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INTERVIEW AMADOU MOCTAR MBOW «Si quelqu’un vous dit qu’il peut redresser seul le Sénégal, dites-lui qu’il raconte des histoires»

Président d’honneur des consultations citoyennes à Louga, Amadou Mactar Mbow, président des Assises nationales, en a profité pour rappeler les objectifs des Assises et expliquer qu’avec les difficultés auxquelles les Sénégalais sont actuellement confrontés, personne ne détient seul la solution.


Rédigé par leral.net le Mardi 28 Octobre 2008 à 14:42 | | 0 commentaire(s)|

INTERVIEW AMADOU MOCTAR MBOW «Si quelqu’un vous dit qu’il peut redresser seul le Sénégal, dites-lui qu’il raconte des histoires»
Est-ce que vous avez inclus dans les Assises les nouvelles donnes, avec, notamment la crise actuelle?

Au moment du lancement des Assises, les choses n’étaient pas aussi graves. Je dirais même que c’est en raison de cette gravité que j’avais plaidé auprès du président de la République, sa participation personnelle, celle de son parti. Il y a les contraintes externes, mais il ne faut pas faire qu’elles sont à l’origine de tous nos maux. Il y a aussi nos défaillances internes. Et ces défaillances internes, il faut que nous les affrontions avec courage et lucidité. Avec seulement l’envie de résoudre les problèmes. Les Assises doivent étudier également la situation de la presse, les conditions de travail des journalistes. Le Synpics est partie prenante des Assises, donc à mon avis, nous serons obligés d’étudier les problèmes de la pénalisation des délits de presse, les problèmes de la liberté de la presse. Nous allons aussi parler de la cherté de la vie. Mais le véritable problème, c’est qu’il n’est pas normal que dans un pays comme le notre, après cinquante ans d’indépendance, plus de cinquante pour cent de la population vive en dessous du seuil de pauvreté, je dirais même soixante pour cent de la population. Les entreprises sénégalaises, les jeunes sont au chômage et sont désespérés... Tout cela nous interpelle. Donc, tous les problèmes qui surgissent actuellement sont intégrés dans les Assises.

M. Mbow, qu’attendez-vous de ces Assisses ; est-ce que la tâche est facile, compte tenue des passes d’armes qui ont eu lieu à l’ouverture ?

Je suis particulièrement heureux d’être à Louga pour représenter le bureau national, à la demande du comité de pilotage de Louga. Je me félicite de la mise en place du bureau. Cela a permis des consultations approfondies. Ce qu’on souhaitait, c’est que le bureau reflète toutes les sensibilités de la ville et du département de Louga. Je vois que ce résultat à été atteint. Il est heureux que cette installation ait été précédée par des consultations intenses entre les différentes parties prenantes, et aussi par une discussion sereine. J’interprète ces discussions comme reflétant la volonté de chacun d’être impliqué dans le déroulement des Assises. Nous avons pris un bon départ et les consultations citoyennes vont pouvoir bien se tenir correctement à Louga. Le fait que non seulement Louga-ville, mais aussi toutes les communautés rurales et toutes les composantes des autres départements aient été représentés est une bonne chose. Il est également important qu’on ait accordé une place importante aux femmes.

Pourquoi avez-vous répondu à l’invitation de Louga ?

Je dois dire que mes sentiments pour Louga sont profonds, c’est ici que j’ai grandi et que j’ai été pour la première fois à l’école coranique, comme à l’école française. Je l’ai dit le 1er juin en lançant les Assises. C’est ici que j’ai été sensibilisé pour la première fois à la condition paysanne, mais de façon plus générale, à la condition générale des Sénégalais. Ma mère et mon père reposent ici. Culturellement, j’appartiens à l’univers de Louga. Donc, il était bon que je réponde aux sollicitations des gens de Louga, pour leur montrer ma disponibilité. Parce que s’il y a une chose à laquelle je tiens, c’est la continuité avec mon propre peuple. Je suis profondément attaché à Louga, qui est en quelque sorte mon royaume d’enfance.

Les Assises ont été lancées depuis juin, cinq mois après, pouvez-vous faire un bilan d’étape. Est-ce que les objectifs seront atteints ?


On atteindra les objectifs «incha Allah ». Il a fallu d’abord mettre en place tout un dispositif, créer trois commissions transversales. Une commission scientifique, une commission de l’organisation et des finances, une commission communication. Toutes ces commissions travaillent. Il a fallu les mettre en place et ensuite tous les comités départementaux. A l’heure actuelle, la plupart des comités départementaux fonctionnent. Il fallait aussi mettre en place les comités de pilotage de la diaspora. Nous en avons un en France, c’est moi qui l’ai installé au mois de juin à Paris. Ensuite, j’ai été récemment en France pour des consultations citoyennes, comme celles d’aujourd’hui à Louga, à Rouen, avec 50 associations de Sénégalais. Le comité de France coordonne en même temps l’Europe du Nord, l’Espagne, l’Italie, la Suisse. Nous avons également un comité à New York, qui pilote les Etats-Unis, avec un certain nombre de fonctionnaires internationaux. Nous voulons que ces Assises reflètent la pensée et les idées de tous les Sénégalais, de l’intérieur comme de l’extérieur, les points de vue de tous les corps de métier. A mon avis, il est bon qu’on oublie les disputes, qu’on essaie, ensemble, de penser à notre pays. Si quelqu’un vous dit qu’il peut redresser le pays tout seul, dites-lui qu’il raconte des histoires. Le Sénégal ne pourra avancer que par le travail de l’ensemble des Sénégalais, les efforts de tous les fils du Sénégal, sans exception.

Source: L'observateur

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