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Mardi 14 Août 2018

Les marchés à bétail sénégalais : Les prix du mouton flambent à l’approche de l’Aïd El Kébir


La Tabaski ou l’Aïd El Kébir, une prescription religieuse, recommandant aux fidèles musulmans d’immoler des bêtes, sera célébrée dans quelques jours. Les musulmans, par conformisme ou par sens du devoir, sont tenus de trouver des béliers. Constat… depuis quelques années, s’offrir l’animal du sacrifice, n’est plus donné à tous les chefs de famille. Leral a constaté que respecter ce rituel religieux, devient plus en plus compliqué pour les petites bourses. Enquête…



Le mouton est l’animal le plus recherché à l’approche de la fête de Tabaski. Beaucoup de fidèles l’achètent pour respecter les préceptes religieux et éviter l’effet de la pression sociale. Certains chefs de famille, soumis au regard des voisins et des railleries des camarades de leurs enfants, s’interdisent d’acheter un mouton famélique. Les mômes, constate-t-on, se chambrent joyeusement sur le gabarit du mouton acheté par papa. Du coup, acheter un mouton « présentable », est devenu une obligation. 

  Avoir un mouton, un gros sacrifice financier

Mais, l’entrée des bêtes vers l’intérieur du pays, n’est pas bien sentie par les pères de familles, sur les différents points de vente. Les marchands de moutons, eux, ne s’embarrassent guère des soucis des chefs de famille. Ils proposent les bêtes à des prix élevés. 

Ces derniers, ne manquent pas d’arguments pour justifier l’approvisionnement du marché de bétail. Un petit tour dans certaines ruelles de la capitale dakaroise, a permis à l’équipe de Leral, de constater une ambiance habituelle à l’approche des fêtes. Des grappes de moutons tenus par des vendeurs, colonisent les trottoirs de certaines routes de la capitale. « Les moutons sont chers, très chers. Ils sont hors de prix », répète sans cesse, un homme qui faisait des va-et-vient sur les deux voies de Liberté VI. En perspective de la fête de Tabaski, l’homme serait un chef de famille, venu s’approvisionner en moutons dans la capitale. 

Ce Sénégalais, obnubilé par l'idée de trouver un mouton à la portée de sa bourse, n’est pas le seul à constater la flambée des prix des moutons. Tous les autres acheteurs trouvés sur place, se plaignent de la cherté des bêtes à l’approche de la fête de Tabaski. 

Autre lieu, même constat. Cette fois-ci, Leral, a tenté de tâter le pouls du côté de la ville traditionnelle des « Lébous », Rufisque. Aux marchés de bétail, situé à l’entrée de la ville, les marchands proposent des moutons à des prix très salés. « Pour un bélier moyen, il faut débourser au-delà de 85.000 Fcfa. En-deçà, ce sont des bêtes rachitiques qui sont proposées », signale Modou Guèye, venu de Sangalkam pour acheter son mouton de Tabaski. 

Le jeune homme dégoulinant de sueur, déambulant entre les enclos des revendeurs, reste bouche bée devant le refus de vendre à des prix abordables de ces derniers. En ce jour, en plein été, heure à laquelle, le soleil darde ses rayons, l’espace est quasiment désert de sa masse habituelle, constituée de fidèles appelés à accomplir un devoir religieux. 

Mais, Leral, a constaté sur les lieux que les acheteurs viennent au compte-gouttes. Certains vendeurs gardant espoir de vendre, lient la morosité du marché au manque d'argent. Ils estiment que les fonctionnaires sont presque en mi- mois d’Août.

Par contre, d’autres, persuadés que les clients vont se présenter au dernier moment, ont bon espoir. Beaucoup, indiquent-ils, se gardent d’acheter tôt le mouton, faute de place chez eux ou pour éviter un éventuel vol.  « Il y a aussi des adeptes de la dernière minute, qui misent sur une éventuelle baisse des prix. Ils veulent attendre le temps que les marchands voudront écouler les bêtes, pour ne pas les avoir sur les bras après la fête »,  a décrypté Ismaël Ndiaye, rabatteur, habitué des marchés pendant les fêtes de Tabaski. 

Ce dernier, bien informé des habitudes des Sénégalais, se réserve de faire un pronostic sur la suite des événements. Mais, il demeure convaincu que sauf par miracle, le marché du mouton ne sera pas facile cette année. Les vendeurs ont des arguments bien affûtés pour faire passer la pilule des prix hors de portée du « goorgorlu ». A Yoff, à côté du Rond-Point, le marché est approvisionné en moutons de tous gabarits. 

Mais, pour s’en offrir, il faudra consentir un gros sacrifice financier. « La flambée des prix est assimilée à la multiplication du nombre de rabatteurs. Des marchands occasionnels sont arrivés en grand nombre dans les marchés à bétail de l’intérieur. Devant la forte demande, nous, vendeurs des villes, avons saisi l’occasion pour faire monter les enchères », s’est défendu Mbaye Seck, retrouvé à Yoff. Ce dernier, habillé en jeans taillé sur mesure, sandales en mauvais état, est trouvé sur les lieux, en train de nourrir ses bêtes. Notre interlocuteur, dont les prix varient entre 115.000 à 350.000 FCfa, se dit être obligé de répercuter cette hausse pour s’en sortir. Il jure même que ses ravitailleurs ont fait grimper les prix. 

Recherche de profit 

Les marchands de moutons semblent être des sans-pitié. Ils s’orientent vers les points de vente où ils peuvent tirer beaucoup plus de profits. «  Depuis bientôt cinq ans,  j’emmène mes animaux au Sénégal. Si je le fais, c’est que j’en tire le plus grand bénéfice.  Après tout, on fait le commerce pour faire du profit. Nous allons vendre nos animaux là où on nous offre les meilleurs prix », a précisé Mody Diallo, venu du Mali voisin pour vendre ses moutons. 

Avec un accent « ouolof » coloré, certainement un « Halpular » ayant grandi loin de la capitale sénégalaise, il surveille de temps à autre, la mobilité de ses moutons. Accompagné de ses deux jeunes frères, il donne souvent des instructions pour veiller sur son troupeau. 

Une autre personne, Oumar Diouf, habitant Notto dans le département de Thiès, venue chercher son mouton, assure que même dans les villages, il n’y a pas suffisamment d’ovins.  

Rencontré au marché des moutons, se trouvant à côté de l’Industrie du textile, la Sotiba, il reste sceptique sur la possibilité d’avoir cette année un mouton à moindre coût. « Je n’ai jamais vu ça. Dans beaucoup de familles, c’est l’inquiétude par rapport au mouton de la fête de Tabaski. 

Dans les familles où on a l’habitude d’abattre deux ou trois béliers, l’on risque de se contenter cette année d’un seul mouton.», assure le ressortissant de Notto, l’air agacé par l’effort intense déployé pour chercher un mouton à sa convenance dans différents points de vente de Dakar. 

Commerçant à la sauvette, exerçant sur la route de l’Aéroport, précisément à hauteur de la Patte d’Oie, Oumar Diouf reste d’avis que les moutons de race, élevés à la maison, coûtent une fortune.  

« Il faut comprendre quand tu nourris un mouton durant plusieurs mois, tu ne peux pas le vendre comme celui qu’on a fait paître dans la brousse », estime Oumar. Il reconnaît qu’il y a actuellement d’énormes difficultés d’approvisionnement. Puisque, prévient-il, les béliers bien embouchés coûtent entre 200 et 350 000 FCfa. 

Ainsi, il a été constaté que la situation du marché du mouton à Dakar, n’est pas un cas isolé. Les échos qui proviennent d’autres régions du pays ne sont guère rassurants pour les consommateurs, surtout les Dakarois. Les prix proposés pour les moutons qui ont commencé à débarquer dans ces zones depuis quelques jours, donnent parfois le tournis. 

Une source contactée à Bakel, a indiqué que les moutons deviennent de plus en plus rares dans cette localité, située à quelques encablures de la Mauritanie et du Mali. « Beaucoup de villages se ravitaillent à partir d’ici. Certains habitants du village acheminent des troupeaux vers Dakar pour les revendre. Et, les marchands dakarois affluent chaque jour, pour repartir avec de gros porteurs remplis. 

Résultat : l’offre est de loin inférieure à la demande. Un bélier moyen coûte entre 70 à 85 000 Fcfa. Tandis que le prix des gros béliers peut atteindre jusqu’ à 150 000 FCfa et 200 000 FCfa. Malheureusement, il n’y a pratiquement pas de levier pour influer sur les prix », indique la source. 

La cherté des moutons est diversement expliquée par les vendeurs. Certains, évoquent la préférence de leurs fils, qui choisissent d’autres directions plus profitables. « Nos enfants ont changé d’itinéraire. Quand on leur confie les troupeaux de moutons, ils prennent la direction de la Guinée. Certains conduisent leurs bêtes jusqu’à Siguiri.  Si les animaux coûtent cher, c’est aussi parce que la période est favorable. C’est l’hivernage. Il y a de l’herbe partout dans la brousse. C’est généralement quand il y a manque de nourriture que certains éleveurs cherchent à se débarrasser de leurs troupeaux, en les bradant », explique un vieil éleveur qui refuse de signaler son identité à la source. 

La plupart des marchands de moutons, révèle-t-elle, préfèrent traiter avec les commerçants dakarois. Ceux-ci, qui ne discutent souvent même pas, dit-elle, mettent le prix. C’est pourquoi, estime ce dernier, les prix ont tellement grimpé cette année. 

Cheikh Diagne, enseignant qui achetait souvent des moutons pour ses amis à partir de Bakel, n’a pas voulu prendre de risque cette fois-ci.  « Cette année, je n’ai pas voulu prendre l’argent de personne de Dakar. Si tu achètes un mouton pour quelqu’un dans les conditions actuelles, il y a mille chances qu’il ne soit pas satisfait. Il pourrait même penser que vous avez détourné une partie de son argent »,  argumente-t-il. 

A retenir qu’à moins de deux semaines de la fête de Tabaski, le marché du mouton n’est pas bien approvisionné. Et les prix constatés dans lesdits marchés inquiètent à plus d’un titre, les détenteurs de faibles bourses. Seulement, l’espoir est permis dans les jours à venir avec l’arrivée des commerçants partis guetter à Bakel et ses environs, l’éventuelle arrivée des vendeurs maures et maliens. 





O WADE Leral 
 
 



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