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Regain de tensions au Sénégal : Le cri de cœur de Souleymane Niang

Je profite de ce qui pourrait être les dernières heures de notre vieille démocratie et des libertés qu’elle nous a données pour lancer un cri du cœur, un appel à la raison. Je profite de ce qui pourrait s’avérer être le dernier souffle de ce qui fut, pendant de belles années, l’exception sénégalaise, ce havre de paix dans une sous-région turbulente, afin d’inviter les sénégalais à un dernier sursaut avant que l’irréparable se produise. Je l’avoue ; j’ai peur. J’ai ce nœud au ventre qui augure d’un malheur imminent. Ce sentiment inexplicable qui monte de façon irrépressible et qui oblige élever la voix.


Rédigé par leral.net le Dimanche 7 Mars 2021 à 13:10 | | 0 commentaire(s)|

Regain de tensions au Sénégal : Le cri de cœur de Souleymane Niang
Ne voyons-nous pas que nous courrons tous vers le précipice, têtes baissées ? Ne sommes-nous pas plus intelligents que cela ? Ne sommes-nous plus ce peuple génial, béni de Dieu et loué par les autres nations. Cette terre immunisée des fléaux de notre temps, protégée par nos saints et imbibées des libations de nos sages ancêtres ? N’entendons-nous pas le sinistre présage, dans ce silence si assourdissant et flippant à la fois ?

Fermons les yeux, juste un moment, et laissons-nous guider par ces dons que le Seigneur a exclusivement faits à la meilleure de ses créations : la capacité de s’élever au-dessus de son esprit et de visualiser ce qui n’est pas encore advenu. Imaginons. Imaginons le pire. Voyez-vous le feu et le sang qui squattent nos rues. Sentez-vous l’odeur de la mort ? Entendez-vous les hurlements de nos enfants et les cris stridents de nos femmes. Percevez-vous les crépitements des armes ? Voyez-vous ces avions dans le ciel, ces navires amarrés et chargés de forces étrangères venues protéger – soi disant – leurs ressortissants et leurs intérêts vitaux ? Entendez-vous les ricanements et les quolibets des ennemis ?

Où sont les pyromanes qui ont mis le feu aux poudres ? Où sont les « durs » qui murmuraient leurs sinistres conseils aux oreilles des uns et des autres ? Où sont les « chroniqueurs » qui soufflaient sur les braises ? Où sont voix autorisées qui ont préféré garder le silence quand la parole était un devoir ? Terrés chez eux ? Enfuis vers d’autres cieux plus paisibles ? Morts ? Vivants ? Morts-vivants ?

A présent, examinons les scenarii envisageables et les options possibles pour éviter à notre beau pays de sombrer dans le chaos.

Hypothèse optimiste :

Dans un accès de lucidité, le président Macky Sall se défait de l’étau qui l’enserre dans son illusion d’invulnérabilité et, peut-être, d’infaillibilité. Il se hisse au dessus de la mêlée et déploie tout l’arsenal juridique, règlementaire et institutionnel que recèle l’Etat du Sénégal, tout le génie sénégalais pour arrêter le rouleau compresseur qui fonce sur Ousmane Sonko. L’affaire du viol présumé est renvoyée aux calendes grecques et, à l’heure des comptes, passée par pertes et profits. Adji Sarr ne perd toutefois pas au change. A la faveur de son désistement, elle bénéficie de toute la protection et les compensations qu’il plaira à l’Etat de lui octroyer.

Le chef de l’Etat qu’il est sort de son mutisme et de son autisme politique. Il nous parle. Il nous rassure sur ses intentions nobles de ne rien faire qui viole la constitution du Sénégal jusqu’à la fin de son mandat ; pas seulement de ne pas se présenter à un troisième mandat. Il fait amende honorable de tous les actes qui, même à son insu et contre sa volonté, ont heurté les consciences et révolté le peuple. Nul n’est parfait. Le Sénégalais est indulgent. Il pardonne à qui se repent.

De son côté, Ousmane Sonko, désormais libre de ses mouvements mais humble dans le triomphe, appelle ses militants, sympathisants et alliés au calme. Il renonce à toute action judiciaire à l’encontre d’Adji Sarr et de ses éventuels complices ou commanditaires, le cas échéant. Il poursuit ses activités politiques, le plus normalement du monde, sans aucune contrainte.

Un dialogue national sincère et inclusif s’engage, qui ira aussi loin que la refondation de la démocratie sénégalaise l’exigera : redimensionnement des pouvoirs du président de la République, assainissement et rationalisation des institutions, y compris le reprofilage du gouvernement, la recomposition de l’Assemblée nationale avec des députés compétents et représentant vraiment et exclusivement le peuple ainsi que le renforcement de l’indépendance de la justice ; la dépolitisation de la fonction publique et le rétablissement de la neutralité de l’administration ; l’établissement d’un pacte citoyen qui engage la société civile et les forces sociales du pays ; etc.

Il ne s’agirait pas de réinventer la roue, mais de capitaliser toutes les réflexions et propositions existantes : assises nationales, CNRI, CNRF, dialogue national en cours, conseils présidentiels, etc. Afin d’éviter de futures dérives autoritaires et autres manipulations des textes, la constitution est réécrite de façon a sanctuariser certaines dispositions telles que la nature de l’Etat, la durée et le nombre de mandats présidentiels, les institutions de la République, etc.

Hypothèse moyennement pessimiste :

Ousmane Sonko, gardé dans les liens de la détention ne peut ni parler à ses militants et sympathisants, ni demander à ses porte-parole de la faire.

Les leaders d’opinion, au devant desquels les chefs religieux, las d’être éconduits et ignorés, laissent faire. Les forces politiques et sociales réunies investissent la rue. Elles manifestent pour la libération d’Ousmane Sonko et pour la chute du gouvernement. Des forces du mal infiltrées dans la foule saccagent, pillent et agressent.

le président de la République, Macky Sall, imbu de la toute puissance du président de la République, sûr de la force de l’Etat et étourdi par les gazouillis de conseillers incompétents, s’entête. A la gravité de la situation, il oppose un orgueil dérisoire. Il remporte la partie, avec l’aide des forces de défense et de sécurité nationales et, peut-être étrangères basées au Sénégal et dans la sous-région. Une victoire à la Pyrrhus !

Ou alors, le parti et les alliés d’Ousmane Sonko prévalent sur les forces de répression, sur le terrain, et contraignent les tenants du pouvoir à la démission. L’armée, assurée de la continuité des institutions, veille au grain sans s’immiscer dans le jeu politique. Comme le prévoit la constitution, le président de l’Assemblée nationale assure l’intérim du président démissionnaire ou empêché, en vue d’organiser une élection présidentielle dans quelques mois, sans possibilité d’être candidat.

Pour le reste, je n’ose pas envisager le scenario du pire.

Que Dieu veille sur le Sénégal : Un peuple, un but, une foi.



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