Leral.net | S'informer en temps réel
Actualité Audio

Pourquoi la radio reste le premier média du Sénégal, des villes aux villages


Dans un pays où le smartphone s'est imposé en moins de quinze ans, on pourrait croire que la radio a perdu la partie. Il n'en est rien. Du car rapide au marché, de la boutique du quartier au champ d'arachide, la petite voix qui sort du poste ou du téléphone continue de rythmer les journées des Sénégalais. Plusieurs raisons, très concrètes, expliquent cette longévité.

Un réseau dense, reconnu par l'État

La liste officielle des médias publiée le 6 février 2025 par le ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique donne la mesure du phénomène. Sur 258 médias reconnus conformes au Code de la presse, on compte 26 télévisions, 30 radios commerciales et 102 radios communautaires. Autrement dit, plus de la moitié des médias officiellement recensés sont des radios, et les radios communautaires forment, à elles seules, le plus gros contingent. Aucun autre support n'est aussi présent sur l'ensemble du territoire, de Saint-Louis à Ziguinchor et de Dakar à Kédougou.

Les chiffres d'audience, plus rares, vont dans le même sens. Une enquête sur les usages des médias citée par le Conseil national de régulation de l'audiovisuel (CNRA), réalisée en 2013, situait la pénétration de la radio à 75 % de la population adulte, au même niveau que la télévision et bien au-dessus de l'internet de l'époque. Plus récemment, l'étude Médiamétrie menée à Dakar entre octobre et novembre 2021 auprès de 1 445 personnes de 15 ans et plus a mesuré une audience cumulée de la radio de 56,6 % dans le Grand Dakar, avec une durée d'écoute moyenne de plus de trois heures par jour en semaine. Trois heures : c'est considérable, et cela ne concerne que la capitale, où la concurrence de la télévision et des réseaux sociaux est pourtant la plus forte.

La langue de tout le monde

La première force de la radio sénégalaise, c'est la langue. Le wolof, le pulaar, le sérère, le diola, le mandingue ou le soninké y ont droit de cité depuis longtemps, bien avant que la télévision ne s'y mette. Un auditeur qui ne lit pas le français, ou qui ne le lit pas facilement, trouve à la radio des informations, des débats et des conseils dans la langue qu'il parle à la maison. Les revues de presse en wolof, devenues un genre à part entière, en sont la meilleure illustration : elles traduisent et commentent chaque matin ce que les journaux ont écrit en français, et touchent ainsi un public bien plus large que les journaux eux-mêmes.

La deuxième force, c'est le coût. Un poste de radio ne coûte presque rien, fonctionne avec des piles ou une petite batterie solaire, et la quasi-totalité des téléphones, même les plus simples, intègrent un récepteur FM. Là où la télévision suppose un écran, l'électricité et souvent un abonnement, la radio n'exige rien de tout cela. Elle accompagne le travail, la marche, la cuisine, le transport, sans jamais réclamer les yeux ni les mains.

Le média de la proximité

Il y a enfin le lien de proximité. Les 102 radios communautaires reconnues, auxquelles s'ajoutent les stations régionales de la RTS et les antennes locales des grands groupes privés, parlent des questions qui comptent vraiment à l'échelle d'un département : la campagne agricole, la santé maternelle, les inscriptions à l'école, la sécurité routière, les cérémonies familiales. Ces stations emploient et forment des animateurs issus de la localité, et leurs auditeurs interviennent à l'antenne par téléphone ou, de plus en plus, par messages WhatsApp. On y entend des voix que l'on connaît, qui parlent de lieux que l'on connaît.

Cela ne veut pas dire que la radio est figée. Les grandes stations dakaroises diffusent désormais leurs journaux en vidéo sur Facebook et YouTube, les émissions se retrouvent en replay, et beaucoup de Sénégalais de la diaspora écoutent leur station préférée sur internet. Mais le cœur du média reste le même : une voix, une langue, un lien.

À retenir

Si la radio reste le premier média du Sénégal, ce n'est pas par nostalgie. C'est parce qu'elle cumule trois avantages qu'aucun autre support ne réunit à ce point : elle est partout, elle parle toutes les langues du pays et elle ne coûte presque rien. Tant que ces trois conditions seront réunies, le poste continuera de grésiller dans les cours, les boutiques et les taxis.

Photo : Lomoraronald / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0)