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Bande de Gaza: Israël cible «délibérément» des enfants, affirme une commission de l'ONU

Rédigé par leral.net le Jeudi 25 Juin 2026 à 10:52 | | 0 commentaire(s)|

Une commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU a accusé ce 23 juin Israël de « cibler » les enfants palestiniens à Gaza. Les experts onusiens confirment, sur la base de « motifs raisonnables », qu'Israël commet un génocide à Gaza.


Bande de Gaza: Israël cible «délibérément» des enfants, affirme une commission de l'ONU
Plus de 20 000 enfants ont été tués dans la bande de Gaza entre le 7 octobre 2023 et le 7 octobre 2025. Plus de 40 000 ont été blessés et plus de 58 500 ont aujourd'hui perdu au moins un parent ou sont devenus orphelins.

Dans le dernier rapport, les experts soulignent que « le ciblage délibéré des enfants est l'un des éléments clés permettant d'établir l'intention génocidaire des autorités et forces de sécurité israéliennes de détruire le "groupe palestinien", dans son ensemble ou en partie, à Gaza ». Pour la commission, les enfants incarnent l'avenir du groupe, et les détruire, c'est compromettre sa capacité même à survivre.

Le rapport d'une centaine de pages documente les violations et les crimes commis par Israël contre les enfants palestiniens dans le Territoire enclavé depuis le 7 octobre 2023 et jusqu’au 31 mars 2026.

Des cibles indirectes et directes

Les forces israéliennes ciblent les enfants en bombardant systématiquement des espaces densément peuplés, les zones résidentielles, des écoles ou des camps de réfugiés bondés. Israël a systématiquement perturbé la capacité des enfants à apprendre : 97 % de toutes les écoles ont été détruites, 95 % des universités ont été touchées à Gaza et 22 des 38 universités ont été complètement détruites. Pour la commission, le démantèlement et la destruction des structures de protection et d'éducation ont compromis le développement des enfants et fragilisé « les fondements de la société palestinienne ».

L'État juif a aussi ciblé des services de néonatologie et de maternité, ce qui a entraîné, entre autres, une augmentation des fausses couches et des malformations génitales. Par ailleurs, la famine mise en œuvre par Israël a non seulement causé la mort d'enfants à Gaza - au 1er octobre 2025, 151 décès d’enfants étaient dus à la malnutrition - mais a aussi gravement détérioré leur santé.

Mais Israël cible aussi les enfants en les visant délibérément, en tirant sur leurs organes vitaux à l'aide d'armes de précision. Tel-Aviv utilise des quadricoptères, des drones et des fusils de précision visant spécifiquement les enfants à la tête et dans la partie supérieure du corps « pour affliger le maximum de dommages », explique Srinivasan Muralidhar, le président de la commission. Et de citer un cas précis : un bébé en train d'être allaité dans une tente, touché à la tête par un drone avec une caméra infrarouge qui permet de visualiser la forme des personnes visées. Des preuves qui montrent que des enfants palestiniens ont été délibérément pris pour cible et tués par les forces de sécurité israéliennes. Le cas très médiatisé de la petite Hind Rajab est un autre exemple.

Pour Srinivasan Muralidhar, « en prenant pour cible des enfants Israël s'attaque à la capacité même du peuple palestinien d'exister et de déterminer son avenir ». « Les blessures physiques et psychologiques graves, les traumatismes collectifs, l’orphelinage, la séparation, le handicap, les déplacements répétés, la famine et l’effondrement des systèmes éducatif et sanitaire ont anéanti l’enfance de ces enfants et continueront de les marquer tout au long de leur vie à Gaza », détaille le rapport.

Car les enfants qui ont été blessés non seulement resteront mutilés pour la plupart à vie, mais a minima, ils resteront traumatisés toute leur vie. « Pour les enfants de Gaza, la peur, la violence sont devenues si régulières, si quotidiennes, si constantes qu'en fait le traumatisme qu'on constate dans nos opérations ce n'est plus un simple épisode de leur vie, il est intrinsèquement lié à leur quotidien, au tissu même de leur enfance. Il est ancré dans leur corps. Le quotidien n'est peuplé que d'angoisse, de peur, de privation de sommeil et de perte de ses proches. C'est cela aujourd'hui l'environnement dans lequel vivent les enfants et qui est reflété notamment dans ce rapport. Derrière des chiffres, il y a ça », raconte Baptiste Chapuis, responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l'Unicef.

Un rapport « diffamatoire » selon Israël

Après la publication de ce nouveau rapport accablant, Israël n'a pas tardé à réagir, qualifiant de « diffamatoire » le document, le qualifiant de « mascarade calomnieuse » et l'accusant de « passer sous silence les tactiques brutales du Hamas, qui s'en prend sans pitié aux enfants israéliens et utilise des enfants palestiniens comme boucliers humains ».

Le rapport de ce 23 juin ne lance pourtant pas des allégations. Il expose des faits. Il recense par exemple la liste des divisions, brigades et unités israéliennes susceptibles d'être impliquées dans la mort d'enfants lors d'incidents survenus à Gaza et en Cisjordanie. « Nous savons qui ils sont », affirme un des membres de la commission, Chris Sidoti.

En septembre dernier, la commission d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l'homme de l'ONU, mais ne s'exprimant pas au nom de l'organisation, était arrivée « à la conclusion qu'un génocide se produit à Gaza et continue de se produire » à Gaza. Le rapport indiquait qu'Israël avait commis quatre des cinq actes interdits définissant le génocide en vertu de la Convention de 1948 sur le génocide, notamment des meurtres, des atteintes graves à l'intégrité physique et mentale, la création de conditions visant à détruire un groupe et l'imposition de mesures visant à empêcher la reproduction du groupe. Le document affirmait aussi que de hauts responsables israéliens, dont Benyamin Netanyahu, avaient incité à ces actes.

Peu de temps après la publication de ce premier document qui ne se cantonnait pas uniquement à la situation des enfants, le chef des droits de l'homme de l'ONU, Volker Türk, avait de son côté indiqué voir des « preuves grandissantes » d'un génocide à Gaza.

Un cessez-le-feu meurtrier

Le cessez-le-feu d'octobre 2025, quotidiennement violé, n'a pas changé la donne puisque, pointe la commission, des enfants continuent d'être tués et gravement blessés. Les enfants représentent 30 % de toutes les personnes tuées dans l'enclave palestinienne et les meurtres et blessures d’enfants se sont poursuivis. Depuis la trêve, qui n'en est donc pas une, au moins 265 ont été tués, soit en moyenne un chaque jour. « Raghad, une jeune ambassadrice de l'Unicef de 17 ans, a été tuée à Gaza ce lundi 22 juin alors qu'elle se rendait à son dernier examen de fin d'études secondaires », tient à pointer Baptiste Chapuis, pour qui les tués ont des noms.

« La réalité est que les Palestiniens continuent d’être tués et blessés à Gaza même après l’annonce du cessez-le-feu en octobre dernier, et que la quantité d’aide humanitaire autorisée à entrer à Gaza demeure très inférieure aux niveaux nécessaires », analyse pour sa part Srinivasan Muralidhar. « Ces enfants n'ont pas été tués dans une zone de guerre, notait le 19 juin dernier James Elder, porte-parole de l'Unicef. Ils ont été tués chez eux. Dans leurs écoles. En jouant au football. Alors qu'ils pêchaient. Ils ont été abattus, bombardés et pris pour cible par des drones. » Et à côté de tous ces morts, en huit mois, plus de 400 enfants ont été blessés. « Les médecins soignent des hémorragies cérébrales, des blessures graves à la tête, à la poitrine, à l'abdomen, ainsi que des traumatismes qui marqueront à jamais la vie de ces enfants. »

Les taux de mortalité infantile restent très élevés, de nombreux enfants sont en attente d'évacuation médicale d'urgence, le manque de médicament demeure criant. Autant de préjudices physiques que psychologiques.

Des enfants ciblés, et pas seulement à Gaza
La commission d'enquête internationale mandatée par l'ONU pointe aussi du doigt le traitement des enfants en Cisjordanie occupée et à Jerusalem-Est. Le nombre de violences commises par les colons et des soldats envers les plus jeunes a augmenté : torture, violences sexuelles, privation de nourriture etc., visant majoritairement les garçons. Là encore, ces traitements infligés lors des arrestations ou des détentions constituent un crime contre l'humanité au regard du droit international. Mais Israël justifie ses actes en arguant le contexte de « menace terroriste constante ».

Plus de la moitié des enfants palestiniens détenus dans les prisons israéliennes à la fin de l'année dernière étaient détenus sans inculpation ni procès, selon l'ONG Defence for Children International. « On a coutume de dire que 100 % des enfants de Gaza et la plupart des enfants de Cisjordanie aujourd'hui, sont en situation de difficultés en ce qui concerne la santé mentale, soit en situation de traumatisme, soit en situation de peur, soit en situation d'une grande situation de vulnérabilité », poursuit le responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l'Unicef.

En tant que puissance occupante, Israël est légalement tenu d'assurer la protection, la prise en charge et la survie des enfants palestiniens. Jamais, durant les précédentes guerres israéliennes dans la bande de Gaza, autant d'enfants n'avaient été tués. « Les autorités israéliennes ont bafoué toutes les normes du droit international dans leur traitement des enfants palestiniens, et elles doivent en répondre », insiste Chris Sidoti. Dans les conclusions du rapport, la commission note : une « grande partie des préjudices subis par les enfants palestiniens n'était pas fortuite, mais visait à détruire l'existence des Palestiniens de Gaza en tant que groupe ». Les enfants palestiniens se trouvent au cœur de la démonstration juridique sur l'existence d'un génocide. Et puis, « les soldats israéliens qui se filment en train de détruire et de se moquer des jouets d'enfants soulèvent de graves préoccupations d'ordre éthique, disciplinaire et juridique, symbolisant la déshumanisation de l'enfance palestinienne elle-même ».

«La vie d'un enfant palestinien vaut-elle moins que celle d'un enfant d'un autre pays?»
Les enfants palestiniens sont ainsi devenus des cibles à part entière de la politique israélienne et ne sont donc pas uniquement des victimes de la catastrophe. Dans le dernier document du Secrétaire général de l'ONU sur la protection de l'enfance en conflit armé, Israël et les Territoires palestiniens occupés occupent la tristement première place, devant la République démocratique du Congo. Un niveau historique des violations graves faites aux enfants : meurtres, mutilations, violences sexuelles, obstacles délibérés à l'accès humanitaire, attaques délibérées contre les infrastructures vitales et essentielles tels que les hôpitaux ou les écoles, le recrutement forcé d'enfants.

« On en revient toujours à l'essentiel », affirme Baptiste Chapuis qui insiste sur deux grandes recommandations qui sortent de ce rapport : pour sortir de la dynamique meurtrière, la communauté internationale, les États, dont la France, doivent enfin utiliser tous les ressorts diplomatiques à leur disposition pour mettre fin à ces violations, et garantir que les responsables répondent de leurs actes. Par ailleurs, il est nécessaire que soit enfin accordée la libre circulation de l'aide humanitaire vers Gaza, qui en manque toujours cruellement.

« Tant que les violations perdureront de façon schématique, systématique, les meurtres et les mutilations d'enfants se poursuivront sans relâche, conclut le responsable du plaidoyer et des programmes internationaux de l'Unicef. Est ce qu'on pense aujourd'hui que la vie d'un enfant palestinien vaut moins que la vie d'un enfant dans un autre pays ? Qu'est ce qui justifie un tel double standard ? L'ampleur des violations du droit international humanitaire et des violations graves sur les droits de l'enfant depuis deux ans et demi a été documentée. On ne pourra pas dire que l'on ne savait pas. » Reste en suspend la question de savoir combien d’enfants devront encore mourir avant que le droit cesse d’être une option et devienne enfin une obligation.

RFI