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Putsch manqué de 2015 au Burkina: Diendéré s’explique pour la première fois

Rédigé par Alain Lolade le 26 Novembre 2018 à 17:34

Au Burkina Faso, le général Gilbert Diendéré est dans le box des accusés, ce lundi, dans le cadre du procès du coup d'Etat manqué de septembre 2015. L'ex-chef d'état-major de Blaise Compaoré est accusé d'attentat à la sûreté de l'état, meurtres, coups et blessures volontaires. Depuis cinq mois, plus de 80 personnes ont déjà été entendues, mais c'est la première fois depuis l’ouverture de ce procès que l'ex-bras droit de l'ancien président donne sa version des faits.


Le général Gilbert Diendéré (G) et l'ancien ministre des Affaires étrangère Djibrill Bassolé sont les pincipaux accusés dans le procès du putsch manqué de septembre 2015. © Ahmed OUOBA / AFP
Le général Gilbert Diendéré (G) et l'ancien ministre des Affaires étrangère Djibrill Bassolé sont les pincipaux accusés dans le procès du putsch manqué de septembre 2015. © Ahmed OUOBA / AFP
« Nous appelons à la barre le général Gilbert Diendéré », c’est par ses mots que le président du tribunal a invité le général Gilbert Diendéré à la barre. Tenue de combat « terre » du Burkina, béret rouge vissé sur la tête, l’ex-chef d’état-major particulier de l’ancien président Blaise Compaoré s’est avancé et a fait le salut militaire.

Après lui avoir présenté les faits qu’on lui reproche, le président du tribunal a demandé au général Gilbert Diendéré de reconnaître les faits. Mais avant toute chose, le général Diendéré a tenu à présenter ses condoléances aux familles éplorées, et de souhaiter une meilleure santé aux blessés.

Il réfute être le cerveau

« Je n’ai ni commandé ni planifié ni organisé ni exécuté ce que certains appellent le coup d’Etat », précise alors le général. Il explique que le coup d’Etat est l’œuvre de soldats de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle. Et face à la vacance du pouvoir constatée par les sages appelés à la rescousse, et alors que les soldats avaient refusé de libérer le président et les membres du gouvernement après les différentes manifestations, le général s’est vu obligé de prendre la tête du coup d’Etat, déclare-t-il au tribunal, bien que n’ayant pas été au début de l’action, pour éviter que le pays ne tombe pas dans le chaos.

Quelques minutes après, le président du tribunal a suspendu l’audience le temps de réaménager la salle, car de nombreuses personnes étaient encore à l’extérieur. Lors des audiences du jour, le général doit revenir sur le contexte général qui prévalait avant le coup d’Etat au sein de l’ex-Régiment de sécurité présidentielle et au sein de l’armée burkinabè.

Un homme discret au cœur du système

Malgré ses près de deux mètres de haut, Gilbert Diendéré a toujours préféré la discrétion. Parlant peu et laissant la lumière à son compagnon d'armes, Blaise Compaoré.

Dès le début des années 80, ce militaire athlétique a travaillé dans l'ombre, mais tout près des dirigeants du Burkina Faso. Lorsque Thomas Sankara a pris la tête du pays en 1983, c'est Gilbert Diendéré qui en a fait l'annonce à la radio. Avant d'être soupçonné quelques années plus tard, d'avoir participé à l'assassinat du jeune leader panafricaniste, dont il a supervisé l'arrestation.

A ce moment-là, en 1987, Gilbert Diendéré est à la tête du régiment de sécurité présidentielle, unité d'élite qu'il dirige pendant trente ans. Cette fonction le place au cœur du système. Durant toutes ces années, il a déjoué une tentative de coup d'Etat, géré de nombreux dossiers sensibles comme le Libéria ou la Côte d'Ivoire.

A tel point, qu'un journal burkinabè a dit de lui qu'il savait à l'avance les coups d'Etat se préparant dans la région. Toutes les informations recueillies par les services de renseignements passaient par lui, et il était également un interlocuteur privilégié des Américains et des Français, ce qui l'a conduit à jouer un rôle important dans les négociations pour la libération d'otages occidentaux.







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