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Tatiana Matip, l’actrice camerounaise qui forme gratuitement les enfants au cinéma

Actrice, scénariste et formatrice, la Camerounaise enseigne depuis 2016 tous les métiers du cinéma au sein de Tatian’Art Ciné, entièrement gratuitement.

Rédigé par leral.net le Mardi 1 Septembre 2026 à 09:00 | | 0 commentaire(s)|

Tatiana Matip enseigne le cinéma aux adolescents depuis 2016 et a fondé Tatian’Art Ciné, une plateforme de formation entièrement gratuite. Dans un entretien accordé au journaliste Ousmane Aby Coly pour le grand format « Hors Champ », l’actrice et scénariste camerounaise revient sur ses débuts, ses projets et sa vision d’une industrie cinématographique africaine autonome. Les propos rapportés ici sont ceux de l’artiste.


Une vocation venue de l’enseignement

Tatiana Matip, actrice et scénariste camerounaise, fondatrice de Tatian'Art Ciné.
Tatiana Matip, actrice et scénariste camerounaise, fondatrice de Tatian'Art Ciné.
Tatiana Matip affirme n’avoir jamais vraiment envisagé de devenir actrice de cinéma avant 2021. À l’âge de 11 ans, devant la télévision, elle disait déjà vouloir apprendre aux autres à jouer.

C’est en enseignant le cinéma aux adolescents, à partir de 2016, qu’elle dit être « tombée amoureuse de ce métier ».

Sa première expérience de scène remonte pourtant à l’école maternelle, lorsque son institutrice lui confie le rôle de la couturière. Prise de peur, elle refuse d’abord, avant de se laisser convaincre. Après cette représentation, raconte-t-elle, toute la ville l’appelait « La Couturière ».

« Elle joue comme au cinéma ! »

Plus tard, alors qu’elle cherche du travail pour financer ses études, elle se souvient d’un spectateur qui avait lancé lors d’une représentation : « Elle joue comme au cinéma ! »

Ces mots la conduisent vers un casting dont l’affiche était placardée sur un mur de l’université.

Ses débuts devant la caméra se font naturellement. Elle dit avoir éprouvé une grande curiosité pour tout ce qui l’entourait : les différents métiers, l’organisation d’un tournage. Jouer, ajoute-t-elle, lui semblait « tout à fait naturel ».

Tatian’Art Ciné, né d’un oubli

À l’origine de sa plateforme de formation, il y a une frustration : « Le fait qu’on m’ait oubliée ! », résume-t-elle.

Elle se plaignait de ne pas être choisie pour jouer dans les films. Un jour, le réalisateur Ruben Binam lui suggère de créer son propre film et d’enseigner aux enfants à jouer selon sa vision.

Elle s’exécute. Avec le temps, c’est lui qui donne un nom à cet enseignement : Tatian’Art Ciné était né.

Depuis 2016, elle enseigne tous les domaines du cinéma. Chaque personne qui la rejoint apprend le jeu d’acteur, mais aussi un autre métier du cinéma. Et tout cela, précise-t-elle, reste entièrement gratuit.

Le rôle qui l’a marquée

Interrogée sur le rôle qui l’a le plus marquée, elle cite celui qu’elle interprète dans « Le Futur est à Nous – Saison 2 ». Elle a eu l’impression qu’il reflétait toute sa carrière en vingt ans, ce qui en a fait un véritable défi émotionnel.

Elle évoque également « Ne crains rien, je t’aime », un rôle qui, dit-elle, lui a permis de sortir de sa souffrance.

Sur la réalisation, elle reste prudente : elle estime ne pas avoir encore réellement commencé et s’amuser encore. « Mais il y a toujours du temps lorsque l’on veut créer », ajoute-t-elle.

« Le Cameroun risque de devenir le leader du cinéma en Afrique centrale »

Sur l’évolution du cinéma de son pays, son diagnostic est net : « Le Cameroun risque de devenir le leader du cinéma en Afrique centrale, si ce n’est déjà le cas. »

Elle plaide pour des financements exclusivement africains et des coproductions régionales, sans intervention d’organisations intergouvernementales ni subventions européennes. Elle juge également crucial que les grands festivals du continent acquièrent une véritable renommée internationale.

Il faut, selon elle, une véritable industrie cinématographique englobant la création, la production et la distribution, sans qu’aucun maillon de la chaîne ne souffre financièrement. Elle souhaite enfin qu’une seule réglementation du 7e art soit adoptée à l’échelle du continent.

Les projets en cours

Deux projets occupent aujourd’hui l’artiste. « Doulal Sabour », d’abord, en cours d’écriture, à la demande du Tchad — la seule information qu’elle accepte de communiquer.

« La Femme idéale », ensuite, projet signé Tatian’Art Ciné, conçu pour aider les enfants à comprendre l’importance de la coopération dans la création d’un produit, même en l’absence de logistique professionnelle et de financement.

À plus long terme, son ambition est claire : « Je souhaiterais créer un véritable univers, semblable à un Disneyland. »

« Prière, pureté, persévérance »

Aux jeunes qui souhaitent suivre ses pas, elle adresse trois mots : « Prière, pureté, persévérance ».

Il est essentiel, explique-t-elle, de persévérer dans la prière et dans la quête de pureté, car nous avons souvent tendance à nous éloigner de notre vocation et à perdre un temps précieux.

Ce qui l’inspire au quotidien ? Les jeunes. « Nous avons tant à leur transmettre, et cela ne s’arrête jamais, car ils en redemandent, toujours présents, curieux et avides de savoir. »

Son dernier mot : « Ayez foi en vous-même, mais surtout, placez votre confiance en Dieu, car Il saura vous guider. »