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Dr. Cherif Mouhamed Moustapha Dial, Médecin pathologiste: « En général, les corps arrivent à être identifiés avant la fin de la durée de dépôt légal de 45 jours »

Rédigé par leral.net le Mardi 7 Décembre 2021 à 17:37 | | 0 commentaire(s)|

Médecin pathologiste, le docteur Chérif Mouhamed Dial de l’hôpital général Idrissa Pouye (Hogip) de Grand-Yoff, nous entretient des procédures de réception, de conservation et d’inhumation des corps inconnus.


Soleil-Dans votre hôpital, vous recevez souvent des morts non identifiés. Pouvez-vous nous dessiner leur profil ?

Dans le cadre de notre responsabilité hospitalière, nous gérons le laboratoire pathologique auquel est annexée la morgue, qui est un service commun à l’hôpital. Donc tous les services l’utilisent. Dans ce service, il y a des dépôts de corps inconnus et d’autres types de corps pour des besoins d’examen médico-légal, par exemple ; mais aussi des dépôts de corps provenant directement de l’hôpital. Le cas des inconnus ne constitue pas l’essentiel des corps que nous recevons mais représente une petite partie.

Cependant, ce qu’on va remarquer, c’est puisqu’ils sont inconnus, ils vont rester un certain temps. C’est ce qui produit une certaine accumulation de ces corps sur un certain délai allant parfois jusqu’à trois, six mois ou même un an, surtout quand il s’agit d’un étranger. On ne peut pas procéder à leur inhumation, même si leur durée légale est dépassée. On est obligé de les garder pour permettre justement à leur représentation diplomatique, de mener toutes les investigations avant de procéder à l’inhumation. Ces cas d’inconnus seront enregistrés et viennent de situations diverses. Des personnes noyées, on en reçoit, des sans domicile fixe (Sdf), des personnes victimes d’accident et ne disposant pas de pièces d’identification sur elles.

Maintenant, les sapeurs-pompiers déposent les corps de ces inconnus dans différentes morgues. Nous procédons à nos méthodologies pour faire en sorte que ces corps soient reconnus. On ne peut pas dire exactement les types de corps les plus fréquents mais nous recevons le plus souvent des Sdf, parfois morts naturellement ou décédés dans un accident de la circulation.

Combien en recevez-vous dans votre morgue en moyenne ?

Le nombre tourne entre deux à trois par mois. Il faut préciser qu’on dit « inconnu » à l’arrivée mais la plupart finit par être identifiée (par leurs parents ou proches. Donc, certains seront identifiés, d’autres resteront dans nos armoires frigorifiques jusqu’à la fin de la durée de dépôt légal qui est de 45 jours, avant d’entamer les procédures d’inhumation. En général, les corps arrivent à être identifiés avant terme.

Quelle est la procédure d’information, de conservation et d’inhumation de ces corps « inconnus » ?


Avant d’arriver à l’inhumation, on va procéder d’abord à l’identification pour essayer d’avoir la traçabilité de l’acheminement et le dépôt du corps. Nous devons identifier ceux qui l’ont déposé, les circonstances du décès… Ces procédures se passent en général à la réception, aux urgences, avant même l’acheminement du corps vers la morgue. Si c’est un sujet qui est acheminé par les sapeurs-pompiers, ceux-ci cherchent une réquisition pour faire une autopsie qui arrive en même temps. Si le corps est acheminé par son entourage, dans ce cas, nous déposons une demande de réquisition, en signalant le décès aux autorités policières…

Après la réception à notre niveau, nous procédons à des photographies, surtout du visage, à noter également les signes distinctifs de la personne (l’âge, la taille, l’habillement…). Tout cela va faire l’objet de communication et d’information dans la presse, pour retrouver ceux qui la cherchent (éventuellement). Toutes ces démarches, nous les faisons le plus tôt possible parce qu’il peut y avoir dégradation du corps malgré sa conservation. Une fois l’autopsie faite, nous archivons ces documents.

Maintenant, si la durée de dépôt légal est dépassée, nous entamons les procédures d’inhumation faites par les services compétents de l’hôpital. Nous nous adressons au procureur de la République, accompagné du résultat de l’autopsie et de la réquisition également. Après examen du dossier, le procureur va délivrer un permis d’inhumation.

Pour faciliter l’identification de ces corps « inconnus », ne faudrait-il pas procéder à des tests d’Adn pour retrouver leurs proches ?

Dans ce cadre, nous n’avons pas encore procédé à des tests d’Adn. Mais la réflexion est déjà lancée depuis un certain nombre d’années. Nous comptons créer un service de médecine légale, qui va disposer d’un laboratoire pour s’occuper de cette partie. Ce sera un laboratoire de génétique. Actuellement, nous avons des laboratoires mais ils sont à des niveaux de diagnostic et de traitement des patients. Il faut les mettre en place dans le cadre de cette unité de médecine légale, qui n’est pas encore effective au Sénégal. Pour l’instant, nous prenons les empreintes et faisons des tests génétiques.

D’ailleurs, pour cela, il faut disposer d’une banque de données pour pouvoir comparer les empreintes. Au niveau des entités, il y a une base de données mais si la personne n’a pas été enregistrée, j’imagine qu’il représente un faible pourcentage de résultat que ces personnes soient identifiées. C’est le même procédé pour les tests d’Adn pour pouvoir, a postériori, relever une convergence des données. Pour l’instant, les prélèvements sont envoyés à l’étranger, donc c’est un service qu’il faut créer.

Le corps inconnu pourrait se présenter dans un état de décomposition ou déchiqueté. Quels seraient, dans ce cas, les moyens utilisés pour parvenir à l’identification ?

A posteriori, si l’on a la cartographie génétique de cette personne, on pourra savoir ou identifier ses parents ou ses proches. Pour ce qui est de la photographie, quel que soit l’état du corps, on la fait systématiquement. Nous avons peu de cas de décomposition mais l’identification à la photographie se fait systématiquement.

Ne se pose-t-il pas, à la morgue, un problème de conservation et de places disponibles étant donné que vous recevez les morts temporaires et inconnus en même temps… ?

Effectivement, nous avons ces difficultés dans la conservation, surtout en période de chaleur. Nous avons des congélateurs qui fonctionnent sans interruption toute l’année. Nous sommes confrontés à des pannes, quelquefois sérieuses. C’est pourquoi nous avons, à certains moments, des places insuffisantes pour tous les corps. Il y a également des services qui nous envoient des tissus cellulaires qu’il faut également conserver. Tout cela pose problème.





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