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SECTEUR DE LA MICROFINANCE EN 2024 DU SENEGAL : ENTRE CONSOLIDATION ET INNOVATIONS


Rédigé par leral.net le Lundi 9 Février 2026 à 00:00 | | 0 commentaire(s)|

Le secteur de la microfinance au Sénégal est un acteur majeur de l'inclusion financière dans le pays et au sein de l'UMOA. En 2024, il présente une double dynamique : une croissance soutenue de son activité, notamment en termes de portée, mais une vulnérabilité persistante due à la qualité de son portefeuille de crédit. En termes de perspectives, le secteur doit faire face à une professionnalisation accélérée et à une meilleure gestion des risques pour transformer la forte demande de financement et les opportunités de croissance économique en une stabilité financière durable.
SECTEUR DE LA MICROFINANCE EN 2024 DU SENEGAL :   ENTRE CONSOLIDATION ET INNOVATIONS
  • Le paysage de la microfinance en consolidation
Le nombre total d’institutions en exercice est resté relativement stable au cours de l'année 2024 (297). Dans un contexte de réglementation renforcée, cette situation suggère une consolidation au niveau du secteur avec un accent mis sur la viabilité et la conformité des structures existantes plutôt que sur l'octroi massif de nouveaux agréments.

 
  • Le réseau physique de la microfinance face au défi de la digitalisation

À fin décembre 2024, le réseau des institutions de microfinance au Sénégal comptait 883 points de service. Ce chiffre est en légère baisse par rapport à l’année 2023 où il s’était situé à 999, soit une baisse de 11,61%.
 
L'évolution du réseau des IMF est de plus en plus marquée par la finance digitale, qui impacte directement sur les points de services physiques. Des initiatives comme le lancement d'une plateforme digitale mutualisée pour les IMF au Sénégal en janvier 2024 visent à permettre aux structures, y compris les plus petites, d'offrir des services digitaux (paiement, transfert, accès au crédit) sans avoir à développer un réseau physique coûteux d'agences.
 
  • Une dynamique de progression de la clientèle corrélé à un accroissement du taux de pénétration

Le secteur de la microfinance au Sénégal continue de jouer un rôle pivot dans l'inclusion financière des populations traditionnellement exclues du système bancaire classique. A fin décembre 2024, le nombre de clients membres des IMF au Sénégal s'élevait à 4 496 082 représentant un taux d'inclusion financière du secteur de la microfinance de 39,28%.

Cette tendance est structurellement à la hausse depuis plusieurs années : 2021 (3 702 747) ; 2022 (3 923 775) ; 2023 (4 306 771) ; 2024 (4 496 082) correspondant à des taux de pénétration respectifs de 35,30 %  37,23% 39,24% et 39,28%.

L'importance du sociétariat au Sénégal est fortement liée à la proximité des points de service et de la spécificité des cibles bénéficiaires. En effet, la clientèle des IMF est majoritairement composé de populations à faibles revenus, des jeunes, des femmes, et des acteurs du secteur informel. Les IMF sont le principal canal d'accès aux services financiers pour ces segments. L'enjeu majeur est de s'assurer que l'offre de microfinance réponde aux besoins des régions rurales et des zones où les taux de pauvreté sont les plus élevés.

 
  • Plus de 90% du sociétariat reste concentré sur les IMF de grande taille  

L'analyse de la microfinance au Sénégal révèle une forte concentration du sociétariat, soit 91,40% du portefeuille clientèle en 2024 autour des grands réseaux ou Institutions de Microfinance (IMF) de grande taille, ce qui est une caractéristique structurelle du secteur.
Comme avantages, ces grands réseaux ont la capacité de déployer des réseaux denses (agences physiques et agents décentralisés) qui garantissent une large couverture du territoire, y compris dans les zones rurales. Ils permettent également d'offrir des services à des coûts plus faibles et d'investir dans la technologie (digitalisation, sécurité) que les petites structures ne peuvent pas se permettre.

En termes de limites, avec cette forte concentration, les petites IMF ont du mal à concurrencer les leaders sur les taux, l'innovation ou la notoriété, ce qui peut limiter l'offre de produits hyper-spécifiques. En outre, bien que grands, ces réseaux peuvent ne pas toujours adapter leurs produits aux besoins spécifiques des communautés les plus reculées ou de certains groupements, qui dépendent de très petites institutions.
 
  • Les IMF collecteurs d'épargne de proximité avec une augmentation de 6,24% notée dans la mobilisation des dépôts

L'évolution des dépôts clientèle des Institutions de Microfinance (IMF) au Sénégal est caractérisée par une tendance générale à la hausse, reflétant l'amélioration de l'inclusion financière et la confiance croissante des populations dans ces systèmes. Ils sont passés de 545 milliards de FCFA en 2023 à 579 milliards de FCFA, soit une hausse de 6,24%.

Cette croissance des dépôts est étroitement liée à l'augmentation du nombre de clients et de membres (sociétaires) des IMF, qui bénéficient d'une meilleure accessibilité aux services financiers.
 
Le montant moyen des dépôts par client s'est établi à 128 902 FCFA à fin décembre 2024, bien qu'en léger repli (129 541 FCFA en 2023), témoigne de l'importance de la petite épargne.
 
  • L’encours de crédits en progression confirmant l’efficacité de l’activité d’intermédiation des IMF

Le volume de l'encours de crédits octroyés par les Institutions de Microfinance (IMF) a continué sa progression en 2024, affirmant leur rôle dans le financement des économies locales : 528,2 milliards en 2021 ; 597,0 milliards en 2022 ; 708,0 milliards en 2023 ; 774,0 milliards de FCFA en 2024.

Malgré la croissance du volume de crédits, le secteur fait face à des défis persistants concernant la qualité de son portefeuille. À fin Décembre 2024, le taux de crédit en souffrance s'est établi à 7,21%. Ce taux reste largement supérieur à la norme réglementaire maximale fixée à 3,0 %.
 
  • Une prédominance du court terme dans le financement des IMF

L'analyse des crédits sains des Institutions de Microfinance (IMF) révèle une nette prépondérance des crédits à court et moyen terme. Pour un portefeuille global de 718,2 milliards de FCFA en 2024, le financement à court correspond à 264,7 milliards, soit une proportion de 36,86%. Cette structure est le reflet du modèle économique de la microfinance et des besoins de sa clientèle.

Les crédits à moyen terme ressortent avec 259,9 milliards pour une part de marché de 36,19%. Cette tendance progressive mais lente des grands réseaux IMF du Sénégal à diversifier leur offre vers le moyen terme est encouragée par le besoin d'investissement des TPE cherchent à pérenniser leur activité via l'acquisition d'actifs (moyens de transport, machines). De même, l'accès des IMF à des ressources longues auprès de partenaires techniques et financiers (banques régionales, fonds internationaux) leur permet d'allonger la durée de certains prêts productifs.

Les crédits à long terme représentent un montant de 193,6 milliards de FCFA pour une proportion de 26,96%. En effet, pour respecter la règle prudentielle d'adéquation des ressources et des emplois (matching), les IMF ne peuvent pas souvent engager la majorité de leurs fonds dans des prêts à long terme, au risque de compromettre leur liquidité.
 
  • Une tendance à la hausse de la production de crédit des IMF

La production de crédit se réfère au volume des nouveaux crédits décaissés sur une période donnée. La production de crédit des Institutions de Microfinance (IMF) connaît une croissance soutenue, reflétant la vitalité du secteur de la microfinance.

La production annuelle de crédits des IMF a atteint 774 milliards de FCFA en 2024 contre 708 milliards de FCFA un an auparavant. La répartition de la production de crédits selon le genre/statut montre que les hommes sont les plus grands emprunteurs (456,3 milliards de FCFA ;     58,95%) en raison de la taille souvent plus importante des prêts individuels qu'ils contractent. Les personnes morales concentrent 150,1 milliards des prêts avec une proportion de 19,39%.

Les femmes ferment la marche (167,6 milliards ; 21,65%) et reçoivent la majorité des crédits en nombre (volume des transactions) et sont la force motrice des mécanismes de microcrédit solidaire (crédits de groupements).
 
  • Une dégradation de la qualité du portefeuille des IMF en 2024

L'évolution des impayés (créances en souffrance) des Institutions de Microfinance (IMF) montre une détérioration significative de la qualité du portefeuille de crédit en 2024 (55,80 milliards de FCFA), après une période de stabilité relative en 2023 (33,90 milliards de FCFA).
 
  • Une tendance à la baisse du ratio de capitalisation des IMF

Le ratio de capitalisation est un indicateur de la solvabilité des IMF mesurant la capacité des institutions à couvrir leurs risques avec leurs fonds propres. La norme réglementaire minimale est fixée à 15%.

Le ratio de capitalisation est passé de 20,32% en 2022 à 19,99% en 2023 avant de se situer à 17,92% pour l’année 2024. Cette tendance à la baisse indique une dégradation de la solidité financière du secteur face aux risques.
 
  • Un coefficient de liquidité conforme mais en situation de baisse en 2024  

Le ratio de liquidité indique la capacité des IMF à faire face à leurs engagements à court terme grâce à leurs actifs les plus liquides. L'analyse du coefficient de liquidité des IMF met en évidence une situation de trésorerie globalement excédentaire avec un taux qui est affiché à 105,64% en 2024 pour une norme réglementaire fixée à 75%. Toutefois, il est à relever une dégradation de l’indicateur qui est passé de 111,7% pour l’année 2023 à 105,64% en 2024. 
Lejecos Magazine Novembre 2025



Source : https://www.lejecos.com/SECTEUR-DE-LA-MICROFINANCE...

La rédaction