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Vendredi 12 Octobre 2018

Affirmation politique par la violence : Une ré-intensification du sentiment d’appartenance à un groupe


Les études empiriques, à caractère psychologique ou sociologique, mettent clairement en évidence ce processus de la violence comme mode d’affirmation politique. Cette option concerne les acteurs individuels eux-mêmes ou, à travers eux, une organisation sociale et notamment l’Etat. Cette affirmation de soi se prolonge politiquement dans un résultat. Intentionnellement ou ex-post, la violence s’inscrit dans un rapport de force qu’elle influence, infléchit, voire recompose. Leral a fait une petite immersion dans cet univers de la violence…



La construction d’une identité et exhibition reste une double direction à laquelle, se déploie l’affirmation politique par la violence. Dans l’action, ou la perspective de l’action, la dimension physique de l’affrontement catalyse de fortes solidarités. Elle ré-intensifie le sentiment d’appartenance à un groupe.

« La guerre, en tant que système social, a non seulement constitué un élément essentiel de l’existence des nations. Ceci, en tant qu’entités politiques indépendantes. Mais, elle a également été indispensable à la stabilité intérieure de leurs structures politiques. Sans elle, aucun gouvernement n’a jamais été capable de faire reconnaître sa légitimité, ou son droit à diriger la société », écrivait J.K. Galbraith, sur le rapport entre l’affirmation de l’Etat et sa capacité à préparer la guerre.

Cette existence d’une menace réelle ou supposée, constitue l’incitation la plus forte à imposer aux citoyens, la conscience d’une allégeance nationale qui doit l’emporter sur toute autre légitimité. Au cas échéant, le sacrifice de vies humaines devient une réalité. Elargissant son propos, Galbraith ajoute que dans la vie quotidienne, cette situation est représentée par l’institution de la police, organisme armé, chargé expressément de lutter contre les ennemis de l’intérieur avec des procédés militaires.

La dimension affirmation d’une solidarité, se décèle chez les individus, enrôlés dans une structure organisée. Aussi bien du côté des militaires et des forces de l’ordre que des militants de groupes clandestins, en lutte contre le pouvoir établi. Mais sous une forme plus éphémère, elle est présente aussi, au cœur de l’émeute. Plus troubles et plus illégitimes, celles-ci, peuvent donner lieu après coup, à des désolidarisations compensatoires, enregistrées devant les micros des journalistes.

Et dans une guerre civile, évoque-t-on, le caractère particulièrement redoutable de la sommation à devoir « choisir son camp » devient  une évidence. Cette donnée, présente dans toute violence collective, explique l’attrait qu’elle peut exercer sur certains styles de personnalités. De même, contribue-t-elle, à éclairer certains modes d’engagement sur des bases autres que politiques ou idéologiques, dans l’armée et la police ou dans les mouvements de résistance, les milices armées, etc...

« Exprimer une identité par la violence, c’est aussi, inévitablement, faire surgir un lexique autour duquel, sympathisants et adversaires vont s’affronter pour tenter d’imposer une dénomination légitime. Les flambées de violences déprédatrices suscitent un travail d’identification et de qualification, presque uniquement externe. Les acteurs eux-mêmes, s’épanouissant le plus souvent, dans un silence que les enquêtes à chaud des médias tentent de rompre », relève-t-on.

La bataille pour imposer les qualifications légitimes des événements et des acteurs est, par excellence, une bataille politique. L’affirmation politique par la violence est encore et surtout, une exhibition tout à la fois, d’une puissance physique et d’une impuissance politique.







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