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"Peine de mort, déchéance de nationalité et affaire Bilie-By-Nze"

Rédigé par leral.net le Jeudi 11 Juin 2026 à 08:35 | | 0 commentaire(s)|

Depuis le 30 août 2023, les nouvelles autorités se targuent d'avoir libéré le Gabon. Pourtant, au fil des semaines, des mois et des années, un tout autre sentiment s'est installé. Et pour cause ! Le régime UDB-PDG-CTRI semble désormais vouloir gouverner par la peur plutôt que par la confiance.
L'épisode de la peine de mort en est la parfaite illustration. Profitant de l'émotion légitime suscitée par l'enlèvement, puis l'assassinat du jeune Cameron, certains ont tenté de ressusciter une (...)

- LIBRE PROPOS /

Depuis le 30 août 2023, les nouvelles autorités se targuent d'avoir libéré le Gabon. Pourtant, au fil des semaines, des mois et des années, un tout autre sentiment s'est installé. Et pour cause ! Le régime UDB-PDG-CTRI semble désormais vouloir gouverner par la peur plutôt que par la confiance.

L'épisode de la peine de mort en est la parfaite illustration. Profitant de l'émotion légitime suscitée par l'enlèvement, puis l'assassinat du jeune Cameron, certains ont tenté de ressusciter une aberration que l'Histoire a depuis longtemps condamnée. Leur argument tenait en quelques mots : dissuader les criminels. Mais, sans verser dans la paranoïa, le dessein inavoué, on l'imagine aisément, était surtout de terrifier la population. À ce jour d'ailleurs, aucune information officielle ne filtre sur l'avancement de l'enquête relative à l'affaire Cameron. Qui sont les auteurs ? Qui sont les commanditaires ? Le pays attend toujours des réponses.

Puis vint la déchéance de nationalité. Cette fois, la mesure a été adoptée en catimini par ordonnance, durant l'intersession parlementaire, à quelques jours seulement de la rentrée des Chambres. Il s'agit pourtant d'une réforme lourde de conséquences, qui confère au chef de l'État le pouvoir discrétionnaire de décider qui mérite, ou non, d'appartenir à la communauté nationale.

Prises isolément, ces deux initiatives pourraient passer pour de simples outils juridiques. Envisagées ensemble, elles dessinent une logique brutale, celle de l'extension continue du pouvoir coercitif de l'État UDB-PDG-CTRI.

C'est à cette lumière qu'il convient d'examiner le traitement réservé à Alain-Claude Bilie-By-Nze. Depuis plusieurs semaines, l'ancien Premier ministre fait l'objet d'un acharnement judiciaire pour le moins troublant. Une créance présumée de cinq millions de francs CFA mobilise l'appareil répressif avec une intensité rarement observée pour des crimes autrement plus graves. Plus surprenant encore, le procureur lui-même a reconnu que la matérialité des faits restait à établir. La culpabilité n'est donc pas démontrée, mais la machine, elle, tourne déjà à plein régime.

Poussons un peu plus loin le raisonnement. Alain-Claude Bilie-By-Nze n'est pas seulement un ancien Premier ministre qui en sait long sur les coulisses et les lacunes du pouvoir actuel. Il est également l'une des voix les plus structurées contre le rétablissement de la peine de mort et l'instauration de la déchéance de nationalité. Ses prises de position, publiques et juridiquement étayées, ont été d'autant plus difficiles à réfuter qu'elles portaient tant sur le fond politique que sur le terrain du droit.

Face à l'acharnement presque obsessionnel dont est l'objet l'ancien chef du gouvernement, pour des faits contestés, comment, donc, ne pas songer à ce qui se serait produit si la peine de mort avait déjà été réintroduite ? Comment ne pas s'inquiéter lorsqu'un pouvoir cherche simultanément à s'octroyer le droit de vie et de mort et celui de bannir ses propres citoyens ?

Personne ne prétend qu'Alain-Claude Bilie-By-Nze soit directement visé par ces réformes. Mais le traitement qui lui est infligé leur donne une résonance particulière. Dans un climat où l'accusation semble toujours peser plus lourd que la preuve, et où la sanction devance l'établissement des faits, il devient urgent de s'interroger sur les dérives de cette logique punitive. Si une simple créance présumée suffit à déclencher une telle fureur étatique, qu'en sera-t-il demain avec la peine capitale ou la déchéance de nationalité ?

Le véritable enjeu dépasse largement le cas de l'ancien Premier ministre. Il touche à la conception même du pouvoir et aux limites que celui-ci accepte de s'imposer. Une démocratie, on le sait, se mesure moins à la manière dont elle traite ses amis qu'à la rigueur qu'elle met à respecter ses adversaires. Pourtant, le chef de l'État déclarait récemment sur France 24, avec une solennité qui forçait le respect, que Bilie-By-Nze était son « ami ». On n'ose imaginer, dès lors, la chaleur du traitement réservé à ses opposants.

On nous avait promis la restauration des institutions, mais nous assistons à l'élargissement des instruments de contrainte. On nous avait promis la libération, mais nous découvrons la tentation de la sanction permanente. Jamais le mot « libération » n'a été autant scandé, et pourtant, jamais les Gabonais n'ont eu autant le sentiment qu'il devenait périlleux de déplaire au pouvoir. La transition tant magnifiée révèle chaque jour un visage plus sombre que ses promesses initiales.

Aussi, lorsque de plus en plus de citoyens affirment, dans un sourire teinté d'incrédulité, que « ce pays est devenu bizarre », on hésite à les contredire. Dans un pays où l'on envisage de rétablir la peine de mort avant même d'avoir élucidé les crimes de sang, où le chef de l'État s'arroge le droit de déchoir ses compatriotes de leur nationalité, et où un ancien Premier ministre est sauvagement martyrisé pour une créance non prouvée, le mot « bizarre » paraît presque modéré.

Pourtant, face à cette dérive, une forme silencieuse mais tenace de résistance citoyenne s'esquisse. Elle ne s'exprime pas dans la rue, du moins pour le moment, mais elle s'installe déjà dans la conscience collective qui refuse la banalisation de l'arbitraire. Elle se lit dans ces regards qui ne se détournent plus, dans ces discussions de quartier où le nom de Bilie-By-Nze s'impose comme le symbole d'une justice qui ne saurait tout se permettre.

Cette résistance, discrète mais réelle, est le dernier rempart contre un régime qui confond la force de l'État avec le droit d'écraser les citoyens. À une époque où l'ironie devient la dernière forme de lucidité, cette vigilance citoyenne, modeste mais ferme, finit par apparaître comme notre seule évidence.

Par Michel ONGOUNDOU LOUNDAH
Président du parti REAGIR, ancien Sénateur de la Transition



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...