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Radio et langues nationales : le wolof, le pulaar et le sérère à l'antenne


Au Sénégal, le français est la langue officielle, mais ce n'est pas la langue de la radio. Dès que l'on quitte les bulletins d'information formels, l'antenne parle wolof, pulaar, sérère, diola, mandingue ou soninké. Cette place des langues nationales n'est pas un hasard ni une mode : c'est le résultat d'une longue évolution, et la clé de l'audience de la radio dans tout le pays.

Une conquête progressive

Aux origines, la radio dakaroise des années 1930 et 1940 parlait français, à un public de fonctionnaires et de citadins lettrés. Les émissions en langues locales apparaissent peu à peu après la guerre, puis prennent de l'ampleur avec l'indépendance : Radio Sénégal, à partir de 1960, doit s'adresser à une nation dont la très grande majorité ne lit pas le français. Les stations régionales créées ensuite par l'ORTS puis par la RTS, dans chaque chef-lieu de région, sont pensées dès le départ pour émettre dans la langue dominante du terroir. Selon un dossier de la Revue des médias de l'INA, la radio publique compte ainsi une quinzaine de stations, deux chaînes nationales et treize antennes régionales, avec des programmes dans les différentes langues du pays.

La libéralisation des ondes, à partir de 1994, accélère le mouvement. Les radios privées comprennent vite que leur audience se joue en wolof. Sud FM, RFM, Zik FM ou Walf FM construisent leurs grilles autour d'émissions en wolof, tandis que les radios communautaires, nées à partir de 1996, émettent presque exclusivement dans la langue de leur zone.

La revue de presse en wolof, un genre à part

S'il fallait un symbole de cette conquête, ce serait la revue de presse en wolof. Chaque matin, sur presque toutes les grandes stations, un animateur lit, traduit et commente les titres des journaux, dans un style vivant et souvent drôle, qui fait de lui l'une des voix les plus reconnues de la station. Ce rendez-vous a une conséquence remarquable : la presse écrite, rédigée en français, touche par ce détour un public qui ne l'achète pas et ne la lit pas. Les éditorialistes savent qu'un titre bien tourné vivra deux vies, sur le papier et dans le poste.

Le pulaar et le sérère, langues de régions

Le wolof est la langue véhiculaire de la capitale et d'une grande partie du pays, mais il n'est pas seul. Dans la vallée du fleuve Sénégal, à Podor, Matam ou Bakel, et dans le Fouladou autour de Kolda, le pulaar domine les antennes régionales et communautaires. La liste officielle des médias reconnus en 2025 mentionne d'ailleurs, parmi les télévisions, une Radiotélévision Fulbé, signe qu'un média peut se définir d'abord par sa langue. Dans le Sine et le Saloum, autour de Fatick et de Kaolack, ainsi qu'à Thiès et Mbour, le sérère occupe une part importante des programmes locaux. Au sud, en Casamance, le diola et le mandingue prennent le relais.

Cette répartition n'est pas figée. Les stations régionales alternent souvent trois ou quatre langues dans la même journée, et une émission de santé sera traduite successivement pour toucher tous les auditeurs. Pour les animateurs, c'est une compétence à part entière : savoir passer d'une langue à l'autre sans perdre le fil ni l'auditeur.

Ce que cela change

Parler la langue de l'auditeur, ce n'est pas seulement le comprendre : c'est lui donner la parole. Les émissions interactives, où les auditeurs appellent pour réagir, n'existent vraiment que parce qu'elles se tiennent en langues nationales. Un paysan de Matam, une commerçante de Kaolack, un pêcheur de Kayar ne prendraient pas le téléphone pour s'exprimer dans un français scolaire ; en pulaar, en sérère ou en wolof, ils le font tous les jours. La radio devient ainsi le lieu d'un débat public que ni la presse écrite ni, longtemps, la télévision n'ont su ouvrir.

À retenir

Le succès de la radio au Sénégal tient d'abord à cette adaptation linguistique. Là où d'autres médias ont attendu, la radio a parlé très tôt aux Sénégalais dans leurs langues, et ceux-ci lui ont répondu. À l'heure où la télévision et les réseaux sociaux se mettent à leur tour au wolof, cette avance reste son meilleur atout.

Photo : Michèle Joseph / VOA / Wikimedia Commons (domaine public)