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MARCHÉ FINANCIER REGIONAL : La BSIC saute dans le train de la titrisation


Rédigé par leral.net le Vendredi 3 Juillet 2026 à 12:50 | | 0 commentaire(s)|

Pour la première fois, le groupe panafricain BSIC titrise ses créances bancaires au Sénégal, au Bénin et au Togo. Une opération inédite, notée AAA, qui doit mobiliser 45 milliards de FCFA sur le Marché Financier Régional de l’UMOA, et qui promet 7,25 % de rendement brut aux épargnants ouest-africains.
MARCHÉ FINANCIER REGIONAL : La BSIC saute dans le train de la titrisation
C’est une première qui ne dit pas son nom mais qui pourrait changer la manière dont les banques de la zone UEMOA se financent. À partir du 15 juin et jusqu’au 14 juillet 2026, le grand public et les investisseurs institutionnels de l’Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine sont invités à souscrire à une émission obligataire d’un genre nouveau : le FCTC BSIC C-1 7,25 % 2026-2033, premier compartiment d’un fonds commun de titrisation de créances adossé au groupe bancaire BSIC.

Le principe : transformer des crédits en obligations

FCTC BSIC C-1 7,25 % 2026-2033. Derrière ce sigle technique se cache un mécanisme financier bien connu des marchés occidentaux mais encore rare en Afrique de l’Ouest : la titrisation. Trois filiales du groupe (BSIC Sénégal, BSIC Togo et BSIC Bénin) cèdent à un fonds dédié un portefeuille de crédits accordés à des particuliers, professionnels et PME. Ce fonds émet en échange des obligations négociables, dont le produit finance l’achat de ces créances. Résultat : les banques cédantes récupèrent immédiatement de la liquidité, qu’elles pourront réinjecter dans l’économie locale, tandis que les épargnants touchent les intérêts générés par ces crédits.
Au total, ce sont 1 725 créances pour un encours de plus de 60 milliards de FCFA qui changent ainsi de mains, avec un flux total attendu (principal et intérêts confondus) proche de 68 milliards de FCFA sur la durée de l’opération.

Un rendement de 7,25%, une notation AAA

Pour les 4,5 millions d’obligations mises sur le marché à 10 000 FCFA l’unité, soit 45 milliards de FCFA au total, le taux d’intérêt annoncé est de 7,25 % brut, payé semestriellement sur sept ans. Une rémunération qui tranche avec les produits d’épargne classiques de la zone, et qui s’accompagne d’une notation AAA de l’agence GCR Ratings (la note maximale, gage de sécurité censé rassurer les souscripteurs).

Cette qualité de signature ne tombe pas du ciel. L’opération est en effet sur-garantie : les créances cédées au fonds valent 21,41 % de plus que le montant des obligations émises, soit un coussin de sécurité de plus de 9,6 milliards de FCFA. S’y ajoutent un compte de réserve et une ligne de liquidité de 2 milliards de FCFA chacun, ainsi qu’une règle de subordination qui place les filiales du groupe BSIC (souscriptrices des « parts résiduelles ») en dernière position pour être remboursées, derrière les épargnants.
 

A la manette

 
Une titrisation ne se monte jamais seule : derrière BSIC, tout un attelage d’intermédiaires financiers encadre l’opération. C’est KF Titrisation qui assure le rôle, central, de Société de Gestion du fonds: c’est elle qui gère juridiquement le compartiment, fait valoir ses droits face aux tiers, calcule les flux dus aux porteurs d’obligations et pilote, avec le Dépositaire, le bon déroulement de l’opération jusqu’à son terme en 2033.

La structuration de l’opération (c’est-à-dire sa conception technique et juridique) a, elle, été confiée à trois co-arrangeurs : BSIC Capital, KF Structuration et MAC African SGI, qui ont également co-rédigé la note d’information avec KF Titrisation. BSIC Capital et MAC African SGI assurent en plus le rôle de chefs de file du syndicat de placement, chargé de commercialiser les obligations auprès du public et des investisseurs institutionnels via le réseau des Sociétés de Gestion et d’Intermédiation (SGI) de la zone. Le dispositif est complété par NSIA Banque Côte d’Ivoire, qui joue à la fois le rôle de Dépositaire des actifs du fonds et de Banque de Liquidité, et par l’agence GCR Ratings, chargée de la notation AAA de l’émission.

Pourquoi BSIC se lance

Fondée en 1999 à Syrte sous l’impulsion des chefs d’État sahélo-sahariens, la BSIC compte aujourd’hui quatorze filiales en Afrique, dont sept dans l’UEMOA. Pour ses entités sénégalaise, togolaise et béninoise, l’opération est une première sur le Marché Financier Régional (une manière de diversifier leurs sources de financement, de continuer à soutenir les PME locales, et au passage de se faire un nom auprès des investisseurs de la zone).

Les chiffres financiers des trois filiales, détaillés dans la note d’information, montrent des trajectoires contrastées : si BSIC Togo et BSIC Bénin affichent une croissance solide de leur produit net bancaire, BSIC Sénégal, elle, ne respecte plus tout à fait la norme réglementaire de solvabilité (10,02 % contre 11,5 % requis) (un point que les investisseurs avisés ne manqueront pas de scruter, même si, juridiquement, le remboursement des obligations ne dépend pas de la solidité de la banque mais des seules créances cédées au fonds).

Un signal pour la finance régionale

C’est à la fois l’intérêt et la limite de la titrisation : les porteurs d’obligations n’ont de recours que sur les créances logées dans le compartiment, pas sur le bilan des banques. Si les emprunteurs sous-jacents font défaut au-delà de ce que prévoit le matelas de sécurité, ou si la liquidité du marché obligataire régional venait à manquer (la BRVM reste un marché secondaire peu profond), le risque retomberait in fine sur l’épargnant.

Au-delà du cas BSIC, cette opération, visée par l’Autorité des Marchés Financiers de l’UMOA, pourrait faire figure de test : la titrisation bancaire, outil resté jusqu’ici marginal dans l’espace UEMOA, est en passe de devenir un levier crédible pour refinancer les banques régionales et démultiplier le crédit aux PME ouest-africaines. La confirmation au 14 juillet, date de clôture de la souscription (et dans les sept années qui suivront, au rythme des coupons semestriels).
Malick NDAW



Source : https://www.lejecos.com/MARCHE-FINANCIER-REGIONAL-...

La rédaction