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Vidéos religieuses

Trente ans de cérémonies filmées : une archive nationale qui se perd


Le Sénégal filme ses cérémonies religieuses depuis plus de trente ans. Ce qui était un enregistrement de famille est devenu une production à part entière, avec ses cadreurs, ses régies et ses chaînes dédiées. Et une grande partie de ce fonds est en train de disparaître.

Des mariages aux magals

Tout commence dans les années 1990 avec les caméscopes des cérémonies familiales. Les grandes manifestations religieuses — magal, gamou, ziarra — suivent rapidement : d’abord une caméra fixe au fond de la salle, puis plusieurs angles, puis la régie mobile et la diffusion en direct.

Ce que la caméra a changé

  • La portée. Un enseignement donné dans une cour de Touba est vu le soir même à Milan, à New York et à Libreville.
  • La conservation. Des milliers d’heures de causeries de maîtres aujourd’hui disparus existent encore parce que quelqu’un filmait.
  • La mise en scène. Savoir qu’on est filmé change la posture, le rythme et parfois le contenu.
  • L’économie. Un métier s’est créé : cadreurs, monteurs et sonorisateurs spécialisés dans les cérémonies.

Le problème des archives

La plus grande partie de ce fonds est fragile. Cassettes VHS dégradées, DVD rayés, disques durs perdus, chaînes YouTube fermées avec le compte de celui qui les tenait : des pans entiers de la mémoire religieuse filmée du pays ont déjà disparu, sans que personne ne s’en aperçoive sur le moment.

Ce qu’il faudrait faire

  1. Numériser les cassettes qui existent encore, tant que des lecteurs fonctionnent.
  2. Déposer une copie ailleurs que sur le disque de la maison.
  3. Nommer et dater les fichiers : une vidéo sans date ni lieu perd la moitié de sa valeur.
  4. Créditer celui qui parle et celui qui filme.

Filmer une cérémonie, c’est produire une archive. Encore faut-il la traiter comme telle.