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Documentaire

Thiaroye, 1er décembre 1944 : le massacre qu’il aura fallu quatre-vingts ans pour nommer


Thiaroye, 1er décembre 1944 : le massacre qu’il aura fallu quatre-vingts ans pour nommer

Ils avaient passé quatre ans dans les camps allemands. Rapatriés à Dakar à l’automne 1944, ils réclamaient une chose : leurs soldes impayées. Le 1er décembre 1944, au camp de Thiaroye, l’armée française a ouvert le feu sur eux.

Ce qui s’est passé

Le 27 novembre, entre 1 200 et 1 600 anciens prisonniers de guerre refusent de monter dans le train qui doit les conduire à Bamako. Ils exigent d’abord d’être payés : primes de démobilisation, arriérés de solde, indemnités de captivité. Quatre jours plus tard, la troupe tire sur le camp.

Le chiffre qui ne tient pas

Les autorités militaires françaises avancent à l’époque un bilan de 35 à 70 morts. En 2014, le président François Hollande reconnaît « plus de 70 » victimes. Les historiens qui ont travaillé sur les archives — Armelle Mabon, Martin Mourre — parlent de plusieurs centaines. Mourre s’appuie sur une incohérence documentaire : une prétendue désertion de 400 hommes à Casablanca n’apparaît dans aucun rapport de bord du navire qui les transportait.

Quatre-vingts ans pour un mot

  • En juillet 2024, l’État français reconnaît six tirailleurs comme « morts pour la France », dont M’Bap Senghor.
  • En novembre 2024, la France emploie enfin le mot massacre.
  • Le Sénégal a commémoré le 80e anniversaire et engagé des recherches pour établir le nombre réel de victimes.

Les corps qu’on cherche encore

Les tirailleurs tués reposent selon toute vraisemblance dans des fosses communes aux abords de Thiaroye. Aucune archive ne permet de les localiser avec certitude. C’est pour cela que des fouilles ont été engagées : sans les corps, le décompte reste une bataille d’archives.

Thiaroye n’est pas un épisode secondaire de la Seconde Guerre mondiale. C’est le moment où des hommes qui avaient combattu pour la France ont découvert ce que valait leur solde — et ce que valait leur vie.