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LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE Indépendance ou déconnexion ? Par Sokhna Arame Gaye Diop


Rédigé par leral.net le Vendredi 10 Avril 2026 à 22:22 | | 0 commentaire(s)|

"Allah ne modifie point l'état d'un peuple, tant que les individus qui le composent ne modifient pas ce qui est en eux-mêmes." (Coran 13:11)

Monsieur le Président,

Le Sénégal vient de célébrer son indépendance à Thiès avec faste, solennité et démonstration de moyens.

Comme chaque année, la nation s'est rassemblée autour de cet héritage précieux, fruit des luttes et des sacrifices de nos aînés.

Mais cette année, plus que jamais, une question s'impose; et je vous l'adresse directement:

Sommes-nous encore en phase avec les réalités de notre peuple ?

Car pendant que l'État mobilise des ressources importantes pour quelques heures de défilé, le Sénégal réel, lui, fait face à des crises profondes, visibles, persistantes.

Nos universités sont sous tension, révélant une crise estudiantine que l'on ne peut plus ignorer.

Nos enseignants sont en grève, rappelant que l'école, socle de toute nation, est en souffrance.

Notre système de transport a été paralysé pendant six jours, exposant des fragilités structurelles inquiétantes.

Nos paysans, enfin, vivent dans le désarroi, après une campagne agricole difficile, mal accompagnée, aux résultats insuffisants.

Monsieur le Président, voilà le Sénégal d'aujourd'hui.

Un Sénégal où la jeunesse doute.

Un Sénégal où les travailleurs revendiquent.

Un Sénégal où les producteurs s'inquiètent pour leur survie.

Un Sénégal où l'économie montre des signes d'essoufflement.

Dans ce contexte, le choix d'investir des moyens importants dans une célébration ponctuelle ne peut être perçu comme neutre.
C'est un choix politique. Et ce choix interroge.

Car gouverner, ce n'est pas seulement incarner la nation dans ses symboles.

Gouverner, c'est répondre aux urgences.

Gouverner, c'est prioriser.

Or aujourd'hui, les priorités semblent inversées.

Le visible prend le pas sur l'essentiel.

La mise en scène supplante l'action.

L'apparence l'emporte sur la transformation.

Ce décalage entre l'État et le vécu des citoyens est préoccupant.

Il nourrit la frustration.

Il alimente la défiance.

Il fragilise le lien de confiance entre le pouvoir et le peuple.

Monsieur le Président,

L'indépendance ne se résume pas à un défilé.

Elle se mesure à la capacité d'un État à garantir à ses citoyens:

un accès à l'éducation,

des opportunités d'emploi,

des services publics fonctionnels,

et une vie digne.

Aujourd'hui, beaucoup de Sénégalais ne ressentent pas pleinement cette indépendance dans leur quotidien.

Et c'est là le véritable enjeu.

Nous ne manquons pas de ressources.

Nous manquons d'un alignement clair entre les dépenses publiques et les

urgences nationales.

Le Sénégal mérite un État qui agit avec lucidité,

un État qui écoute,

un État qui anticipe,

un État qui transforme.

Il est encore temps de corriger le cap.

Recentrer les priorités sur l'éducation.

Apaiser les tensions universitaires.

Engager des réformes durables dans les transports.Soutenir efficacement le monde rural. Redonner des perspectives à la jeunesse.

Monsieur le Président, L'histoire ne retiendra pas la beauté des cérémonies.

Elle retiendra la capacité de votre gouvernance à répondre aux défis de votre temps.

Célébrer l'indépendance est un devoir.

La rendre réelle pour chaque Sénégalais est une responsabilité.

"Quand les justes se multiplient, le peuple se réjouit; mais quand le méchant domine, le peuple gémit." (Proverbes 29:2) Veuillez croire, Monsieur le Président, en l'expression d'une interpellation citoyenne, ferme et engagée, au service de notre pays.

Sokhna Arame Gaye Diop

Sociologue | Spécialiste Genre & Consolidation de la Paix Présidente du Mouvement Samm Sunu Ngor

Engagée pour une transformation juste, équitable et durable du Sénégal