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Présidentielle 2024 : Amadou Bâ, un candidat face à plusieurs défis

A quatre mois de la Présidentielle, le parti au pouvoir, l’APR, est secoué par des déclarations et comportements qui renseignent sur le degré de contestation du choix porté sur Amadou Bâ, pour être le candidat de la coalition au pouvoir à la présidentielle de février prochain. Amadou Bâ, le candidat de Benno, fait face à plusieurs défis... Extraits du quotidien "Le Témoin".


Rédigé par leral.net le Vendredi 1 Décembre 2023 à 09:54 | | 0 commentaire(s)|

Après avoir dévoilé le nom de son candidat, le chef de l’État a entrepris de le préparer en vue de l’élection présidentielle de février prochain. Sa stratégie consiste à « vendre » ce candidat, le mettre au-devant de la scène politique, l’envoyer faire des tournées à l’intérieur du pays, lui faire inaugurer des infrastructures...ou poser des premières pierres !

Le Premier ministre, jusque-là dans l’ombre de son mentor, se fait plus présent désormais. Ses participations aux cérémonies de grande envergure, ainsi que ses déclaration, sont fortement médiatisées.

Le chef de l’État, après avoir procédé à un remaniement ministériel, l’a maintenu à la tête du Gouvernement et l’envoie faire une tournée dite économique, pour élargir sa cote de popularité, rencontrer des responsables et militants du parti, tâter leur niveau d’engagement, se frotter à la réalité du terrain. Une sortie aux allures de réchauffement en vue de la campagne électorale, qui nécessite endurance, humilité, éloquence, mais également pertinence et poigne.

Au cours de ces voyages, M. Amadou Bâ réussit de fortes mobilisations, enregistre de nouvelles adhésions et reçoit plusieurs centaines de parrains. Mais, malgré tout, le candidat de BBY est exposé aux attaques de certains de ses camarades de parti, qui doutent de ses qualités à être l’homme de la situation pour le 25 février prochain.

Ce vent de contestations vient s’ajouter à l’attitude d’autres militants, dont des cadres, accusés de ne pas mouiller le maillot à fond, comme ils ont eu à le faire lors des précédents scrutins pour le compte du président de la République. En plus de leur absence constatée du terrain politique, on leur reproche d’être quasi absents des plateaux de télévision, qu’ils étaient prompts à investir pour défendre le Président Macky Sall et lister ses réalisations.

Mais depuis qu’il a annoncé sa décision de ne pas briguer un troisième mandat et de faire de l’actuel chef du gouvernement son candidat, on sent ces cadres moins engagés. Ils sont, à la limite, aphones. Une attitude qui a fini d’installer un sentiment de suspicion sur leurs véritables intentions. Est-ce le début d’une rébellion à l’interne qui se prépare, pour barrer la route au candidat de leur parti ? C’est en tout cas, dans ce contexte assez trouble et où des voix commencent à s’élever pour le contester, que le chef de l’État avait entamé, lui aussi, une tournée économique dans les régions de Kédougou, Kaolack et Fatick.

Durant son séjour dans ces capitales régionales, où il a multiplié les promesses d’investissements à centaines de milliards et les inaugurations d’infrastructures parfois inachevées — ou déjà inaugurées ! —, Macky Sall en a profité pour remobiliser ses troupes, renforcer sa coalition et lever les obstacles sur le chemin de l’élection de son successeur désigné.

Le chantier qui attend le candidat de BBY, Amadou Bâ, ne sera pas de tout repos. En effet, il devra d’abord faire avec les piques des membres et cadres de sa coalition. Ce, pour étouffer dans l’oeuf, une possible rébellion qui pourrait s’avérer difficile à contenir, si elle éclatait au grand jour.

En clair, il s’agit pour lui d’entreprendre des discussions larges et profondes avec toutes les forces vives de sa coalition, afin de lever toute équivoque. C’est la condition de la densification de son électorat, s’il veut prétendre sortir victorieux de la prochaine présidentielle. A l’heure actuelle, il ne semble pas avoir pris cette direction, d’où les difficultés qu’il éprouve à réunir autour de sa personne.

Dans sa longue marche vers le palais présidentiel, on sent un manque de soutien de grande envergure, venant surtout de cadres et des militants dits légitimes de l’APR. C’est à la limite, s’il n’est pas laissé à lui-même, comme un général envoyé sur les champs de bataille, en l’absence de ses lieutenants. Les attaques de Abdoulaye Bibi Baldé et de Souleymane Jules Diop, suffisent comme exemples.

Ces insuffisances constatées en la personne d’Amadou Bâ, même corrélées à son déficit supposé de communication, pourraient se retourner contre lui durant la campagne électorale. Il y a également son silence très remarqué, suite à la mort de centaines de personnes dans les océans, qui tentaient de rejoindre l’eldorado européen.

C’est donc tout un ensemble de limites qu’il se doit de corriger, s’il veut incarner un leadership à même de rassurer son camp qui, encore une fois, doute beaucoup. Et c’est un euphémisme ! Mais ce n’est pas seulement de son propre camp qu’Amadou Bâ reçoit des coups. Il est aussi attaqué violemment par l’opposition, qui l’accuse d’être un candidat à la remorque du chef de l’État, qui tient à tout prix à lui baliser le chemin de la victoire, quitte à violer toutes les règles démocratiques. Voyant en lui un privilégié, cette opposition s’insurge contre tous les actes posés par le régime, pour le conduire à bon port.

Parmi ceux-ci, il y a l’interdiction qui leur est faite d’aller à la rencontre de leurs militants, alors que lui-même poursuit allègrement ses tournées, sous la protection des gendarmes et des policiers. Les mêmes qui dispersent sans ménagement toutes les caravanes des candidats de l’opposition.

En plus des manifestations interdites sans aucun prétexte valable, cette même opposition considère que le processus électoral est biaisé dès le départ, de par les actes déjà posés par le camp Amadou Bâ. Surtout, elle ne cache pas son sentiment de suspicion à l’égard de tous les organes intervenant dans tout le processus électoral, à savoir le ministre de l’intérieur, la DGE, la nouvelle équipe de la CENA et le Conseil constitutionnel, qu’elle récuse et accuse d’être à la solde du candidat de la mouvance présidentielle.