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L'étudiante lyonnaise, libre, ne peut pas quitter la Turquie

Rédigé par leral.net le Mercredi 8 Août 2012 à 11:23 | | 0 commentaire(s)|

La Franco-Turque Sevil Sevimli, qui était détenue par Ankara depuis le 10 mai pour des liens supposés avec une organisation d'extrême gauche, dénonce une procédure «bidon».


L'étudiante lyonnaise, libre, ne peut pas quitter la Turquie
Sevil Sevimli est libre, mais ses ennuis avec la justice turque ne sont pas terminés. L'étudiante franco-turque, emprisonnée depuis mai en Turquie pour des liens supposés avec une organisation clandestine d'extrême gauche, a été libérée lundi, mettant fin à plusieurs semaines de détention. Mais la jeune femme, placée sous contrôle judiciaire, n'a pas le droit de quitter la Turquie, dans l'attente de son procès qui devrait avoir lieu le 26 septembre.

Cette sortie de prison constitue une surprise. Sevil Sevimli a retrouvé sa mère et profite de sa liberté.«Je me sens très bien, ça me fait super plaisir de pouvoir marcher dans les rues, normalement», a-t-elle confié à l'Agence France-Presse. L'étudiante se dit prête pour son procès qu'elle qualifie de «bidon». «Les questions qu'on me pose sont toujours les mêmes: “est-ce que vous êtes allée à ce concert le 1er mai?”... Les faits qu'on nous reproche sont totalement légaux et démocratiques, on n'a pas à avoir peur», assure-t-elle. «C'est comme si tout était prévu depuis le début, comme si c'était un film», dénonce-t-elle en rappelant que comme elle, plus de 700 étudiants turcs sont emprisonnés pour des raisons politiques. L'étudiante a aussi brièvement évoqué ses conditions de détention. «Nous étions à quatre dans la même cellule, prévue normalement pour quinze personnes, parce qu'on était des détenues politiques».

«Pas une militante»
La jeune Française de 20 ans, qui a également la nationalité turque, était partie en échange Erasmus à l'université Anatolie d'Eskisehir (300 kilomètres au sud-est d'Istanbul) «afin de mieux connaître son pays d'origine», avait expliqué son avocat, Me Sami Kahraman. L'étudiante en licence information-communication à l'université Lyon-II avait été arrêtée et incarcérée le 10 mai, avec cinq autres jeunes. Depuis la mi-juin, sa mère vivait sur place, afin de pouvoir la voir au parloir.

Selon sa défense, il lui était reproché d'avoir participé au défilé du 1er Mai, pourtant légal à Istanbul, et d'avoir assisté, parmi 350.000 autres spectateurs, à un concert de Yorum, un groupe luttant pour les droits et les libertés depuis 1985. Elle avait également collé une affiche en faveur de la gratuité de l'enseignement. Les autorités la soupçonnaient par conséquent d'entretenir des liens avec une organisation armée d'extrême gauche, le Front-Parti de libération du peuple révolutionnaire (DHKP-C), à l'origine de nombreux attentats depuis 1976. Elle encourait 20 ans de prison.

La double nationalité n'étant pas reconnue en Turquie, Sevil Sevimli était une simple citoyenne turque au regard des autorités locales, ce qui laissait peu de marge de manœuvre au Quai d'Orsay. D'autant plus qu'en vertu d'une loi antiterroriste de 2006, son dossier était classé confidentiel. L'ambassade de France n'avait ainsi été autorisée à lui rendre visite que près de deux mois après son incarcération.

Dégradation de son état de santé
«C'est quelqu'un qui a des idées de gauche mais ce n'est pas une militante. Elle veut être journaliste et s'intéresse à tout», a toujours soutenu son amie Sinem Elmas, organisatrice d'une manifestation de soutien qui a rassemblé plus de 350 personnes à Lyon le 17 juin.

La mobilisation en sa faveur a été importante en France, avec notamment un éditorial du Monde du 29 juin interpellant le premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, sous le titre «Quel crime a commis Sevil Sevimli, M. Erdogan?». «Qui aurait pu penser qu'une telle chose arriverait aux portes de l'Europe?», a de son côté demandé le président de l'université Lyon-II, Jean-Luc Mayaud, dans une lettre publique où il appelait à la «libération immédiate» de son étudiante, se disant «prêt à aller témoigner à Ankara s'il y a un procès». Affirmant que son état de santé se dégradait, en raison d'une hypothyroïdie et d'asthme, son comité de soutien avait envoyé samedi une pétition signée par 13.000 personnes au ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius et à la ministre du Droit des femmes, Najat Vallaud-Belkacem.




Par lefigaro.fr