussée, mais du temps de Wade, il a transféré cette compétence à l’Ageroute. Et c’est là où l’on a eu beaucoup de difficultés pour obtenir l’ouverture des tranchées et la réparation, c’est ce qui est long. Les tarifs ne dépendent pas de nous. Il faut une baisse des coûts de production. On louait le Kw/h à 160 FCfa, l’ambition en 2017, c’est d’arriver à 67 FCfa. L’Etat, en ce moment, ne va plus verser les 120 milliards de FCfa de compensation. Donc en 2017, le coût de production va baisser.

Vous annoncez l’ouverture de l’Agence Senelec de la Patte D’oie le 1er Septembre prochain, mais au rythme où vont les choses, est-ce que vous ne craignez pas d’autres saccages ?

On ne peut pas dire à quelqu’un de manifester, parce que faudrait-il qu’il le fasse dans le noir. Et là, l’électricité est disponible. Il n’y a plus de coupure la nuit. Les choses marchent bien, alors pourquoi manifester.

Qu’est-ce qui a expliqué votre défaite à Pekesse lors des Locales dernières ?

J’ai gagné à Pekesse en 2009 à 60% alors que j’étais dans l’opposition. En 2011, je suis allé avec Macky Sall, on a gagné aussi bien la Présidentielle que les Législatives. Les Locales sont arrivées, et pour moi, c’était une formalité parce que je n’avais pas jugé utile d’aller faire campagne. Et comme quand je n’étais pas là, c’est mon épouse qui faisait campagne. C’était au moment où l’on a eu le problème avec le combustible de Kounoune, j’étais obligé, chaque matin, de réunir le comité d’exploitation. Durant la campagne, je n’ai été à Pekess que durant le week-end. Pour moi, c’était évident, je ne pouvais pas avoir moins de 70%. Personne n’osait se présenter face à moi, sur une liste majoritaire. Celui qui était sur la liste majoritaire, ce n’est pas lui le maire, il n’est même pas dans le bureau.

Qui vous a battu alors ?

C’est le Ps, le Pds, Rewmi, Fsdb/J…Tout le monde était contre l’Apr. Mais même avec cela, je ne devais pas perdre.

L'Observateur




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