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Préparatifs de la Tabaski: Quand les femmes célèbrent le culte de la beauté

Pour la Thiessoise, la Tabaski ne se limite pas seulement à la tête de l’ovin à sacrifier. Elle est l’occasion de sacrifier au culte de la beauté, en se faisant une belle tête. Avant la fête du mouton, c’est déjà la fête dans les temples dédiés à Vénus, où la femme a l’embarras du choix entre tresses, chignon, greffage et tissage.


Rédigé par leral.net le Lundi 19 Juillet 2021 à 18:38 | | 0 commentaire(s)|

Préparatifs de la Tabaski: Quand les femmes célèbrent le culte de la beauté
Vendons tout de suite la mèche : ces lignes sont dédiées à la beauté. Cette beauté sophistiquée que les femmes de Thiès cherchent en cette veille de fête de Tabaski. Même celles qui peuvent seules se refaire une beauté dans le secret de leur boudoir, vont confier leur tête, leur visage, leurs mains, leurs pieds à des professionnelles. Prendre soin de son corps est un art de vivre dans la cité du rail. Ici, on s’échine à renvoyer aux autres, une image raffinée, celle d’une « femme moderne ». Les mèches participent ainsi à l’« harmonie » de cette toilette élégante.

Et cela, des spécialistes de la coiffure, sans sourciller, vous le font savoir. Très sûres d’elles, des professionnelles, très innovatrices, de même que de coquettes filles et de belles dames, férues de coiffures stylées, sont très regardantes sur la marque de mèche. Des cheveux « synthétiques » ou « naturels », pour faire bon chic bon genre.

En tout cas, Ibrahima, dont les prix des produits varient de 1.500 à 500.000 FCfa, a son slogan : « mes produits vont à toutes les filles et aux jeunes femmes qui veulent une belle coiffure ». Tout un programme ! Selon lui, les utilisatrices de (ses) mèches, lesquelles se bouclent, s’enroulent et se tressent facilement, vont se distinguer à l’occasion de la Tabaski. « Avec ces chefs-d’œuvre trônant sur leur tête, elles donneront le tournis aux hommes et épateront, avec leur classe, les autres femmes », assure-t-il.

Les vitrines de la belle coiffure

Quant à Coura, vantant des mèches provenant des États-Unis d’Amérique, elle affirme ceci : « Avec mes produits, la sophistication recherchée dans la coiffure est garantie. À la grande satisfaction des esthéticiennes les plus exigeantes ». Elle est même dans la « conquête de nouvelles têtes » à l’intérieur du Sénégal, mais aussi au Mali, en Gambie et au Togo. « Ma gamme, comprise entre 1000 et 300.000 FCfa, plaît et séduit, à l’image de ses utilisatrices qui vont, à la Tabaski, conjuguer parfaitement ces deux verbes dans la rue comme dans les chaumières », dit-elle.

À quelques petits jours de la fête, les salons de beauté font le plein. Les femmes et les filles confient leurs cheveux crépus, leurs doigts et leur visage marqué par l’âge ou la fatigue, à des mains expertes. Mèches, maquillage, shampoing, etc. sont exposés dans les « instituts de beauté ». La moins belle des dames en ressort toujours comme une princesse ; une femme aux cheveux poivre et sel retrouve une seconde jeunesse dans ces temples dédiés à Vénus, la déesse de la beauté chez les Grecs.

leSoleil

Ouvertes un peu partout à Thiès, ces vitrines de la belle coiffure, souvent baptisées du nom d’une personnalité religieuse, d’un lieu de renom ou d’un proche, sont gérées par des femmes de l’art.

Et leurs clientes viennent y chercher des produits de qualité pour « couronner » leur tête. Fatou Sakho, maîtresse dans l’art de la coiffure, confirme : « la qualité de mes intrants (mèches et greffages) et les soins capillaires que je prodigue, satisfont les habituées . La raison en est que nos aïeules, respectueuses de la tradition qui a toujours appelé au culte du « bëgg sa bopp » (prendre soin de soi), étaient coquettes par nature et se souciaient de leur paraître, bref de leur apparence ». Dèguène, l’associée de Fatou, renchérit : « nos grand-mères et mamans, sans pourtant connaître cette explosion de mèches et de greffages, savaient prendre soin de leur tête, avec des coiffures à la fois simples, correctes et élégantes ».

Le culte de la beauté et de la jeunesse éternelle

En effet, elles portaient fièrement leur « nguka », « ndugg », « taati-panier », « faar », « écailles », etc. ». Comme dans un chœur, Fatou et Déguène chantent ce refrain : « nos devancières nous ont inoculées le virus de la belle coiffure, laquelle est, aujourd’hui, un signe d’appartenance à la famille des branchées ». C’est pourquoi, la Thiéssoise n’hésite pas à aller dans le « salon » de son choix, que l’on trouve sur les avenues, dans des quartiers huppés, la cour d’une maison, sous une véranda, à l’ombre de l’arbre d’une demeure familiale. Ce sont de petites « entreprises » permettant à leurs exploitantes, dont le succès est dû au bouche-à-oreille, d’accéder à l’autonomie financière grâce à leur excellence dans le culte de la beauté et de la jeunesse éternelle.

Mèches et greffages, les femmes de Thiès s’y connaissent. Kiné (18 ans), Bigué (50 ans), Ndèye Diakhou (30 ans), Awa (45 ans) et Sophie (48 ans), évoquent « Filatus », « Patra », « Chignon O », « Mireille », « Alice », « Fifi ». Elles sont prêtes à payer entre 5.000 et 30.000 FCfa chez la coiffeuse. Prendre soin de leur tête est, pour elles, une affaire de la plus haute importance. Même le « taggal » (manière de nouer un mouchoir de tête pour laisser apparaître les tresses ou greffages), doit être de toute beauté. Le potentiel du secteur de la coiffure est un créneau investi par des connaisseurs, avec comme stratégie, une offre diversifiée et un marketing agressif ayant fini de fidéliser une clientèle essentiellement féminine.

Aujourd’hui, dans tous les marchés, des animateurs, porte-voix à la main, font la promotion de mèches, les radios locales sont dans la publicité tapageuse et la carte de la séduction se joue à fond : modèles de coupes de cheveux, musique langoureuse, danses lascives, visages de jeunes filles belles…Les temples dédiés à Vénus s’évertuent à rendre pérenne ce qui est éphémère: la beauté.



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