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Complaintes des éleveurs de porcs: Quand le «Niamu Mbaam» devient introuvable

Alors qu’il suffisait de parcourir les quartiers de la ville pour se procurer les résidus d’aliments destinés à la filière porcine, aujourd’hui, c’est le parcours du combattant pour les éleveurs de porcs. En effet, ils peinent à trouver le fameux « Niamu Mbaam », qui s’échange à mille francs le sac. Signes d’une rareté mais aussi d'un appauvrissement des populations.


Rédigé par leral.net le Mercredi 13 Janvier 2021 à 10:25 | | 0 commentaire(s)|

Complaintes des éleveurs de porcs: Quand le «Niamu Mbaam» devient introuvable
Le vieil homme est nostalgique ! Quand on lui parle du circuit du « Niamu Mbaam » et qu’il égrène ses souvenirs, on sent combien la pauvreté s’est emparée du pays. Combien le pays est devenu indigent, poussant des humains à se disputer les restes des aliments avec des animaux. La face hideuse de la pauvreté que refusent, pourtant, de voir les autorités. Il y a plus de trente ans, il suffisait au vieil homme de pousser sa vieille camionnette de marque « Peugeot », pour voir une masse humaine venir déverser les restes d’aliments dans des fûts entreposés sur la benne de son véhicule.

« Franchement, l’alimentation, pour nous autres éleveurs de porcs, ne se posait pas. C’est à peine si les gens ne nous bousculaient pas si on restait une semaine sans passer récupérer les restes des aliments. Ils étaient jetés à l’arrière-cour d’une maison en attendant que la voiture passe comme aujourd’hui, avec celles chargées de récupérer les ordures ménagères », se souvient le vieil homme.

De nos jours, il est rare de voir des familles vider les restes des aliments. C’est le fameux « Bolu dof » qui réunit les jeunes dans la soirée. Et rares sont les familles qui en disposent. Celles-ci n’ayant même plus de quoi assurer les trois repas quotidiens. Les restes étant ainsi dévolus aux humains, difficile d’en trouver pour les animaux, surtout ceux qui s’activent dans l’élevage porcin. «Le « Niamu Mbaam » se fait rare. Ce, contrairement à ce que nous racontent des aînés, aujourd’hui hors du circuit à cause de la vieillesse.

Selon eux, on en disposait dans tous les coins et recoins des quartiers. Les gens les pressaient à venir récupérer les résidus d’aliments, explique Sébastien Diedhiou, surnommé dans son quartier de Sicap Liberté IV, le boucher, roi du cochon. Ces acteurs de la filière porcine ne sont pas les seuls à se procurer ses résidus alimentaires. Les éleveurs de moutons leur disputent également ces résidus, généralement composés de gratins de riz.

Les lieux d'approvisionnement de Niamou Mbaam

A Malika, selon le vieux Antoine Gomis, chef du quartier « Ndiago » et éleveur de porcs, ce sont leurs femmes qui font le tour de la décharge de Mbeubeuss. Si elles n’en trouvent pas, les éleveurs sont ainsi obligés de l’acheter auprès de ceux qui s’activent autour de la décharge, qui les vendent à mille franc le sac. Et il arrive qu’ils n’en disposent pas à Mbeubeuss. Aussi se rabattent-ils au niveau des restaurants et hôtels. L’université Cheikh Anta Diop de Dakar est également devenue un grand centre d’approvisionnement.

Derrière le pavillon A, juste à côté du petit jardin public, tout près de l’ancien poste de garde des vigiles, en face du terrain de volleyball, des sacs de « Niamu Mbaam » bien attachés sont entreposés. A défaut de sacs, on les met dans des fûts. Derrière le restaurant Argentin également, des restes de repas sont mis dans des sacs. « A la fin de chaque semaine, des camionnettes viennent les récupérer », renseigne le vigile, qui ignore si les restes sont vendus aux éleveurs. Mais le constat qui s’impose, est que le « Niamu Mbaam » est devenu une denrée rare, si bien que les éleveurs payent une fortune pour s’en procurer. Signe préoccupant de la galopante pauvreté à Dakar et sa banlieue, où trouver des restes d’aliments relève du parcours du combattant. Autres temps…





Le Témoin



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