leral.net | S'informer en temps réel

« La cohérence à l’épreuve des passions : Ma réponse à l’histoire », Par Talla Sylla


Rédigé par leral.net le Mardi 17 Février 2026 à 17:10 | | 1 commentaire(s)|

« J’ai lu, avec l’attention que je dois à chaque citoyen, les réactions épidermiques suscitées par mon appel à soutenir la candidature sénégalaise au poste de Secrétaire général des Nations -Unies. Si je comprends la douleur des uns et la colère des autres, je ne peux accepter la falsification de l’Histoire ni les leçons de patriotisme sélectif.

À ceux qui pensent pouvoir m’instruire sur le courage, le sacrifice ou la résistance, je rappelle humblement une chronologie que l’émotion ne saurait effacer.

Je n’ai pas attendu les réseaux sociaux ni l’avènement de 2024, pour offrir ma poitrine aux balles, aux matraques et à l’arbitraire. Mon combat pour le Sénégal a débuté le 25 février 1980. J’avais 14 ans. Certains de ceux qui m’interpellent aujourd’hui, n’étaient pas nés et notre actuel Président voyait le jour, un mois plus tard.

De dirigeant du mouvement élève à Vice-président de l’Assemblée nationale, en passant par les geôles et les lits d’hôpitaux après des tentatives d’assassinat, j’ai payé le prix du sang pour la démocratie que nous respirons aujourd'hui. J’ai démissionné de postes prestigieux quand d’autres s’accrochaient aux privilèges. J’ai rendu mon tablier de Ministre-conseiller en juillet 2023, refusant de cautionner ce que ma conscience réprouvait. J’ai combattu le report des élections. J’ai dit NON quand il le fallait, là où il le fallait. Mon casier judiciaire politique est vierge de toute compromission.

Dès lors, que l’on ne se trompe pas de débat, ni de cible. Vous parlez de justice ? Vous invoquez la mémoire des victimes ? Alors, ayons le courage de parler de la Loi d’Amnistie.
Cette loi, je l’ai combattue. Mais aujourd’hui, qui protège-t-elle ? Ceux qui gouvernent actuellement en sont les premiers bénéficiaires. Ils ont été élargis de prison grâce à elle. S’ils sont réellement épris de cette justice dont ils se font les chantres, s’ils veulent que toute la lumière soit faite sur les morts et les blessés, pourquoi ne l'abrogent-ils pas ? Ils ont la majorité. Ils ont le pouvoir. Ils ont le décret et la loi.

Le silence sur l'abrogation de cette loi est assourdissant. C'est là que réside la véritable incohérence, voire l'hypocrisie politique. On ne peut pas, d’une main, utiliser une loi d'amnistie pour accéder au pouvoir et gouverner tranquilles, et de l’autre, agiter le souvenir des victimes pour empêcher un rayonnement diplomatique du Sénégal. Si Macky Sall doit répondre de ses actes, que l’on abroge l’amnistie et que la justice — la vraie, celle des tribunaux, pas celle de la rue ou de Facebook — fasse son œuvre. En attendant, cette loi existe et elle lie les mains de la République.

Mon propos n’est pas de défendre un homme, mais de défendre le Sénégal.

Le Sénégal n’est pas né en 2012, ni en 2024. Il est une continuité historique. La diplomatie est une guerre froide, où les nations ne s’offrent pas de cadeaux. Si le poste de Secrétaire général de l’ONU échappe au Sénégal, il ira au Rwanda, au Kenya ou ailleurs. Croyez-vous que ces pays s’embarrasseront de nos querelles intestines ? Non. Ils riront de notre incapacité à distinguer la politique intérieure de l'intérêt géostratégique.

Distinguer l'homme de la fonction, et la rancœur partisane de l'intérêt national, ce n'est pas de la trahison, c'est de la hauteur de vue. C’est ce qu’on appelle le sens de l’État.

Nous sommes un grand peuple. Ne devenons pas une petite nation confite dans ses ressentiments, incapable de saisir les opportunités que l'Histoire lui tend. Le Sénégal survivra à Macky Sall, il survivra à Bassirou Diomaye Faye et il me survivra. Mais tant que nous serons là, mon devoir de sentinelle sera de pointer du doigt l’horizon, même si certains préfèrent regarder leurs chaussures.

Que ceux qui veulent la justice, exigent l'abrogation de l'amnistie. Que ceux qui veulent la grandeur du Sénégal, soutiennent ses fils à l'international. Tout le reste n'est que littérature et posture. »





Talla Sylla
 

Ousseynou Wade