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« Sénégal : Quand l’urgence sociale rattrape l’agenda international », Par Malamine Maro

Le Sénégal ne traverse pas une crise institutionnelle. Il est confronté à un risque plus discret, mais politiquement déterminant (le décalage croissant entre une diplomatie présidentielle très active et des urgences sociales internes insuffisamment arbitrées et incarnées). Ce décalage, désormais perceptible dans le débat public, pose une question centrale, au Sénégal comme : peut-on durablement consolider une stature internationale sans traiter, de manière visible et prioritaire, les fractures sociales internes, Président Faye ?


Rédigé par leral.net le Mardi 10 Février 2026 à 16:39 | | 0 commentaire(s)|

Une équation bien connue du pouvoir en Afrique en général et au Senegal en particulier.

« Sénégal : Quand l’urgence sociale rattrape l’agenda international », Par Malamine Maro
« Dans de nombreux États africains, la visibilité internationale d’un chef d’État est souvent perçue comme un levier de légitimité interne. Cette logique ne fonctionne cependant que si elle s’accompagne de résultats sociaux tangibles, rapidement perceptibles par les populations.

Le Sénégal, fort de sa tradition démocratique et d’une conscience citoyenne élevée, est particulièrement exigeant à cet égard. La population n’évalue pas le pouvoir uniquement à l’aune de sa reconnaissance extérieure, mais à sa capacité à gouverner l’urgence sociale.

Or, ces derniers mois, un malaise s’installe : celui d’un pouvoir jugé plus présent sur la scène internationale que dans l’arbitrage visible des priorités nationales, Président Faye. Cette perception, qu’elle soit totalement fondée ou partiellement amplifiée, est devenue un fait politique.

Trois urgences sociales au cœur du malaise 

Trois dossiers concentrent aujourd’hui l’impatience citoyenne et constituent un test de crédibilité pour l’exécutif.

Les bourses universitaires d’abord. Le système sénégalais d’aide aux étudiants est devenu emblématique des limites de l’État social : coûteux, mal ciblé et socialement inéquitable. Sans réforme structurelle, il expose le pays à des crises étudiantes récurrentes et à une gestion budgétaire inefficiente. Dans un pays où la jeunesse occupe une place centrale, ce dossier dépasse la technique, il est hautement politique. Une réforme assumée, portée au plus haut niveau, fondée sur un ciblage social rigoureux et un calendrier clair, est attendue.

La jeunesse, ensuite, demeure le cœur du contrat social. Chômage, précarité, inadéquation entre formation et réalités économiques, le fossé entre attentes et réponses publiques se creuse.

Président Faye, aucune diplomatie active, aussi réussie soit-elle, ne peut compenser durablement une jeunesse sans perspectives lisibles. L’employabilité des jeunes constitue aujourd’hui, l’urgence absolue du mandat présidentiel.

Les territoires, enfin, représentent la fracture silencieuse. En dehors de Dakar et de quelques pôles urbains, l’État est souvent perçu comme distant, lent, parfois absent. Cette inégalité territoriale alimente les migrations internes, concentre les tensions sociales et fragilise la cohésion nationale. Sans politique d’équité territoriale ambitieuse, Président Faye, les déséquilibres structurels continueront de miner la stabilité sociale.

Un risque politique sous-estimé 

L’un des principaux dangers pour les pouvoirs africains contemporains, n’est plus seulement l’opposition organisée, mais la perte du contrôle du récit politique. Lorsque les décisions tardent et que la parole présidentielle n’incarne pas clairement l’urgence sociale, d’autres récits émergent, souvent plus radicaux, plus émotionnels et moins responsables.

L’histoire récente du continent montre que les crises les plus coûteuses, ne naissent pas d’un manque de vision, mais d’une inaction perçue face à des urgences pourtant identifiées.

Gouverner l’urgence, condition de la crédibilité 

Au Sénégal, Président Faye, les bourses, la jeunesse et les territoires constituent désormais un moment de vérité politique. Il ne s’agit pas de renoncer à l’ambition internationale du pays, mais de la rééquilibrer, en réaffirmant que la stabilité sociale interne est le socle de toute crédibilité extérieure durable.

Gouverner, Président Faye, ce n’est pas seulement représenter l’État sur la scène mondiale. C’est arbitrer, trancher et assumer des choix clairs.

Le Sénégal n’attend pas un pouvoir parfait. Il attend un pouvoir présent, lisible et résolument tourné vers l’urgence sociale.

À bon entendeur salut. »

Malamine Maro,
acteur du développement territorial et citoyen engagé

Ousseynou Wade