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Traçabilité fiscale au Sénégal : Pourquoi le choix du modèle technologique est déterminant

La digitalisation de la traçabilité fiscale est aujourd’hui présentée comme un levier majeur pour renforcer les recettes publiques, lutter contre la fraude et améliorer la transparence des marchés soumis aux droits d’accises (Tabac, alcool, boissons gazeuses, etc.). Comme le souligne un article récent d’Africa News Agency (https://africa-news-agency.com/tracabilite-fiscale-lenjeu-digital), le recours au digital est désormais considéré comme un enjeu central pour les administrations fiscales africaines.


Rédigé par leral.net le Mercredi 7 Janvier 2026 à 10:15 | | 0 commentaire(s)|

Dans ce contexte, plusieurs acteurs internationaux, dont SICPA, proposent des solutions de traçabilité aux États. Si ces offres répondent à un besoin réel de modernisation, leur pertinence doit être analysée à l’aune des enjeux de souveraineté, de coûts et d’adéquation technologique.

Un modèle historiquement fondé sur le timbre fiscal

SICPA est un acteur historique des systèmes de timbres fiscaux sécurisés, initialement physiques, auxquels se sont ajoutées des plateformes numériques de suivi et de contrôle.
Bien que l’entreprise mette aujourd’hui en avant des composantes digitales, le principe du marquage unitaire par timbre, demeure central dans son approche.

Or, selon de nombreux experts en fiscalité et en transformation numérique, les systèmes fondés sur des supports physiques ou semi-physiques, sont de plus en plus jugés inadaptés aux chaînes de valeur modernes, en raison notamment :
• de coûts logistiques élevés,
• d’une complexité opérationnelle accrue,
• de limites en matière de flexibilité et d’évolutivité,
• et de difficultés d’intégration avec des systèmes fiscaux entièrement numériques.

À l’heure où les administrations s’orientent vers des contrôles fondés sur la donnée, le temps réel et l’interconnexion des bases fiscales et douanières, le recours à des modèles centrés sur le timbre est de plus en plus questionné.

Des coûts régulièrement au cœur du débat public

Les solutions de traçabilité proposées par des prestataires internationaux comme SICPA, sont généralement associées à des contrats de longue durée et à des coûts significatifs.

Dans plusieurs pays, ces coûts ont fait l’objet de débats publics, notamment sur :
• leur impact réel sur les recettes fiscales,
• leur soutenabilité budgétaire à moyen et long terme,
• et la part de valeur effectivement créée au niveau local.

Sans remettre en cause le principe du recours à des prestataires privés, la question du rapport coût-efficacité reste centrale, en particulier pour des États soucieux d’optimiser l’utilisation des ressources publiques.

Controverses et précédents institutionnels

Le modèle SICPA a également été associé, dans certains pays, à des controverses, débats institutionnels ou procédures judiciaires, notamment autour de l’attribution de contrats publics ou de la gouvernance des dispositifs de traçabilité.

Sans préjuger des décisions rendues selon les juridictions concernées, ces précédents rappellent l’importance d’une vigilance accrue lors du choix d’un prestataire chargé d’une mission aussi stratégique que la traçabilité fiscale.

Ils soulignent la nécessité de :
• procédures transparentes,
• mécanismes contractuels équilibrés,
• solutions auditables et réversibles.

Une dépendance technologique difficile à inverser

Les systèmes de traçabilité intégrés et propriétaires peuvent, une fois déployés, créer une dépendance durable vis-à-vis d’un fournisseur unique, notamment en matière de :
• maintenance,
• évolution technologique,
• interopérabilité avec d’autres systèmes publics.

Cette situation peut limiter la capacité de l’administration fiscale à faire évoluer sa politique et ses outils, de manière autonome.

Le digital comme outil, pas comme dépendance

Comme le rappelle Africa News Agency, la digitalisation de la traçabilité fiscale est une opportunité réelle.

Mais moderniser ne signifie pas nécessairement reconduire des modèles anciens sous une forme numérique.

Aujourd’hui, des approches alternatives existent, fondées sur :
• des architectures ouvertes et interopérables,
• un hébergement souverain des données,
• un pilotage intégral par l’administration fiscale,
• et une implication accrue des compétences locales.

Un choix structurant pour l’avenir fiscal du Sénégal

La question n’est donc pas de savoir si le Sénégal doit digitaliser sa traçabilité fiscale.
Elle est de s’assurer que le modèle retenu renforce durablement la souveraineté, la transparence et l’efficacité de l’État, sans créer de dépendances coûteuses et difficiles à corriger.

Dans un domaine aussi stratégique que la fiscalité, le choix technologique est un choix politique au sens noble du terme.

Ousseynou Wade