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Mario Monti s'installe dans la durée

Rédigé par leral.net le Mardi 14 Août 2012 à 10:09 | | 0 commentaire(s)|

La convocation de législatives anticipées en novembre n'est plus d'actualité.


Mario Monti s'installe dans la durée
Rome

Ne demandez pas à Mario Monti s'il compte briguer la présidence du Conseil l'an prochain. Las de répéter qu'il n'aspire à jouer aucun rôle politique à la fin de son mandat qui coïncidera avec la fin de la législature en avril 2013, le chef du gouvernement italien répond aussitôt qu'il est pris d'un «accès de surdité».

Faut-il y voir l'une de ses fameuses boutades ou l'amorce d'un changement de stratégie qui lui commande la prudence? Toujours est-il que le clan de ses fans qui voudraient le voir poursuivre son œuvre dans la prochaine législature ne cesse de grossir. Le ministre de la Coopération internationale, le catholique Andrea Riccardi, n'hésite plus à dire publiquement qu'il voit en lui une «référence culturelle» pour conduire «une phase de transition vers une troisième République».

Une chose est certaine: son gouvernement «technique» constitué le 16 novembre dernier pour sauver l'Italie d'une débâcle financière ne court plus le risque de passer sous les fourches caudines d'élections anticipées à l'automne. Techniquement le dernier délai pour dissoudre le Parlement avant la fin de l'année serait le 30 septembre. Il faudrait auparavant adopter une réforme électorale. On en est loin. De surcroît le président Giorgio Napolitano répugne à tout retour prématuré aux urnes et fait savoir qu'en dernière instance, le choix lui incomberait. Quant aux partis politiques, à part la Ligue du Nord, aucun n'envisage plus cette éventualité.

Changement de ton
Il n'est guère facile de lire dans les pensées de Mario Monti. Le «Professore» adopte un langage hermétique qui décourage toute exégèse. À la différence des leaders politiques, il n'est entouré d'aucun collaborateur chargé d'interpréter sa pensée. Tout juste peut-on relever un certain changement de ton dernièrement. En proclamant son intention d'aller jusqu'au bout de son mandat pour «conjurer un désastre financier». Et - fait exceptionnel - en ouvrant les portes de sa vie privée dans Sette, l'hebdo du Corriere della Sera. Il raconte l'histoire de son père, un banquier dont il a hérité de la «scrupuleuse indépendance», cite ses maîtres à penser, Jean Monnet en premier lieu, évoque ses films culte, Le Lauréat, Vacances romaines, et parle de sa bicyclette préférée, une Bianchi modèle Fausto Coppi. Comme s'il ressentait le besoin d'apparaître, sinon plus populaire, du moins plus familier aux Italiens.

Pour le reste, Mario Monti reste conforme à lui-même. Austère dans son raisonnement, concentré sur la nécessité de battre la crise et de relancer la croissance. Soucieux d'éviter tout retour de spéculation contre l'Italie sur les marchés. Cette semaine, il prend de courtes vacances en Suisse, près de Saint-Moritz. Avant de rentrer en Italie le 19 août pour intervenir lors du rassemblement que Communion et Libération, un puissant mouvement de l'Église, tient chaque année à Rimini. Retour à Rome le lendemain.

Le relatif consensus dont il jouit depuis plusieurs semaines lui confère une certaine liberté d'action. Utile en une période de crise profonde, alors que la ministre du Travail, Elsa Fornero, prédit un automne «difficile»: Mario Monti a les mains libres pour préparer la réforme fiscale et le nouveau plan de réduction des dépenses publiques qui devrait être présenté au premier Conseil des ministres de la rentrée, le 24 août.

Berlusconi à cache-cache
Il lui faut être vigilant: «Perdre la bataille du spread (le différentiel de taux avec l'Allemagne) serait ouvrir la porte aux forces hostiles à l'euro», notent les commentateurs. D'où la question: l'Italie peut-elle se passer de Monti au palais Chigi si elle veut rester dans le cadre européen? Certainement pas: «Les chances de voir les élections de 2013 déboucher sur un deuxième gouvernement Monti seront d'autant plus fortes si se constitue un rassemblement capable de faire sien le défi européen et réclamant explicitement son maintien au pouvoir», relève Stefano Folli dans Il Sole 24 Ore.

Silvio Berlusconi en est parfaitement conscient. Il soutient le gouvernement et se garde bien de lui mettre des bâtons dans les roues, même aux moments de plus forte polémique. Le Cavaliere s'est donné un temps de réflexion pour voir s'il dispose lui-même d'une marge de manœuvre pour revenir en avril sur le devant de la scène politique. Pour le moment, il joue à cache-cache, affirme n'être pas encore décidé, déclare qu'il le fera seulement si l'Italie le lui demande.

La députée de droite Daniele Santanché, une inconditionnelle, veut faire descendre un million de personnes dans les rues en octobre pour le lui demander. L'entourage de Berlusconi aurait, dit-on, été pris de court.

Par Richard Heuzé