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Performance de la Brvm : La profondeur qui fait défaut

Avec une hausse de plus de 25 % en 2025 et une progression proche de 100 % sur cinq ans, la BRVM affiche des performances qui la placent parmi les marchés les plus dynamiques d’Afrique. Malgré ses performances records en 2025 (dépassant les 13 000 milliards de FCFA de capitalisation), la BRVM fait face à des défis structurels qui limitent encore son impact sur le financement réel des économies de l'UEMOA : marché fortement concentré, liquidité limitée, barrière à l'entrée pour les PME, faible diversification sectorielle, coût de transaction élevé, forte dépendance aux titres publics avec comme corollaire une exposition au risque souverain.


Rédigé par leral.net le Mercredi 7 Janvier 2026 à 17:06 | | 0 commentaire(s)|

Performance de la Brvm : La profondeur qui fait défaut
La Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) clôture l’année 2025 sur une performance remarquable, au niveau de ses trois indices phares, avec un BRVM Composite qui progresse de +25,26 % en variation annuelle, le BRVM 30 de +19,82 % et le BRVM Prestige qui reflète les valeurs de référence les plus solides et attractives, ressort à +25,61 %.

Le BRVM Composite est l’indice principal de la BRVM. Il regroupe toutes les sociétés cotées et reflète l’évolution globale du marché des actions de l’UEMOA. Le second (BRVM 30), lui, est composé des 30 principales valeurs mobilières les plus liquides et les plus capitalisées de la BRVM. Il sert à suivre la performance des titres les plus importants et représentatifs du marché, souvent utilisés par les investisseurs pour évaluer les tendances majeures.

Quant au troisième (BRVM Prestige), il regroupe les sociétés les plus performantes et à forte capitalisation boursière, considérées comme des valeurs de référence. Il met en avant les entreprises leaders, stables et attractives pour les investisseurs institutionnels, reflétant la crème du marché.

Avec une progression annuelle de +25,26 % et une hausse cumulée de +99,15 % sur les cinq dernières années pour son indice composite, le marché régional s’inscrit parmi les places boursières les plus dynamiques du continent africain. Pour autant, cette trajectoire ascendante mérite d’être analysée avec nuance. Car si la performance est bien réelle, elle ne traduit pas nécessairement une transformation profonde et homogène de l’économie régionale.

La progression des indices s’explique par une revalorisation continue de titres de référence, portés par des fondamentaux solides et une forte attractivité régionale. Mais le marché reste étroit, dominé par un nombre limité de grandes capitalisations fortement pondérées dans les indices.

Dans ce contexte, les flux se concentrent largement sur des valeurs dites « refuges », perçues comme plus liquides, résilientes et distributrices de dividendes. La hausse observée sur ces indices reflète donc davantage la rareté d’actifs de qualité que l’émergence massive de nouvelles opportunités productives. Autrement dit, le marché valorise mieux ce qui existe déjà, plutôt qu’il n’intègre de nouveaux moteurs de croissance.

Capitalisation en hausse : un effet prix plus qu’un effet volume

La capitalisation du marché actions a progressé de +32,27 % en un an, atteignant un niveau historique. Là encore, la dynamique est inconstatable. Mais elle repose principalement sur la hausse des cours, et non sur un élargissement significatif de l’univers coté.

L’année 2025 n’a enregistré qu’une seule nouvelle introduction en bourse, celle de la BIIC, et peu d’émissions de grande envergure. La base productive cotée reste donc limitée, ce qui pose une question de robustesse à long terme. À court terme, la revalorisation est saine. À moyen terme, l’absence de renouvellement et de diversification des actifs pourrait freiner la profondeur du marché.

Plus de volumes, moins de valeur : un signal à ne pas ignorer

L’un des indicateurs les plus révélateurs de l’année 2025 réside dans l’écart entre volumes et valeurs échangées. Le nombre de titres échangés a bondi de +109 %, tandis que la valeur globale des transactions a dévissé de 23,89 %.

Cette divergence soulève une autre problématique : celle d’un marché plus actif, mais aussi plus tactique. Les investisseurs multiplient les rotations, arbitrent davantage, interviennent sur des titres moins chers ou moins liquides. Il s’agit d’un signal de liquidité, certes positif, mais pas nécessairement d’un signe révélateur de création de richesse durable ou de montée en gamme de l’investissement.

Le marché obligataire, pilier discret mais central

Derrière la performance des actions, le véritable socle du marché financier régional reste le compartiment obligataire, dont la capitalisation a atteint près de 11 450 milliards FCFA à fin décembre 2025, quasiment au même niveau que celui des actions.

Cette situation confirme le rôle central de la BRVM comme canal de financement des États et des entités publiques. Une telle configuration implique toutefois une forte dépendance aux finances publiques, une sensibilité accrue aux tensions budgétaires et une corrélation étroite entre stabilité financière et trajectoire souveraine.

Un ratio capitalisation/PIB à manier avec prudence

Avec une capitalisation globale représentant 18,37 % du PIB des pays membres de l’UEMOA, la BRVM affiche un ratio globalement satisfaisant. Mais ce chiffre, souvent brandi comme un indicateur de maturité du marché, doit être relativisé. Il reste inférieur à celui des marchés émergents plus développés et plus matures, et il est largement porté par la dette.

Surtout, ce ratio ne dit rien de la liquidité effective, ni de la diversification sectorielle du marché. Il mesure la taille, pas la profondeur.

Une lecture macro-financière d’ensemble

Les chantiers engagés par la BRVM témoignent d’une ambition claire de modernisation : ETF, produits dérivés, indices ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance), Total Return Index ; le cap est réalisable. Mais cela exige des conditions préalables : une base plus large d’investisseurs institutionnels longs, des sous-jacents plus profonds et un marché secondaire obligataire plus fluide, ces innovations auront un impact progressif, plutôt que structurant à court terme.

En résumé, il est à relever que la BRVM absorbe une liquidité régionale abondante, dans un environnement où le crédit privé est plus contraint dans un environnement marqué par des émissions obligataires massives menées par les États, avec des investisseurs qui recherchent des rendements plus élevés.

Dans ce contexte, la bourse devient un outil d’allocation par défaut, plus qu’un moteur endogène de transformation économique. Nous sommes face à un marché financier qui consolide ses acquis, plus qu’à une bourse qui transforme l’économie régionale.

Lejacos

Ousseynou Wade