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Moutons rares, prix en hausse : la crise malienne s’invite à la Tabaski des Sénégalais

Rédigé par leral.net le Mardi 12 Mai 2026 à 20:53 | | 0 commentaire(s)|

Moutons rares, prix en hausse : la crise malienne s’invite à la Tabaski des Sénégalais
À quelques semaines de la Tabaski, l’inquiétude monte dans les marchés à bétail sénégalais. À Dakar, Thiès ou Touba, les enclos se remplissent plus lentement que d’ordinaire, les prix grimpent, et vendeurs comme acheteurs redoutent déjà une fête sous pression. En cause : la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Mali, principal fournisseur du Sénégal en moutons de Tabaski. Car derrière les difficultés d’approvisionnement qui se dessinent se joue une crise bien plus large : celle de notre voisin sahélien fragilisé, abandonné par son partenaire stratégique russe, et incapable de sécuriser ses routes commerciales…Et aujourd’hui, ce sont aussi les Sénégalais qui en paient le prix fort.
Chaque année, le Sénégal doit mobiliser des centaines de milliers de moutons pour répondre à la forte demande liée à la Tabaski. Pour l’édition 2026, les besoins sont estimés à 860 000 têtes, dont près de 260 000 pour la seule région de Dakar. Une part importante de cet approvisionnement dépend traditionnellement des importations venues du Mali et de la Mauritanie. Mais cette année, les premiers signaux d’alerte se multiplient.

Dans plusieurs foirails, les professionnels évoquent des arrivages en baisse et des coûts de transport en forte hausse. À Soumbédioune, l’un des principaux points de vente de Dakar, les commerçants constatent déjà un ralentissement inquiétant. La rareté de l’offre commence déjà à faire grimper les tarifs, alimentant la crainte d’une Tabaski inaccessible pour de nombreux ménages…

Cette tension trouve son origine de l’autre côté de la frontière. À la suite de l’offensive coordonnée du 25 avril 2026 menée par le Front de Libération de l’Azawad (FLA) et le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), les groupes armés ont pris le contrôle de plusieurs positions, dont Kidal, Tessalit ou encore Aguelhok et mis la main sur du matériel militaire russe appartenant aux FAMa et à Africa Corps.
L’assaut du 25 avril n’a pas seulement visé des positions périphériques. Il a frappé des lieux hautement stratégiques : Kati, ville-garnison du pouvoir militaire ; Kidal, cœur historique des rébellions touarègues ; Gao, verrou du Nord ; Sévaré et Mopti, points névralgiques du Centre.

En multipliant les fronts, les assaillants ont forcé l’armée malienne à disperser ses moyens et ont démontré que l’État ne pouvait plus contenir simultanément les menaces au Nord, au Centre et autour de la capitale. Pire : les forces russes déployées dans le nord du Mali ont évacué la ville d’Aguelhok et Kidal le 5 mai 2026 sans livrer bataille, marquant un nouveau recul face à l’ampleur de l’offensive. Conséquence immédiate : les axes commerciaux se compliquent, les convois ralentissent, certains itinéraires deviennent impraticables. Et ce sont les circuits d’exportation du bétail qui se retrouvent directement affectés !

Le Mali reste un acteur clé dans l’approvisionnement du Sénégal. En 2024, plus de 100 000 moutons avaient été exportés vers le pays. En 2025, il représentait encore 84 000 têtes sur près de 283 000 importations sénégalaises. Face à cette situation, les vendeurs et éleveurs appellent les autorités à agir rapidement. Réunis à Thiès les 27 et 28 avril 2026, les membres du Conseil national de la Maison des éleveurs du Sénégal (CNMDE) ont alerté sur un risque réel de pénurie.