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Multiplication des plaques tournantes du trafic d’armes : Alerte rouge au Sahel !

Le commerce illégal d’armes alimente les conflits et le terrorisme en Afrique. Et l’ampleur du fléau préoccupe l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), qui a décelé de nombreuses plaques tournantes dans le Sahel. Ce qui explique la multiplication des activités criminelles dans la région. "L'As"


Rédigé par leral.net le Mercredi 14 Juin 2023 à 11:26 | | 0 commentaire(s)|

«Dans les régions de Gao, Tombouctou et Ménaka au Mali, les acheteurs peuvent se procurer des fusils d'assaut de type AK pour 750 dollars et des cartouches pour 70 centimes d'euro, l'unité. Des pistolets fabriqués localement aux mitrailleuses françaises et turques de contrebande, un éventail vertigineux d'armes illégales garnit les étals des marchés de la région, une ceinture de 6 000 kilomètres de large qui traverse le centre de l'Afrique.»
Ce constat est relaté dans un article de « Onu Info», qui s’est penché exclusivement sur le commerce illégal d'armes. Il rapporte ainsi une étude de l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime (Onudc), dans lequel il est indiqué que de nombreuses plaques tournantes du trafic d'armes dans le Sahel bordent les frontières ou les voies de transport où se déroulent de multiples activités criminelles. «Les marchés illégaux - souvent cachés à la vue de tous, dans les villes et les villages situés le long des corridors stratégiques - ne sont pas entravés par la présence des autorités», note le rapport, pour le dénoncer. Il ajoute que tous les groupes impliqués dans les affrontements, trafiquent désormais des armes à feu et des munitions. «La multiplication des membres des groupes multiplie les opportunités commerciales pour les trafiquants», d’après le rapport.

Revenant sur les causes de ce fléau, il a été rappelé «l'intervention de l'Otan en Libye en 2011, comme un moment charnière, lors duquel les soldats touaregs servant dans l'armée libyenne ont pillé des armes et sont retournés au Mali, où une série de rébellions a créé un vide sécuritaire dangereux et chaotique». Le rapport de l'Onudc démontre d’ailleurs que les flux d'armes illégales en provenance de Libye depuis 2019, se sont étendus aux fusils d'assaut nouvellement fabriqués.

Ainsi, note-t-on, des groupes extrémistes se sont emparés de bases militaires et policières maliennes, ajoutant de nouveaux stocks d'armes à leurs arsenaux. Il est également établi que la région transfrontalière du Liptako-Gourma (ndlr : zone à cheval sur les frontières communes du Burkina, du Mali et du Niger), est devenue un champ de bataille et un lieu de troc pour un commerce illégal d'armes en plein essor.

Nécessité de collecter des données sur le trafic d'armes à feu…

Dans ce contexte, la menace terroriste est omniprésente, selon la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme (Cted) du Conseil de sécurité de l'Onu. Et dans le but de séduire les publics locaux, les affiliés de l'État islamique (Daesh) ont, depuis 2017, tenté d’« africaniser » les références et les langues, en utilisant la littérature africaine pour justifier les points de vue du groupe terroriste, a déclaré la Cted dans son rapport EIIL en Afrique : principales tendances et évolutions. Actuellement, souligne-t-elle, le bassin du lac Tchad et le Sahel central sont devenus des épicentres et des incubateurs du terrorisme et de l'extrémisme violent, ont averti les autorités. Non sans préciser en arrière-plan, que le commerce illicite d'armes perpétue le chaos.

Pour lutter contre le terrorisme et l'extrémisme violent, informe Onu Info, les nations concernées de la région ont lancé l'initiative d'Accra en 2017, déployant des opérations conjointes, initiant des efforts de renforcement de la confiance dans les zones sensibles et appelant à l'opérationnalisation d'une force opérationnelle conjointe multinationale, composée de 10 000 soldats.

Pour leur part, souligne-t-elle, les Nations unies et les pays de la région s'efforcent de renforcer la résilience des communautés frontalières et de faciliter le retour des personnes déplacées. Pour tirer parti de ces succès, l'Onudc a recommandé aux pays du Sahel de redoubler d'efforts pour collecter des données sur le trafic d'armes à feu afin d'améliorer la compréhension des flux nationaux et transnationaux et d'y mettre un terme. Mais le soutien politique et opérationnel des partenaires, reste essentiel pour stabiliser la région, a déclaré Martha Ama Akyaa Pobee, Sous-secrétaire générale des Nations unies pour l'Afrique. « Des progrès décisifs dans la lutte contre le terrorisme, l'extrémisme violent et le crime organisé au Sahel doivent être accomplis désespérément», a-t-elle déclaré. «Sans avancées significatives, il sera de plus en plus difficile d'inverser la trajectoire de la sécurité au Sahel et l'expansion continue de l'insécurité dans les pays côtiers d'Afrique de l'Ouest», a-t-elle conclu à ce propos.