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À la CNR : « L'allocution du 16 août du Chef de l'État n'est pas un discours sur l'état de la Nation »

Rédigé par leral.net le Lundi 24 Août 2026 à 21:20 | | 0 commentaire(s)|

Libreville, le 24 août 2026. | La récente sortie de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) au sujet de l'allocution présidentielle du 16 août invite à nuancer son aplomb. Vouloir transformer une adresse à la Nation prononcée à l'occasion de la fête nationale en un exercice exhaustif de reddition de comptes, avec bilan chiffré de l'ensemble de l'action publique, relève d'une confusion des genres.
La question n'est pas de savoir si le Gouvernement doit rendre compte de son (...)

- LIBRE PROPOS /

Libreville, le 24 août 2026. | La récente sortie de la Coalition pour la Nouvelle République (CNR) au sujet de l'allocution présidentielle du 16 août invite à nuancer son aplomb. Vouloir transformer une adresse à la Nation prononcée à l'occasion de la fête nationale en un exercice exhaustif de reddition de comptes, avec bilan chiffré de l'ensemble de l'action publique, relève d'une confusion des genres.

La question n'est pas de savoir si le Gouvernement doit rendre compte de son action. La question est de savoir dans quel cadre cette reddition de comptes s'exerce.

L'allocution du 16 août était une adresse du Chef de l'État à l'occasion de la fête nationale. Elle pouvait naturellement évoquer certaines réalisations, rappeler des orientations et fixer des perspectives. Rien ne permet pour autant d'en faire un bilan exhaustif de l'action publique.

La Constitution prévoit un cadre distinct pour l'évaluation globale de la politique de la Nation : le discours sur l'état de la Nation.

Le Président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a d'ailleurs prononcé son premier discours sur l'état de la Nation le 15 juin 2026, devant le Parlement réuni en Congrès.

La CNR est libre de réclamer davantage de chiffres ou de résultats. Mais elle ne peut transformer cette revendication politique en obligation attachée à une allocution commémorative sans en établir le fondement institutionnel.

Il convient également de souligner que le Président de la République, alors Président de la Transition, avait engagé dès janvier 2024 la relance de la fonction de planification, avec l'objectif de permettre à l'État et aux citoyens de disposer d'une vision prospective et de données statistiques fiables, capables d'éclairer et d'orienter les politiques publiques.

Autrement dit, le besoin de disposer de données fiables n'est pas né de la critique de la CNR. Il était déjà au cœur de l'action engagée par le Chef de l'État dès janvier 2024.

L'élaboration de l'Étude nationale prospective « Gabon 2050 » (ENP) et de différents instruments de planification, notamment le Plan national de croissance et de développement (PNCD) 2026-2030, témoigne de cette volonté de disposer d'une vision structurée et chiffrée de l'avenir du pays.

L'actualité en apporte une autre illustration concrète : la ministre de la Planification et de la Prospective, Louise Pierrette Mvono, a soumis les données provisoires du Recensement général de la population et du logement (RGPL) à la Cour constitutionnelle, qui l'a auditionnée le 12 août 2026, avant de déployer ses équipes de contrôle sur le terrain.

Cette procédure illustre une exigence élémentaire : les données destinées à éclairer le débat national doivent d'abord être établies, vérifiées et contrôlées. Lorsque le document aura été finalisé, les citoyens disposeront, au moment opportun, d'une série d'informations chiffrées permettant d'alimenter plus utilement le débat public sur la démographie, l'habitat, la santé, l'éducation, l'économie, la natalité, la mortalité, les infrastructures et bien d'autres sujets.

Au-delà de la production des données, le contrôle de l'action publique relève lui aussi de mécanismes institutionnels précis. C'est au Parlement que les représentants de la Nation peuvent interpeller le Gouvernement, examiner l'exécution des budgets et contrôler les politiques publiques, notamment dans l'éducation, la santé, les infrastructures ou l'économie.

Si la CNR estime que certains résultats doivent être expliqués ou contestés, ces mécanismes existent précisément pour cela.

La CNR gagnerait donc à inviter ses « élus » disposant de mandats électifs à utiliser pleinement ces leviers.

Pour la bonne compréhension de nos compatriotes, il est utile de rappeler que la liberté de critiquer demeure entière. Mais il faut distinguer le droit de commenter de la prérogative institutionnelle de contrôler.

Une tribune politique, fût-elle celle de la CNR, ne devient pas une procédure de contrôle parce qu'elle réclame des comptes.

Les données publiques ne dépendent pas des seules prises de parole présidentielles. Elles sont produites et consolidées par les administrations et les services techniques de l'État, qui demeurent accessibles aux citoyens.

Encore faut-il leur adresser des demandes formelles d'information, plutôt que de privilégier la polémique ou la recherche d'effet médiatique.

L'allocution du 16 août n'était donc pas un discours sur l'état de la Nation. Elle n'avait pas à en reproduire le format.

La bonne pédagogie républicaine consiste à utiliser les voies légales — administrations, ministères et Parlement — plutôt qu'à faire croire aux citoyens que le Président de la République, au-delà des cadres prévus par la Constitution, devrait se plier, à chaque prise de parole, à un exercice de reddition de comptes dicté par les exigences du moment politique.

Les institutions ont leurs cadres. Les administrations ont leurs procédures. Le débat politique a ses exigences.

À chacun, donc, de jouer son rôle — dans le respect des institutions de la République.

Etienne Francky MEBA ONDO dit MEBOON



Source : https://www.gabonews.com/fr/actus/libre-propos/art...